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Environnement 05/08/2026 06:00 Actualisé le 05/08/2026 07:09
La forêt de pins des Landes de Gascogne doit évoluer pour faire face au « changement climatique » et aux feux plus fréquents et plus intenses. Les experts ont déjà des idées.

DAVID SEPEAU / Hans Lucas via AFP
Après le mégafeu de Gironde, Macron a appelé à « rebâtir une forêt différente », mais est-ce possible ? (photo d’illustration de pins enveloppés de retardant à Saumos, en Gironde, le 30 juillet 2026)
Et maintenant ? Une fois l’incendie fixé et les cendres retombées en Gironde, l’heure est au bilan après le mégafeu qui a parcouru 42 000 hectares et laissé des « millions de tonnes » de pins calcinés. Si l’heure est à la « course » à l’abattage, pour éviter les chutes d’arbres et les infestations de parasites, les réflexions sur l’avenir du massif sont aussi lancées.
En déplacement dans le département le 27 juillet, Emmanuel Macron a appelé à « replanter et rebâtir une forêt différente », en s’adaptant aux « conditions structurelles de changement climatique ». Un défi autant environnemental qu’économique pour la Nouvelle-Aquitaine, dont le bois est la troisième industrie régionale avec environ 60 000 emplois et 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
« Comment on vit dans une forêt à +4 °C ? [...] Et comment on met davantage en sécurité cette forêt ? », s’est aussi interrogée la préfète de Gironde, Sophie Brocas, qui a demandé aux professionnels « d’y réfléchir » d’ici septembre. De premières pistes sont déjà évoquées par les experts, Le HuffPost fait le point.
• Arrêter de planter des pins ?
C’est une question déjà soulevée après le gigantesque feu de Landiras en 2022. Le pin maritime, emblématique de la région, est épinglé pour sa résine qui le rend particulièrement combustible au point d’être qualifié d’« allumette » par ses détracteurs. Un terme et une analyse contre lesquels « se bat » le chercheur Sylvain Delzon.
Interrogé par Sud-Ouest, ce docteur en écophysiologie et chercheur à l’INRA de Bordeaux assure que « le problème n’est pas le pin maritime en soi, mais le fait que la forêt soit extrêmement sèche ». Mieux, le Pinus pinaster présente l’avantage de résister efficacement au manque d’eau et aux températures élevées, deux qualités indispensables dans un contexte de changement climatique.
Autre autout, relevé par Sylvain Delzon, le pin reste « l’essence la plus adaptée » au sol sableux des Landes de Gascogne.
• La monoculture pointée du doigt
Arrêter de planter des pins, c’est non, mais arrêter de ne planter que des pins, c’est oui. Ce constat est partagé par plusieurs experts, alors que le massif des Landes de Gascogne est une monoculture avec ses 80 % de pins maritimes. « Trouver des essences à la fois adaptées au sol, économiquement viables et nettement moins inflammables que le pin » serait un « casse-tête », mais « apporter une rupture de continuité » avec d’autres essences serait « utile », note le patron de la société EcoTree, Stéphane le Méné, dans une tribune parue dans Le Figaro.
Ce connaisseur des forêts et de leur régénération cite l’exemple du « chêne pubescent », du « chêne-liège » ou encore des « bouleaux » qui pourraient être plantés pour diversifier un peu le massif, « sans prétendre remplacer une filière entière ». Même son de cloche chez l’écologue Thierry Gauquelin, interrogé par Le Nouvel Obs et qui plaide pour la mise en place de « ceintures » de feuillus autour des pins pour créer « une atmosphère plus humide » et « moins chaude », capable de « ralentir les incendies ».
La « diversité de peuplement » devra « de toute évidence » être mise sur la table « comme l’une des solutions », abonde la préfète Sophie Brocas, qui rappelle comme d’autres experts que cette technique ne suffira pas à éviter les feux. Planter des feuillus « en bordure » des parcelles est utile, mais ils finiront par « sécher » et être « aussi inflammables que des pins », a assuré à l’AFP Bruno Lafon, maire de Biganos et président de l’association Défense de la forêt contre les incendies (DFCI) en Aquitaine.
• Aménager la forêt en anticipant les feux
Au-delà du quoi planter, il faut poser la question du comment planter, estiment les spécialistes. « On parle beaucoup de diversification des essences », mais « trop peu de diversification des milieux », expose Théophane Le Méné dans Le Figaro, rappelant que « les pare-feu, les coupures de combustible, les chemins entretenus, les zones de landes ou de prairies intercalées dans le massif » ne sont pas que des « détails paysagers ».
Ce sont des « infrastructures de sécurité au même titre qu’une digue ou un canal d’évacuation des eaux », insiste le directeur général d’EcoTree. Mieux vaut couper 2000 hectares de pinède « plutôt que d’en laisser 40 000 brûler », confirme à l’AFP le maire de Biganos Bruno Lafon, qui compte maintenir un pare-feu réalisé ces derniers jours sur sa commune, même s’il y « laisse des plumes » en tant que propriétaire.
Autre sujet selon Sylvain Delzon, « intensifier le débroussaillage » des sous-bois et, plus difficile, « convaincre les agriculteurs de mettre moins d’arbres à l’hectare ». Cela diminuerait la consommation d’eau dans le sol, permettant d’« entrer en sécheresse plus tard » et d’« abaisser un peu petit peu le risque incendie », assure l’expert auprès de France 3.
Ce dernier insiste également sur l’importance des « zones tampons » entre la forêt et les habitations, pour limiter les risques. Un diagnostic commun avec le géographe Arthur Guérin-Turcq, interrogé par l’AFP. Il faut « briser un tabou » et « ne pas replanter » partout, juge-t-il, « tout le monde est attaché à la forêt […] mais je pense qu’autour des villages, ce serait une folie ».


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