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Le Canada a pris acte du fait que l’économie mondiale ne sera plus jamais la même. Les gouvernements et les entreprises semblent même disposés à entreprendre des transformations importantes qui ont longtemps été repoussées. Mais pour ce faire, ils auront besoin d’un plan clair.
L’Université Laval a accueilli la semaine dernière une conférence internationale de trois jours sur la politique économique extérieure du Canada. Rassemblés autour du thème « Du choc à la transformation », ses 250 participants issus des milieux universitaires, gouvernementaux et économiques ont entre autres discuté de guerres commerciales, de tensions géopolitiques et de sécurité des chaînes d’approvisionnement, mais aussi de transition écologique et numérique.
« Je m’attendais à ce qu’on parle beaucoup plus du choc, mais les discussions ont surtout porté sur les enjeux de transformation et de résilience », rapporte en entrevue au Devoir l’un des organisateurs de l’événement, le politologue Érick Duchesne, en tombée de rideau.
Son collègue à l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval, le juriste Jean-Michel Marcoux, opine du bonnet. Dans les mois qui ont immédiatement suivi le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les entreprises et les gouvernements « avaient encore espoir que les histoires de tarifs commerciaux se règlent rapidement et étaient réticents à parler de diversification commerciale. Un an plus tard, la diversification est perçue non seulement comme importante, mais comme inévitable ».
« Dans certains cas, cela faisait 20 ans, voire 30 ans qu’on repoussait des changements nécessaires. Peut-être parce que ça demandait trop d’efforts », poursuit le professeur de droit commercial international Richard Ouellet. « On entend dire aujourd’hui : ne gaspillons pas cette crise. C’est devenu urgent de foncer. »
Un monde nouveau
Les fameuses transformations en cours ne doivent pas être exagérées ni sous-estimées, a-t-on dit durant la conférence. Car, malgré ce que peut laisser croire la pluie de tarifs et de contre-tarifs des derniers mois, une grande proportion des échanges commerciaux entre les pays continuent de suivre les règles normales.
Dans le cas du voisin américain, « les entreprises sur le terrain nous disent que nos relations y sont toujours très bonnes, en dépit du discours politique très agressif », note Érick Duchesne.
Cela tombe bien, parce que, quoi qu’on dise sur la nécessité pour le Canada de diversifier ses échanges économiques, « les États-Unis resteront toujours un partenaire important », affirme Yan Cimon, professeur de stratégie à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval (et quatrième larron du comité organisateur à dresser le bilan de la conférence ce jour-là).
D’un autre côté, le Canada a désormais compris que son économie est beaucoup trop dépendante de son voisin. Que le nationalisme, le populisme et l’unilatéralisme en matière commerciale de ce dernier ne sont plus des accidents de parcours, mais se sont graduellement installés dans ses mœurs politiques, a expliqué durant la conférence un expert venu du département d’État américain.
Ce ne sont pas les seuls changements qui sont là pour de bon, observe Richard Ouellet. Il faudra désormais tenir compte des enjeux de souveraineté et de sécurité nationale en matière numérique et de chaînes d’approvisionnement, des impératifs environnementaux et de transition climatique, du durcissement des rivalités géopolitiques et de la volonté des États de muscler leurs budgets de défense.
Partenariats à géométrie variable
Du côté commercial, ce qu’Érick Duchesne a surtout retenu du fameux discours du premier ministre canadien, Mark Carney, au dernier Forum économique de Davos, c’est que l’avenir du Canada se trouvera dans les partenariats économiques à géométrie variable.
S’adaptant aux intérêts et aux affinités de chacun, on pourrait ainsi chercher à maintenir des relations étroites avec les États-Unis tout en prenant un peu de distance ; resserrer ses liens avec l’Europe sans pour autant essayer d’entrer dans l’Union européenne ; et conclure des accords commerciaux avec la Chine dans certains secteurs, mais lui fermer des portes dans d’autres. « On parle de relations économiques plus fragmentées et plus complexes. Mais pas de démondialisation. »
Le Canada pourrait aussi en profiter pour se rappeler la quinzaine d’ententes de libre-échange dont il dispose déjà « avec de nombreux pays, dont parmi les plus riches et les plus intéressants pour nous », dit Yan Cimon.
Un plan d’ensemble
Pour avancer dans ce nouvel environnement économique mondial, le Canada ne pourra pas se contenter éternellement de mesures à la pièce, mais aura besoin d’une stratégie d’ensemble, pense Richard Ouellet. « C’est quand, la dernière fois que le Canada a eu une vraie politique économique bien intégrée, qui couvrait l’ensemble des enjeux et qui avait été soumise au débat public et parlementaire ? Il faut remonter à la commission Macdonald, en 1985. »
Une véritable vision d’ensemble aurait l’avantage de réduire la manie que l’on a d’aborder les questions en vase clos, dit Yan Cimon, et de revenir à des enjeux tout aussi anciens que fondamentaux, comme le retard chronique du Canada en matière de productivité.
Un tel plan d’ensemble contribuerait aussi à dissiper l’épais brouillard dans lequel tout le monde est censé avancer actuellement, poursuit l’expert. « Le climat d’incertitude nous coûte très cher. Les entreprises ne peuvent pas continuer à seulement essayer de survivre pour le prochain mois ou le prochain trimestre. Elles doivent pouvoir se projeter sur les 5, 10, 15 prochaines années. De repenser à ce que seront les meilleures façons d’être concurrentielles à l’avenir. »
Mais les transformations souhaitées ne viendront pas seulement d’un grand plan providentiel élaboré par un gouvernement fédéral omniscient. Elles seront imaginées et mises en avant à tous les échelons par toutes sortes d’acteurs, dit Jean-Michel Marcoux. « Je crois qu’on a vu, à la conférence, qu’on est clairement dans un modèle où tout le monde est conscient du rôle qu’il peut jouer et va essayer d’apporter sa contribution, sans que ce soit nécessairement coordonné d’avance. »
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