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Chronique

auteur

Gilles Paris

Editorialiste au « Monde »

Les rebelles du Yémen sont parvenus à éloigner les Etats-Unis de son principal allié régional, l’Arabie saoudite, relève dans sa chronique Gilles Paris, éditorialiste au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 14h00 Temps de Lecture 3 min.

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Les rebelles houthistes du Yémen ne sont pas représentés la semaine du 21 septembre à l’Assemblée générale de Nations unies. Il y sera pourtant beaucoup question de leur coup de force spectaculaire sur la rive yéménite du détroit de Bab Al-Mandab qui commande l’accès à la mer Rouge dans l’océan Indien. La déroute des forces des autorités reconnues au niveau international, déjà confinées à quelques portions de territoire, ajoute une tension supplémentaire sur les cours du pétrole après l’étranglement durable du goulet stratégique d’Ormuz et expose à la lumière crue les fractures nouvelles du Moyen-Orient.

Longtemps, les pays de la région ont pu être rangés en deux catégories. Dans la première, celle du passé, se trouvaient les incontournables de naguère. L’Egypte, l’Irak et la Syrie avaient vu leur centralité décliner au fil de crises intérieures, d’inimitiés recuites ou de chocs externes. Invasion américaine de l’Irak en 2003, « printemps arabes » en 2011, contre-révolutions, guerres civiles : la mise en place par Téhéran, dans cette partie du Moyen-Orient, d’un « axe de la résistance » anti-occidental et violemment anti-israélien avait profité de ce délabrement.

En contraste, la péninsule Arabique s’était progressivement imposée comme le camp de l’avenir, le pôle d’une renaissance arabe évidemment économique, mais aussi culturelle et politique. Elle devait cette bonne fortune à la taille démesurée des fonds souverains des pétromonarchies de la rive arabe du Golfe, au soft power qu’ils permettaient partout dans le monde, et aux garanties de sécurité promises par les présidents des Etats-Unis successifs. Ces traits partagés permettaient une cohésion minimale et étaient l’assurance d’une rare stabilité.

Cruelle réalité

L’échec essuyé par le président américain, Donald Trump, et le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, face au régime iranien, à la suite de l’agression du 28 février, avait déjà tout remis en question. L’offensive des houthistes, leur ambition affichée de devenir une puissance régionale, confortée par des acteurs non étatiques en Afrique, constitue un coup supplémentaire porté à ce qui se révèle être un fragile château de cartes. La réunion à New York, le 22 septembre, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, de Donald Trump et des pays de la péninsule Arabique qui composent le Conseil de coopération du Golfe a dû avoir la saveur des ressentiments et des arrière-pensées. Car l’avenir de ce « Moyen-Orient du futur » vient de se fracasser contre une cruelle réalité.

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