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Dans cette campagne québécoise où rien ne semble encore joué, les débats et les médias sociaux seront déterminants. Les débats peuvent être un tremplin ou un boulet pour les chefs, et cela dépendra aussi de la force des équipes dans l’antichambre. On ne peut pas non plus juger la performance des chefs sans définir a priori leurs objectifs et les attentes à leur endroit.
Christine Fréchette sera sur la défensive parce qu’elle hérite du bilan du gouvernement Legault. Les noms de Fitzgibbon, Northvolt et SAAQclic lui seront servis. Elle tente d’incarner un renouveau et demande un premier mandat ; ses adversaires martèleront les huit ans de la Coalition avenir Québec et son rôle comme ministre. Son objectif : apparaître rassurante, expérimentée et capable de faire rempart au référendum promis par le Parti québécois.
Charles Milliard, qui souffre encore d’un déficit de notoriété, aura une occasion importante de définir le Parti libéral du Québec. Il devra surtout expliquer pourquoi il est en politique et ce qui le motive. Pour l’instant, il peine à définir son identité politique et à se démarquer. Il doit freiner sa chute.
Comme tout meneur, Paul St-Pierre Plamondon fera face à des attentes élevées. Il devra convaincre du besoin de changement et de la nouvelle direction qu’il oppose au « Avançons » de la CAQ, en demandant « la confiance » (son slogan) des électeurs. PSPP sera aussi sur la défensive ; qu’il soit avant ou après la présidence de Trump, un référendum reste un référendum. Son attitude, sa communication non verbale et son ton seront scrutés. Une bonne formule peut devenir virale, mais trop d’agressivité peut ternir l’image d’un premier ministre en attente. Il doit se donner l’élan pour dépasser les 30 %.
Éric Duhaime a professionnalisé le Parti conservateur du Québec et a imposé certaines propositions que les autres partis tentent maintenant d’émuler, notamment sur les compressions budgétaires. Il demandera la balance du pouvoir ; c’est réaliste et crédible. Il doit consolider ses 16 %.
Les attentes seront moins élevées pour Ruba Ghazal. C’est précisément son avantage : dans un débat, celle dont on attend le moins peut parfois surprendre le plus.
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Beaucoup d’électeurs ne suivent pas la campagne au quotidien ni ne suivront les débats des chefs du début à la fin. Ces affrontements seront souvent leur premier véritable contact avec les chefs. Ils y découvriront leurs propositions et se demanderont surtout : lequel paraît compétent ? Lequel me rassure ou m’inquiète ? Lequel ressemble à un premier ministre ?
Mais attention : il ne faudra pas seulement regarder qui aura été le meilleur débatteur, il faudra analyser qui aura le mieux surpassé les attentes.
On cite souvent le premier débat présidentiel télévisé entre John F. Kennedy et Richard Nixon, en 1960, comme le moment où l’apparence a changé la politique. Kennedy avait l’air détendu et assuré ; Nixon semblait fatigué et transpirait sous les projecteurs. Certains sondages donnaient l’avantage à Kennedy chez les téléspectateurs et à Nixon chez les auditeurs radio. La télévision avait ajouté une nouvelle dimension au débat politique : il ne suffisait plus d’avoir quelque chose à dire, il fallait aussi savoir comment le dire et comment le montrer, y compris par la communication non verbale. Et oui, cela se pratique.
Aujourd’hui, cette dimension est encore plus importante. Il ne suffit plus de gagner un débat : à l’ère des médias sociaux, il faut gagner l’après-débat.
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Je vais vous faire une confidence. Quand un chef lance une attaque ou une formule choc dès les premières minutes d’un débat télévisé, bien que les téléspectateurs puissent trouver cela forcé, prématuré et hors sujet, cela peut être très payant stratégiquement.
Une formule lancée à 20 h 10 donne toute la soirée aux salles de nouvelles pour la reprendre. Elle devient la manchette, un extrait vidéo, un sujet de discussion des analystes. La même formule lancée à 21 h 45 n’a pas nécessairement la même valeur médiatique. Les bulletins de nouvelles sont déjà préparés, les chroniqueurs ont choisi leurs angles et une grande partie du public a déjà décroché.
C’est là que les débats modernes sont différents. Chaque chef ne participe pas seulement à un débat devant les caméras. Car, derrière lui, son équipe aussi cherche le moment qui peut devenir viral.
Le débat est devenu deux événements simultanés. Il y a celui que suivent les téléspectateurs, et il y a celui que les équipes de campagne vont raconter dans les minutes qui suivent. L’équipe a déjà préparé le clip de 20 h 10, qui circule déjà abondamment. Un chef peut perdre une joute sur le fond et néanmoins dominer la conversation numérique. Il peut être sévèrement corrigé par une vérification des faits et malgré tout avoir un extrait de 15 secondes qui circule partout.
Voilà pourquoi il faudra être prudent lorsque les analystes et les chroniqueurs désigneront le gagnant du débat. Leur verdict sera important, mais il ne sera qu’un élément de la bataille. Plusieurs électeurs verront le débat à travers les extraits présents sur leur fil d’actualité : il faudra donc aussi analyser les attaques reprises par les influenceurs, les moments qui deviennent des mèmes, les clips diffusés par les équipes de campagne et, surtout, l’effet sur la perception des électeurs.
À l’époque des médias sociaux, les débats ne se terminent pas lorsque les chefs quittent le plateau. Les électeurs ne se souviendront pas de tous les échanges, mais les équipes de campagne leur rappelleront les 30 secondes qui auront marqué les esprits.
Et dans une campagne où beaucoup de choses peuvent encore changer, ces quelques secondes de vidéo pourraient bien tout changer chez les électeurs indécis. Tout dépendra de la version du débat qu’ils auront vu passer.


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