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Après deux mois de guerre en Iran, l’incertitude règne toujours

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Le 28 février, les États-Unis et Israël lançaient une série de frappes militaires sur l’Iran, entraînant la région dans un conflit qui s’est vite embrasé et qui a plongé la planète dans une incertitude économique et géopolitique. Deux mois plus tard, après un cessez-le-feu chancelant, où en est la situation en Iran ? Regard.

En dépit du droit international, les États-Unis et Israël ont déclenché une guerre dont les motivations demeurent nébuleuses aujourd’hui, analyse Rex Brynen, professeur au Département de science politique de l’Université McGill. « Il n’y a ni clarté ni cohérence dans les objectifs des États-Unis », laisse-t-il tomber au bout du fil.

Espérant d’abord provoquer un changement de régime en Iran, les Américains ont ensuite affirmé vouloir stopper le programme nucléaire iranien, saisir leurs ressources pétrolières, prévenir une attaque iranienne en Israël… « La stratégie ne cesse de changer. Si les gens sont confus, c’est parce que la stratégie elle-même est confuse », dit-il au Devoir.

« Ce qui a été un franc succès militaire, c’est qu’en une frappe, [les États-Unis] ont éliminé le guide suprême du régime, l’ayatollah Ali Khamenei », remarque pour sa part Sami Aoun, professeur émérite de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. Mais cette attaque, quoique spectaculaire, n’a pas eu l’effet escompté, à savoir un effondrement du régime iranien. « Il y a aussi un flou sur la fin — ou l’objectif ultime, si vous voulez — de cette guerre. »

Rex Brynen estime que le président Donald Trump, alors impressionné par le dénouement de son opération militaire au Venezuela en janvier, croyait qu’un conflit en Iran se résorberait tout aussi rapidement. À cela s’est ajoutée la pression de son allié israélien pour mener une offensive. « Ils n’ont peut-être pas été clairs sur les conséquences, et ont complètement sous-estimé la riposte iranienne. »

Données : Institut pour l’étude de la guerre  En rouge, les frappes israélo-américaines, en date du 27 avril. En mauve, les frappes de l’Iran et de ses alliés, en date du 27 avril.

Des données de l’Institut pour l’étude de la guerre, un centre de réflexion basé à Washington, montrent que les frappes israélo-américaines (en rouge sur la carte ci-contre) se sont fortement concentrées sur Téhéran, la capitale, et Isfahan, la seconde ville en importance du pays. L’est de l’Iran a aussi été lourdement touché, tout comme son littoral méridional — surtout autour de la ville portuaire de Bandar Abbas, point stratégique du détroit d’Ormuz.

La riposte iranienne (en mauve sur la carte) s’est faite sur terre et sur mer : Téhéran et ses alliés, dont le Hezbollah libanais, ont déclenché une série de bombardements sur des bases militaires américaines et sur le territoire israélien dès le début de la guerre.

À la fermeture du détroit d’Ormuz, l’Iran n’a pas hésité à cibler des navires — même civils — qui s’approchaient de ses côtes ou tentaient de traverser le passage essentiel au commerce international et à l’exportation d’hydrocarbures.

Un conflit qui divise

Le blocage du détroit d’Ormuz a vite eu des conséquences sur l’économie mondiale : 20 % du pétrole exporté dans le monde transitait par là.

Le prix du pétrole a explosé dès le 1er mars, et on en ressent encore les conséquences : la montée du prix du kérosène a entre autres entraîné des annulations de vols chez une multitude de compagnies aériennes, du Canada jusqu’en Asie. Les prix des biens et des produits agricoles risquent aussi de grimper dans les prochains mois.

Un tel blocage était pourtant prévisible à la suite d’une attaque sur le sol iranien, tant aux yeux des alliés des États-Unis qu’aux yeux des pays du Golfe environnants, fait valoir Rex Brynen. « On ne sait toutefois pas si le président Trump, lui, a été surpris. Ou si ces conséquences prévisibles lui avaient été communiquées. »

Sami Aoun souligne par ailleurs que le blocus imposé par les États-Unis aux ports iraniens a tout de même restreint la marge de manœuvre de l’Iran dans le conflit. « Les Iraniens se sentaient avantagés en imposant un blocus sur le détroit d’Ormuz. Le fait que Trump ait riposté fait en sorte qu’ils ont perdu un levier. »

Des dommages difficiles à cerner

Le cessez-le-feu, en place depuis le 8 avril, a surtout permis une réouverture partielle du détroit, laissant planer l’espoir d’une fin de la paralysie actuelle. Mais les bombardements, eux, persistent. « Je n’aime pas appeler ça un cessez-le-feu. C’est plutôt une réduction de feu », fait remarquer Rex Brynen.

Une analyse d’images satellites réalisée par Corey Scher, candidat au doctorat à l’Université de la ville de New York, et Jamon Van Den Hoek, professeur agrégé de géographie à l’Université d’État de l’Oregon, montre l’étendue des dommages matériels causés sur le territoire iranien. Au moins 2300 personnes ont été tuées en Iran entre le 28 février et le 7 avril, selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires.

Outre les bases militaires et les sites nucléaires du pays, les frappes ont aussi visé l’économie iranienne. « Les attaques américaines et israéliennes ont largement démoli les bases industrielles du régime », note M. Aoun. Les industries pétrolières et la production d’acier du pays ont été particulièrement touchées, dit-il.

Selon lui, à part par une médiation fructueuse du Pakistan, allié stratégique des deux pays, il est difficile de voir comment le conflit pourrait se résorber dans les semaines à venir. « Presque tous les pays du monde, à l’exception peut-être d’Israël, savaient que cette guerre était une mauvaise idée, souligne M. Brynen. Cette guerre est perçue comme étant un problème que Trump a créé de toutes pièces. Il devra lui-même régler ses problèmes. »

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