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De la Vienne des années 1870 au Los Angeles d'un siècle plus tard, la transposition pouvait sembler osée, mais elle fonctionne parfaitement. Une villa luxueuse sur Sunset Boulevard, dont les larges baies vitrées laissent apercevoir le centre de la ville, des portraits des maîtres des lieux par des artistes plus ou moins à la mode, des meubles d'un luxe ostentatoire et des fleurs que des chasseurs danseurs déposent par brassées : dans la nouvelle Fledermaus de l'Opéra de Liège, l'action se déroule dans un milieu très, très aisé, où le cynisme, la cupidité et la sexualité règnent en maître.
Jeunes actrices
Dynasty, Dallas ou Chips ? L'actualité de cette relecture à la lueur des séries des années 1980 est patente. Rosalinde, ici Rosy, rentre épuisée d'une virée à Downtown ("shopping is exhausting"). Alfred, son amant, a gardé de son passé de bad boy le t-shirt sans manches de rocker nihiliste, désormais aussi distendu que ses abdominaux, et il chante autant Wham ! ("Last Christmas") et Queen ("I Want to Break Free") que Johann Strauss fils. Quand Falke promet à ses amis de rencontrer de très jeunes actrices à la soirée chez le prince Orlofsky, on s'attend à y croiser un trop célèbre producteur de cinéma et un futur président des États-Unis. Et quand Gaby (Gabriel Eisenstein) se désole à l'idée de devoir passer huit jours en prison, on a presque envie de lui recommander d'en faire un livre à succès.
Olivier Lepelletier-Leeds signe, dans les décors habiles et fastueux d'Hernan Penuela, une mise en scène brillante et très rythmée, qui mâtine cette actualisation d'emprunts au style Moulin-Rouge – plumes et champagne – qu'il connaît bien. Carmine de Amicis règle une dizaine de danseurs, mais aussi les déplacements très chorégraphiés de chanteurs. Les dialogues parlés ont été raccourcis et gentiment réécrits (on se dit même que, tant qu'à faire, ils auraient pu être dits en français tout en gardant les parties chantées dans l'allemand original), mais cela ne nuit en rien à l'intégrité de l'œuvre, et on rit beaucoup. Et l'ajout, pour la scène du bal, d'un ténor drag-queen est un prolongement logique de l'ambiguïté sexuelle donnée au rôle d'Orlovski par Strauss et ses librettistes. D'autant que Créatine Price, qui incarne le page Ivan en empruntant à Verdi et Puccini avant de revenir à l'acte 3 dans le rôle du géôlier Frosch, ne manque ni d'humour ni de panache.

Gillet éblouissante
Musicalement, on est comblé aussi. Direction musicale ferme et enlevée du jeune chef allemand Nikolas Nägele, presque toujours bien suivi par l'orchestre, chœurs en belle forme et quelques solistes mémorables. À commencer par les régionaux de l'étape : Anne-Catherine Gillet, éblouissante Rosalinde, Pierre Doyen, impeccable Falke, Samuel Namotte en directeur de prison plein de verve et Maxim Melnik en avocat dopé à la kétamine. Excellents aussi, l'Eisenstein de Markus Werba, l'Orlofsky de Christine Bock, l'Alfred de Filip Filipovic et l'Ida de Marion Bauwens.
Bilan plus mitigé pour l'Adèle d'Enkeleda Kamani, brillante dans les coloratures, mais avec un suraigu aigre et une diction allemande un peu exotique.
- Liège, Théâtre Royal, les 27, 20, 30 et 31 décembre à 20h. Rens. : www.operaliege.be.
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