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Au Canada, la course à l’IA se joue dans l’adoption, non dans les milliards

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Des centaines de milliards sont injectés dans l’intelligence artificielle (IA), un secteur qui entre dans sa phase industrielle. Mais derrière cette course aux investissements, d’autres questions se posent : où, comment et à quelle vitesse la technologie sera-t-elle réellement adoptée?

Pour un pays comme le Canada, l’enjeu n’est pas tant d’imiter les Américains, mais de tirer parti de ses propres forces, notamment dans l’intégration de l’IA dans des secteurs clés et dans certains créneaux spécialisés.

Or, le temps presse. Cette semaine, Nvidia tentait justement de convaincre les marchés que cette nouvelle phase est déjà en cours. Le géant des puces électroniques parle désormais d’un marché potentiel d’au moins 1000 milliards de dollars pour ses produits d’ici 2027, porté non seulement par l’entraînement des modèles, mais surtout par leur utilisation à grande échelle.

Après la construction des outils, l’industrie mise maintenant sur leur déploiement concret dans les entreprises.

Microsoft, Meta, Alphabet et Amazon prévoient d’investir au total environ 625 milliards de dollars américains en 2026 dans l’IA. Près de 840 milliards de dollars canadiens. C’est l’équivalent de presque deux budgets du gouvernement fédéral, des montants qui donnent une idée de l’ampleur de la transformation en cours.

Passer d’une IA qui répond à une IA qui agit

L’intelligence artificielle n’attend pas : elle évolue à vitesse grand V. On passe d’une technologie qui répond aux demandes de l’utilisateur à une IA proactive, qui agit.

Les agents d’IA sont au cœur de cette transition. Ce sont des systèmes capables d’exécuter des tâches complexes, d’anticiper des besoins, de coordonner des actions.

Des projets comme OpenClaw illustrent bien cette tendance. En Chine, les entreprises s’arrachent ces outils pour automatiser des processus entiers — l’envoi de courriels, la gestion des calendriers, l’achat de billets d’avion —, ce qui soulève aussi d’importants enjeux de sécurité.

La prochaine étape est déjà en cours : les systèmes multiagents. Plusieurs intelligences artificielles capables de collaborer entre elles, voire de se corriger pour accomplir une tâche.

Un paradoxe économique

Et pourtant, malgré ces avancées et les investissements massifs, un paradoxe demeure.

Seulement 16 % de la population mondiale a utilisé l’IA générative jusqu’à présent, selon Microsoft AI Economy Institute. Ça nous rappelle que la majorité de la population mondiale n’a toujours pas accès à un réseau Internet de qualité et que l’IA peut aussi creuser les inégalités. Et parmi les utilisateurs de l’IA, même dans un pays comme le nôtre, c’est une minorité qui en maîtrise réellement le potentiel.

D’ailleurs, au Canada, les gains de productivité liés à l’IA sont encore difficiles à mesurer.

En plus du problème d’adoption dans les PME, l’IA est encore utilisée en silo en ce moment dans les entreprises.

Les systèmes auront toutefois très bientôt accès à plus de contexte et pourront comprendre des besoins complexes. Ils pourront agir de manière autonome à grande échelle, ce qui soulève aussi des questions importantes sur l’utilisation des données de plus en plus exhaustives et précises recueillies dans chaque entreprise qui adopte la technologie.

L’IA et l’économie canadienne

Le gouverneur Tiff Macklem le disait bien le mois dernier : l’économie canadienne entre dans une période de changements structurels. L’IA en fait partie, au même titre que les tensions commerciales ou le ralentissement de la croissance de la population.

Mais la Banque du Canada envoie aussi un message plus nuancé.

Oui, l’IA a le potentiel d’augmenter la productivité de façon significative au cours de la prochaine décennie, mais ces gains ne seront ni immédiats ni automatiques.

Ils dépendront de la capacité des entreprises à intégrer réellement la technologie : revoir leurs processus, former leur main-d’œuvre, investir dans les bons outils.

Et c’est là que le décalage actuel est flagrant.

Tiff Macklem en entrevue.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

D’un côté, des investissements massifs, concentrés chez quelques géants américains. De l’autre, une économie réelle qui absorbe encore lentement la technologie.

L’IA pourrait, à terme, augmenter la croissance potentielle et contenir certaines pressions inflationnistes en améliorant l’efficacité, mais à court terme, elle peut aussi faire l’inverse.

La construction de centres de données, la demande en électricité, le recrutement de main-d’œuvre qualifiée, tout cela peut faire augmenter les coûts.

L’IA peut être à la fois désinflationniste et inflationniste.

L’avantage canadien

Le Canada a été un pionnier de la recherche en intelligence artificielle. Deux des trois parrains de l’IA générative sont ici : Yoshua Bengio et Geoff Hinton.

On a des instituts de calibre mondial, comme Mila à Montréal et Vector à Toronto, qui rassemblent chercheurs et entreprises pour accélérer le développement et l’application de ces technologies.

Yann Le Cun, Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton sourient devant la caméra à la remise du prix Turing.

Yann Le Cun a remporté en 2018 le prestigieux prix Turing, qui récompense le travail dans le domaine informatique. Il partage le prix avec les chercheurs Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton.

Photo : Association For Computing Machinery / Misti Layne

La question n’est pas seulement de savoir qui investit le plus, mais qui réussit à transformer l’IA en gains économiques concrets.

Dans bien des cas, la technologie est déjà disponible. Ce qui manque, c’est la capacité de l’intégrer.

Combien de dirigeants de PME exposés au potentiel de l’IA se demandent en ce moment comment l’intégrer sécuritairement à leurs processus, mais ignorent comment trouver l’appui concret pour y arriver?

On ne devrait plus se demander si l’IA va transformer l’économie. Les investissements en cours nous donnent déjà la réponse. Le Canada ne gagnera sans doute pas la course aux milliards, mais l’enjeu est désormais ailleurs.

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