Visé par une série de frappes meurtrières, l'aéroport de la capitale saoudienne reste à l'arrêt. Les Houthis menacent Washington, l'ONU appelle à la désescalade.

La rédaction avec AFP - Aujourd'hui à 19:14 | mis à jour aujourd'hui à 19:50 - Temps de lecture :

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L'Arabie saoudite a annoncé lundi la prolongation de la suspension des opérations à l'aéroport international King Khalid de Ryad, cible ces derniers jours d'attaques meurtrières des Houthis du Yémen. L'Autorité générale de l'aviation civile entend « achever les procédures nécessaires pour vérifier la sécurité des installations et leur état de préparation opérationnelle », sans préciser de date de reprise. Plusieurs compagnies de la région ont dans la foulée annulé leurs vols vers et depuis Ryad : jusqu'à samedi pour Gulf Air, la compagnie nationale de Bahreïn, et jusqu'au lundi 19 octobre pour l'émiratie Etihad.

Les rebelles pro-iraniens ont revendiqué dimanche des « opérations d'envergure » contre des aéroports et des infrastructures énergétiques saoudiennes, au terme d'une série d'attaques sans précédent contre la capitale. Après deux frappes mercredi et jeudi qui avaient fait six morts au total, l'attaque de samedi a tué treize personnes, la plus meurtrière dans le royaume depuis dix ans. Dimanche, une nouvelle frappe contre l'aéroport de Ryad a fait au moins un mort, un Pakistanais, et 11 blessés, tandis que celui de Dammam, dans l'est du pays, était à son tour visé dans la soirée. Une telle ampleur est inédite depuis le début en 2014 de la guerre au Yémen, qui oppose les Houthis aux forces gouvernementales soutenues militairement depuis 2015 par une coalition conduite par Ryad.

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Des Américains arrêtés pour des photos

Dans ce contexte tendu, des ressortissants américains ont été arrêtés pour avoir « pris des photos des événements récents », a annoncé l'ambassade des États-Unis à Ryad, sans préciser leur nombre ni s'ils avaient été remis en liberté. Plusieurs résidents étrangers ont eux aussi signalé l'arrestation de proches pour avoir filmé les attaques et diffusé les images sur les réseaux sociaux. Le royaume met régulièrement en garde contre le partage d'informations, d'images ou de vidéos non autorisées concernant des missiles, des drones et leurs impacts, sous peine de « poursuites judiciaires », a rappelé l'ambassade.

Washington a par ailleurs durci les consignes pour son personnel. Les fonctionnaires américains devront désormais obtenir « une autorisation spéciale » pour se rendre dans n'importe quel aéroport saoudien, une mesure jusqu'ici limitée à ceux de Ryad, Dammam et Jeddah. L'ambassade recommande également « la plus grande prudence » aux citoyens américains qui choisiraient de voyager en avion.

Les Houthis du Yémen ont revendiqué dimanche des « opérations d'envergure » contres des aéroports et des infrastructures énergétiques saoudiennes. Photo Sipa/AP

Les Houthis du Yémen ont revendiqué dimanche des « opérations d'envergure » contres des aéroports et des infrastructures énergétiques saoudiennes. Photo Sipa/AP

Les Houthis menacent les États-Unis

Les Houthis ont renouvelé dimanche leur avertissement aux voyageurs, employés et compagnies aériennes, assurant que les aéroports saoudiens n'étaient « pas sûrs, à l'exception » de ceux des villes saintes de La Mecque et Médine. Lundi, l'un de leurs hauts responsables, Mohammed Al Bukhaiti, a mis en garde Washington contre toute intervention dans le conflit.

« Si les États-Unis s'impliquent dans l'agression contre le Yémen, nous ne tergiverserons pas (...). La riposte sera rapide et douloureuse à l'encontre des États-Unis et de tous leurs intérêts dans la région », a-t-il déclaré depuis Sanaa, la capitale aux mains des rebelles. Il a aussi appelé les employés des sites pétroliers et des aéroports saoudiens à « rester à l'écart de ces sites devenus des cibles légitimes ». L'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, a de son côté promis une réponse « sérieuse ».

L'ONU redoute « une nouvelle catastrophe »

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, s'est dit « consterné par les attaques répétées » des Houthis contre des aéroports saoudiens, « qui ont tué et blessé des dizaines de Saoudiens et de ressortissants étrangers ». Rappelant que les attaques contre des civils et des infrastructures civiles sont interdites par le droit international humanitaire, il a appelé à enquêter pour traduire les responsables en justice. « Le bilan désastreux de ce conflit pour les civils, tant au Yémen qu'en Arabie saoudite, rappelle à toutes les parties que la poursuite des combats ne fera que provoquer davantage de misère, sans perspective de fin. Je les exhorte à désamorcer les tensions pour éviter une nouvelle catastrophe », a-t-il lancé.

La guerre civile au Yémen s'est ravivée plusieurs mois après le début du conflit entre les États-Unis et l'Iran, qui a plongé le Moyen-Orient dans la crise. Le pays, l'un des plus pauvres au monde, souffrait déjà d'une vaste crise humanitaire. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 217 000 personnes ont fui leur domicile depuis l'intensification des combats. Le chef du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), Barham Salih, a dénoncé une attaque « déplorable » contre l'aéroport de Ryad, estimant que « cette dangereuse escalade doit cesser ».

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