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Arieh Worthalter : “Voyager et changer de langue avec mon métier, c’est une joie”

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"Luc et Geert sont coupables, ils doivent aller en prison. Mais qu'est-ce qui se passe à l'intérieur de ces gars-là ? Y a-t-il des remords ? De la douleur ? On aimerait savoir ça." Plutôt que de proposer "classiquement le procès, les accusations", le film Dust se concentre sur ces questions. "On sait que de toute façon, le verdict sera risible par rapport au mal qu'ils ont fait…"

Au moment d'aborder son rôle dans le film Dust d'Anke Blondé, librement inspiré de l'affaire Leernout et Hauspie, une des plus grandes escroqueries de l'histoire de la Belgique, Arieh Worthalter était lucide. "C'est un film sur les émotions : celles qu'on cache ou qu'on ne peut plus cacher. Des émotions qui rongent les deux personnages."

Se frotter à cet univers de la tech, très éloigné du sien, lui semblait "très excitant. C'est une des raisons pour lesquelles on fait ce métier. On est curieux et on veut pouvoir explorer des réalités inconnues, à travers des émotions qu'on ressent peut-être tous quand même. Je ne suis pas PDG, mais comme tout le monde, je sais ce que c'est d'avoir envie de plus que ce que j'ai, d'être impatient, ou de vouloir aller trop loin."

Actors Arieh Worthalter, left, and Jan Hammenecker at the photocall for the film "Dust" during the International Film Festival, Berlinale, in Berlin, Sunday, Feb. 15, 2026. (Christoph Soeder/dpa via AP)Les acteurs Arieh Worthalter et Jan Hammenecker lors de la présentation du film "Dust" à Berlin le 15 février dernier. ©(c) Copyright 2026, dpa (www.dpa.de). Alle Rechte vorbehalten

Créer le personnage de Geert passait par un physique, bien au-delà du costume cravate. "Je ne marche pas comme ça, je ne me tiens pas comme ça. Ce n'est pas mon rythme intérieur. C'est très chouette à construire et à expérimenter. Ce sont des voyages, ces rôles-là. Tous les personnages sont des voyages, mais certains sont spéciaux parce qu'ils sont tellement loin de nous que c'est un peu trippant."

Arieh Worthalter : "J'aime les rôles qui résonnent dans le collectif"

Récompensé d'un César et d'un Magritte du meilleur comédien pour Le Procès Goldman, le comédien belge parie sur l'intuition dans son jeu. "Bizarrement, je ressens ce que la réalisatrice a envie de faire. Je propose quelque chose qui, naturellement, va dans son sens. Après, elle réajuste le tir. Mais cela vient instinctivement en parlant avec elle et avec le scénariste Angelo Tijssens."

À ses yeux, son personnage "est dans le déni. C'est de la survie. Il n'est même pas au stade de se remettre en cause. Je crois qu'il y a de la culpabilité mais sa manière de réagir n'est pas une remise en cause ou un questionnement. Sa première réaction est de s'occuper de lui-même et de s'assurer qu'il n'aille pas en prison et qu'il puisse échapper à la colère qui va suivre, à la honte. Geert a très peu d'amour-propre. Il a du dédain pour lui-même aussi. Une fois que son masque tombe et qu'il n'a plus le pouvoir qu'il a construit, il est à nu. Il n'arrive pas à se connecter aux gens, il ne sait pas comment. Avec sa sœur, il y arrive un peu. En même temps, c'est parce qu'il est enfin dans une position de faiblesse, où il n'est pas là pour être le Monsieur je-sais-tout face à tout le monde." Une partie de lui a envie de se confier. "Je crois qu'il a toujours eu envie qu'on le prenne dans les bras, qu'on le rassure. Mais ce sont des criminels. Il doit aller en taule. Il a fait tellement de mal à tellement de gens !"

Belgian director Anke Blonde and Belgian screenwriter Angelo Tijssens pose during a photo call for the film "Dust" presented in competition at the 76th Berlinale, Europe's first major film festival of the year, in Berlin on February 15, 2026. (Photo by John MACDOUGALL / AFP)La réalisatrice Anke Blonde et le scénariste Angelo Tijssens, duo belge du film "Dust" présenté à la Berlinale le 15 févrirer. ©AFP or licensors

Geert s'exprime dans une langue très particulière : le west-vlams. Parfait bilingue, Arieh Worthalter est né à Paris, mais a grandi à Anvers. "Mon père est français, ma mère, Anversoise. Je parle flamand avec des collègues ou quand je vais voir ma maman à Anvers."

Pour adopter ce patois, il a été coaché par Rosemie Lauwers. "Elle est fantastique, elle m'a vraiment beaucoup, beaucoup aidé. J'espère que les Flamands trouveront ça bien. On verra." Il rit.

Chaque langue fait remonter une autre facette de soi

Ce changement de langue a un impact "extrêmement puissant", à ses yeux. "Ça me permet déjà de moins penser. Enfin, ce n'est pas tout à fait ça. Chaque langue fait remonter une autre facette de soi et fait vibrer une autre partie du corps. Physiquement, les fréquences de la voix changent selon la langue. Vu que ça vibre ailleurs, on se tient différemment, on regarde et on bouge différemment. La couleur de la voix change. C'est très chouette. Chaque langue a un mode de pensée différent. Moi, j'adore ça. J'ai l'impression de commencer un nouveau métier, alors que je fais le même boulot. Ça peut être très difficile, mais c'est très agréable." Un goût pour les langues qui reflète son caractère foncièrement nomade, même s'il voyage moins aujourd'hui qu'à 20 ans.

"Je ne voyage plus autant. Je fais des petits trucs : ça dure un mois, pas deux ans. Au-delà du voyage, je suis quelqu'un de curieux et peut-être nomade dans l'âme. Mon métier a toujours été synonyme de déplacements. Je bosse en Belgique, en France. Je pars bientôt en Bosnie pour tourner. Je tourne au Maroc, en Russie. Mon métier me poussait vers ça."

"Ça a été dur, parfois, d'être sur la route, mais ça a été beau aussi. Voyager avec mon métier, c'est une joie. J'adore découvrir de nouvelles cultures, de nouvelles manières de travailler."

"Dust" : après l'envol de la tech, le choc des illusions perdues

Prochain départ, en mars : le tournage du deuxième volet de Krovatice Aïda (Quo vadis Aïda en VF) avec la réalisatrice Jasmila Zbanić. "J'avais déjà tourné en Bosnie avec Guillaume de Fontenay et Niels Schneider pour Sympathie pour le Diable (2019). J'étais resté un mois et demi en Bosnie. J'avais adoré."

Son credo ? "On apprend surtout en faisant. La vraie école commence une fois qu'on est sur les planches. Même si l'école, c'est très important, très bénéfique. J'ai compris beaucoup de choses vues et reçues à l'Insas lorsque je suis monté sur les planches. À 18 ans, ma concentration n'était pas la même que mes collègues de 24 ans, qui avaient déjà vécu certaines choses et s'appliquaient plus que moi", reconnaît-il rieur. Les voyages ont "modelé" sa jeunesse…

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