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Article de Luc ROUBAN (extrait du Journal Marianne 18 décembre 2025) présentation par Cyril Grataloup

Maxime TANDONNET citait ponctuellement dans ses billets les résultats d’études du CEVIPOF.
La France se distingue par son niveau de confiance extrêmement faible envers la politique. Seuls 26 % des Français déclarent avoir confiance dans la politique, contre 47 % en Allemagne et 39 % en Italie. La défiance est particulièrement marquée envers le gouvernement, qui n’inspire confiance qu’à 23 % des Français, contre 38 % en Allemagne et 35 % en Italie. (baromètre Cevipof au 11 février 2025).
Luc ROUBAN, directeur de recherche CNRS au Cevipof, explique que la France est traversée par un vent de passéisme politique qui n’a cessé de se renforcer ces dernières années. Le journal Marianne titre son numéro « Rendez-nous la France d’avant ! ».
Les résultats de l’enquête Fractures françaises de 2025 du Cevipof indiquent que pour 75% des enquêtés, « en France c’était mieux avant » et 71% affirment s’inspirer de plus en plus des valeurs du passé dans leur vie. Un sentiment de nostalgie s’empare des Français, les partis politiques suivent ce courant porteur.
S’affranchir totalement du passéisme présente un risque et c’est ici que l’on perce le mystère d’un double échec politique : celui des macronistes et celui des écologistes. Les macronistes ont voulu mener une révolution dans l’action, sans mémoire et sans racines, sans classes sociales et sans pesanteurs historiques. C’est un échec. Les écologistes tentent de proposer un autre modèle de développement pour répondre au changement climatique et n’ont rien de passéistes. Mais en rompant les amarres d’un passé industriel carboné, ils remettent en cause l’ensemble des hiérarchies et des modes d’action de l’Etat modernisateur d’autrefois sans décrire la société de demain. Les macronistes et écologistes font donc peur, ils proposent l’aventure à une société pétrifiée par l’horizon.
A gauche, comment ne pas voir, au lendemain des élections législatives 2024, dans la tentative désespérée de Lucie Castets d’imposer un gouvernement socialiste, la réincarnation illusoire de ce moment inoubliable du 10 mai 1981 ? Comment ignorer l’omniprésence de la référence révolutionnaire dans les discours de JL Mélenchon, chargés d’un appel pathétique au passé pour reconstituer le peuple souverain et le moment d’un changement de régime ?
Le passéisme et la nostalgie sont aussi mobilisés à tour de bras dans la lutte obscure entre les Républicains et le Rassemblement national en vue de la convergence des droites pour la présidentielle de 2027. L’ombre du gaullisme plane sur les projets qui tentent de restaurer l’autorité de l’Etat. C’est bien le passéisme qui reste le grand moteur du « trumpisme » dont s’inspirent les droites radicales pour réaffirmer une identité nationale intangible traversant les temps comme la proue d’un brise- glace russe brisant la banquise.
Mais le passéisme politique est une ligne de tension ; il ne faut pas aller trop loin en arrière, on risquerait d’être englouti dans un passé sans avenir et de s’enfermer dans un musée. C’est la difficulté qu’affronte le parti communiste pour échapper à la disparition, comme celle que connaît le RN pour s’affirmer comme force de progrès. J.Bardella n’est pas un grand nostalgique de JM Le Pen. Il y a des passés que l’on préfère oublier et faire oublier, des pages que l’on tourne vite.
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