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Aswell, un gars du peuple

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À la sortie de son premier album, intitulé Banlieue, il y a tout juste deux ans, Aswell s’offrait déjà le Club Soda, jouant pour la première fois de sa carrière naissante accompagné d’un orchestre. Le jour de son 27e anniversaire, le 26 février dernier, il lançait Berger, dont la substance sera interprétée vendredi, cette fois devant plus de 2000 fans au MTelus. Entre rap et chanson folk, l’auteur, compositeur, interprète et entrepreneur a trouvé le pouls du public en s’inspirant autant de Dédé Fortin que de Nas.

« Depuis que je suis jeune que j’ai ce rêve de faire de la musique », raconte Aswell, qui avait convié Le Devoir dans le studio où fut enregistré son deuxième album fraîchement paru. « Ado, j’étais aussi quelqu’un de désillusionné ; je suis d’avis que chaque personne voulant atteindre quelque chose dans la vie doit être un peu désillusionnée », dit le musicien, qui, plus tôt dans la conversation, avait aussi confié trouver « difficile » d’avoir atteint l’âge de 27 ans.

Inconsciemment peut-être, Aswell exprime quelque chose de ce spleen typiquement québécois qu’on trouve autant dans les chansons plus terre à terre du géant du rap queb' Souldia que dans les succès écorchés de Roxane Bruneau. Sur Bateau, la première chanson de son nouvel album, le rappeur / chanteur échantillonne une ballade, tragique et classique, de Gerry Boulet. « La musique québécoise m’a toujours parlé », raconte le musicien originaire de la Rive-Sud, qui s’est installé dans Hochelaga après avoir fait ses études en marketing à Sherbrooke.

« Je me souviens, assis dans l’auto d’un ami de mon père, j’étais au secondaire, la chanson Tassez-vous de d’là joue à la radio : ça me frappe en plein cœur. » Dédé, à travers les brumes, film biographique signé Jean-Philippe Duval et sorti en 2009, « c’est mon film préféré, que je réécoute chaque année ». Il raffole de la chanson populaire québécoise autant que de son rap. « Les Dead Obies, Loud Lary Ajust, avant eux Koriass — sa chanson Libre — et Petit Prince de Rymz. Je m’étais acheté un col roulé parce qu’il en portait un ! »

Il rêve d’une carrière musicale depuis le secondaire, nous disait-il plus tôt. Il compose déjà à l’époque, forme un collectif avec les amis, apprend à composer des beats à l’ordinateur et suit la voie de l’autoproduction. Le succès est précoce : de son premier album, la chanson Next fait mouche, un rap mélodieux qui récolte aujourd’hui plus de quatre millions d’écoutes sur Spotify. Semblable effet de masse pour la ritournelle pop folk Où je m’en vais (3,6 millions d’écoutes).

« Rappeur à guitare »

Les temps ont bien changé depuis la parution, en 2005, de l’album Les gars du peuple de L’Assemblée, jadis raillé par les puristes du hip-hop, qui qualifiaient le son du duo de « rap de guitares ». Cet alliage de rythmes et de chanson folk mélodique lui vient « naturellement, de façon organique ». « J’ai toujours écouté la chanson à textes de guitares. J’écoute Bob Dylan depuis que je suis jeune, ma chanson préférée à vie est Run that Body Down de Paul Simon », tirée de son deuxième album solo, paru en 1972.

Le public embrasse la proposition, ce qui réjouit Aswell. Quel est le secret ? C’est dans les thèmes (au demeurant très classiques) et dans la tournure de ses textes qu’Aswell croit avoir trouvé la bonne manière de toucher l’auditeur. « J’écris au premier degré, ce qui est quand même difficile à faire sans que ce soit cringe », embarrassant. « Dédé Fortin écrivait beaucoup comme ça, au premier degré, alors que Jean Leloup, lui, est plus métaphorique. »

« On ne se casse pas la tête avec la musique qu’on fait », dit Aswell en incluant son collaborateur Charles Couture-Madore, alias Worry. « Je ne fais pas de la musique intello, mais sur le nouvel album, la production est plus fouillée, voire nichée, puisque je n’ai pas voulu faire de compromis. Pour ce nouvel album, j’aurais pu enregistrer un Banlieue, deuxième partie, avec le même genre de formule, mais on a cherché à faire quelque chose de différent. Enregistrer un beat drill avec Lost ? Je l’ai fait [la ballade intitulée Zendaya]. On a pris des risques, je n’ai pas cherché à refaire une chanson comme Next. »

« Je me suis rapproché des codes de la musique rap sur Berger, surtout dans la première moitié de l’album, dit Aswell. Ensuite, par contre, ça se dirige vers le folk. Je me demande bien dans quelle catégorie musicale on voudra me mettre à l’ADISQ. »

Berger compte également une chanson (Backstage) en duo avec un autre poids lourd de la scène québécoise, nul autre que Loud. De quoi cimenter la place de ce « rappeur à guitare » dans le paysage hip-hop d’ici. Et de quelle autre collaboration rêve Aswell ? « Vincent Vallières, répond-il sans hésitation. Chez les auteurs-compositeurs-interprètes contemporains, c’est avec lui que ça aurait du sens. »

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