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Dans son dernier numéro, le média Frontières consacre sa une à un magistrat, exhumant des tweets et interviews du juge, qui seraient, selon le magazine, de nature à poser la question de son impartialité.
«Aucun magistrat ne doit être menacé ou insulté», affirme Gérald Darmanin. Le garde des Sceaux a apporté jeudi son «soutien» au juge de Bobigny Youssef Badr «qui fait l’objet d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux», après que le magazine d’extrême droite Frontières lui a consacré un numéro.
Des magistrats se sont indignés jeudi des attaques visant Youssef Badr qui dénonce les menaces dont il est la cible après que le magazine lui a consacré un numéro en l’accusant de biais politique. Le parquet de Paris a indiqué examiner «la publication» parue mardi, «ainsi que les commentaires auxquels elle donne lieu», tandis que Youssef Badr a expliqué sur X recevoir «de nombreux messages d’insultes et de menaces, comme en juin dernier» quand il avait porté plainte.
Le juge avait déjà reçu de tels messages après qu’un tribunal qu’il présidait avait condamné Erik Tegnér, directeur de la rédaction de Frontières, magazine épousant des positions identitaires et hostiles à l’immigration. Condamné à six mois de prison avec sursis pour la divulgation des données personnelles d’avocats spécialisés en droit des étrangers, Erik Tegnér, qui a fait appel, avait dénoncé «une totale dinguerie» et appelé ses abonnés sur X à «se mobiliser».
Youssef Badr visé pour manque d’impartialité
Dans les 24 pages qu’il consacre à Youssef Badr cette semaine, Frontières exhume des tweets et interviews du juge, qui seraient, selon le magazine, de nature à poser la question de son impartialité. Des positions que Youssef Badr a notamment prises dans le cadre de l’association qu’il a fondée, La Courte Échelle, et dont l’objet est de faciliter l’accession aux métiers du droit d’étudiants notamment issus de milieux modestes et de quartiers populaires. Militant pour une diversité accrue dans le recrutement de la justice, il est l’auteur de l’essai Pour une justice aux 1.000 visages. «On ne peut pas considérer qu’une enquête met en danger quelqu’un, il n’y a pas de propos qui seraient une incitation à la haine», a réagi auprès de l’AFP Erik Tegnér. «Soutenir que nous (...) avons attaqué» Youssef Badr, «c’est une façon de dévoyer la liberté de la presse», selon lui.
Dans son éditorial d’un numéro où la photo de Youssef Badr surmonte en Une le titre Justice politique, Erik Tegnér, tout en condamnant «les insultes racistes et les menaces», justifie la légitimité d’écrire sur un juge qui «a choisi de devenir un personnage public». Les prises de position prodiversité de Youssef Badr «sont-elles compatibles avec le devoir de réserve des magistrats et peuvent-elles garantir au justiciable un traitement impartial ?», interroge Frontières, qui le qualifie sur X de «juge rouge» ou encore de «favori d’Emmanuel Macron» pour diriger l’École nationale de la magistrature (ENM).
Darmanin interpellé
«Vous pouvez répéter partout que je suis un juge politisé : je ne le suis pas», répond sur X le magistrat : «Les discriminations heurtent mes convictions, parce qu’elles abîment notre société et détruisent la confiance que nos jeunes doivent avoir dans la République.» Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) met en garde contre le «risque de déstabilisation et de discrédit de l’institution judiciaire» que font courir les attaques visant Youssef Badr, qui fut porte-parole de la garde des Sceaux Nicole Belloubet au début du premier quinquennat Macron. À la Cour de cassation, de hauts magistrats s’inquiètent. L’un d’eux estime que «jamais on n’a vu une telle prise à partie de magistrat qui fait aujourd’hui de Youssef Badr une cible. On peut redouter d’avoir franchi un cap».
Jacques Boulard, premier président de la cour d’appel de Paris, dont dépend le tribunal de Bobigny, a exprimé sa «très vive inquiétude» sur ces attaques «inédites et très préoccupantes», «par leur ampleur, leur persistance et la variété des supports utilisés, en particulier sur les réseaux sociaux». «Il ne peut y avoir de justice démocratique lorsque les magistrats craignent que l’exercice de leur mission les expose à des représailles», a prévenu auprès de l’AFP Anne Auclair-Rabinovitch, présidente du tribunal de Bobigny. «On franchit un cap. Je n’ai jamais vu une telle prise à partie d’un magistrat», s’indigne, sous couvert d’anonymat, un haut magistrat, pour qui bâtir un numéro consacré à un juge, c’est «faire de lui une cible».


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