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Après Orbán, l’épreuve de la transition

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La défaite de Viktor Orbán est déjà saluée comme un revers pour la droite illibérale — et comme un nouvel embarras pour Donald Trump, qui avait ouvertement misé sur la réélection du premier ministre. Sa portée réelle, toutefois, se jouera moins dans le verdict électoral lui-même que dans ce qu’il permettra, ou non, de défaire.

Les mois à venir pourraient offrir un aperçu rare : celui du travail concret qu’implique le démantèlement de mécanismes institutionnels façonnés par des années d’exercice du pouvoir à des fins purement politiques et parfois personnelles. À ce titre, l’expérience hongroise pourrait éclairer les défis auxquels les États-Unis, parmi d’autres démocraties, devraient faire face s’ils devaient, à leur tour, s’engager dans une transition libérale.

Pendant plus d’une décennie, Orbán s’est imposé comme l’un des principaux architectes et symboles d’un modèle politique distinct du libéralisme démocratique.

Sur la scène européenne, il a multiplié les blocages, notamment sur le soutien à l’Ukraine. Sur le plan idéologique, il a fait de la lutte contre l’immigration un axe structurant de son pouvoir, contribuant à redéfinir les termes du débat bien au-delà de la Hongrie. À l’extérieur, il a cultivé des affinités avec Moscou tout en inspirant une partie de la droite américaine et en faisant du président Trump son plus grand allié. Sa défaite dépasse donc largement le cadre hongrois.

Mais l’essentiel est ailleurs. Une élection peut défaire un dirigeant. Elle ne démantèle pas, à elle seule, le système qu’il a construit et qui l’a soutenu.

En Hongrie, ce système s’est progressivement ancré dans les institutions : réforme constitutionnelle, recomposition du paysage médiatique, consolidation de réseaux d’allégeance politique et économique. Ce que l’on désigne comme « orbanisme » ne se résume pas à une orientation idéologique. Il s’agit d’une architecture de pouvoir, patiemment mise en place, dont les effets risquent de perdurer bien au-delà du résultat électoral.

Cette dimension institutionnelle trouve des échos ailleurs. Les parallèles souvent établis entre l’expérience hongroise et celle des États-Unis sous Donald Trump ne relèvent pas seulement d’affinités politiques. Ils tiennent aussi à une pratique du pouvoir marquée par une tendance à plier les institutions de l’État à des fins personnelles au détriment des normes qui en encadrent l’exercice.

C’est en cela que la séquence actuelle mérite qu’on y porte attention. Car la véritable épreuve commence maintenant.

Un cas d’école

La Hongrie entre dans une phase plus complexe que celle du vote : celle de la transition. Le premier ministre désigné, Péter Magyar, n’est pas un opposant issu de l’extérieur du système, mais un ancien membre de l’appareil orbanien qui a rompu avec celui-ci.

Pour M. Magyar, l’ampleur du défi est considérable. Revenir d’un système où les normes ont été érodées et les contrepoids affaiblis pour aller vers un fonctionnement pleinement libéral ne se décrète pas. Les institutions ne se réinitialisent pas. L’écosystème d’intérêts — politiques, économiques, médiatiques et institutionnels — qui s’est structuré autour du pouvoir ne disparaît pas avec la défaite du patron.

À cet égard, la Hongrie devient un cas d’école. Non pas tant pour la défaite d’un dirigeant que pour la gestion de ce qui suit.

Un autre élément mérite notre attention.

La défaite du gouvernement Orban nous rappelle que les démocraties ne sont ni immuables ni linéaires. Elles absorbent les chocs, se déforment, parfois profondément. Mais elles conservent aussi une capacité d’adaptation.

Les développements récents — en Hongrie, mais aussi ailleurs en Europe — laissent entrevoir une forme de correction. Elle demeure incomplète, fragile et sans doute réversible. Mais elle est suffisamment tangible pour rappeler que ces dynamiques ne sont ni linéaires ni irréversibles.

Cela ne signifie pas que le libéralisme démocratique sort indemne de l’épreuve. Les fragilités mises en lumière ces dernières années sont réelles et profondes. Mais des expériences récentes — en Pologne hier, en Hongrie aujourd’hui — suggèrent qu’il est peut-être prématuré d’en proclamer l’épuisement.

Pour les observateurs au-delà de la Hongrie, l’enjeu dépasse donc largement le cas national. La question n’est plus de savoir si l’orbanisme peut être battu. Elle est de savoir s’il peut être défait.

La réponse, qui s’esquissera dans les mois et les années à venir, pourrait bien éclairer les défis que d’autres démocraties devront affronter. Car si la chute d’un dirigeant est visible, les pièges qu’il laisse derrière lui le sont beaucoup moins.

Or, la portée réelle de ce scrutin réside moins dans ce qu’il clôt que dans ce qu’il ouvre — un processus incertain, exigeant, mais riche d’enseignements pour des démocraties qui seront appelées, elles aussi, à se rajuster.

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