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Après 33 ans à bâtir seul un palais de 26 m avec les pierres de sa tournée, le facteur Cheval a passé sept ans de plus à élever son tombeau au cimetière d’Hauterives

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À l’entrée du cimetière d’Hauterives, dans la Drôme, une sépulture détonne parmi les chrysanthèmes qu’on dépose à l’approche de la Toussaint. Pierres, ciment, coquillages, petites architectures : on dirait un morceau du Palais idéal égaré à un peu plus d’un kilomètre de son terrain d’origine. C’est pourtant la main du même homme, Ferdinand Cheval, qui a consacré sept ans de plus à ce tombeau, après avoir terminé le palais en 1912.

À 78 ans, il a repris sa brouette.

À retenir

  • Le tombeau a été achevé en 1922, après huit années de travail de Ferdinand Cheval.
  • Il se visite gratuitement pendant les horaires d’ouverture du cimetière d’Hauterives.
  • Cheval y repose avec son épouse Marie Philomène Richaud et sa fille Alice.

Sommaire

  1. Une tournée de 32 km devenue chantier
  2. Le palais fini, restait la question de la tombe
  3. Malraux, les experts et le mot « hideux »

Une tournée de 32 km devenue chantier

Tout commence en 1879. Ferdinand Cheval a 43 ans, il est facteur à Hauterives et parcourt à pied 32 km par jour. Sur ce trajet, il repère des pierres, les laisse au bord du chemin, puis revient les ramasser le soir avec sa brouette.

Trente-deux kilomètres quotidiens, c’est les trois quarts d’un marathon, sac de courrier sur l’épaule, avant même de commencer le chantier du soir. Il y avait de quoi décourager n’importe qui. Le village, lui, ne s’est pas privé de rire de ce facteur et de ses cailloux. Il a pourtant continué, jour après jour, sans maçon ni architecte pour l’aider.

Résultat : 33 ans de travail solitaire, de 1879 à 1912.

L’édifice atteint 12 m de haut et 26 m de long, ce qui en fait une façade plus longue qu’un court de tennis en largeur de ligne de fond (23,77 m). Le Palais idéal accueillait déjà des visiteurs dès 1905, sept ans avant la fin du chantier. Aujourd’hui, il en reçoit 180 000 par an, de quoi remplir une ville de la taille de Reims.

Le palais fini, restait la question de la tombe

Cheval avait prévu de reposer dans son palais. Après la mort de sa fille Alice en 1894, à 15 ans, il avait repris d’anciennes esquisses de tombeau d’inspiration égyptienne qu’il voulait y intégrer. Faute d’autorisation, il a dû renoncer.

Il a donc contourné l’obstacle. En 1914, il achète une concession au cimetière communal et déplace le monument de sa fille pour faire place à son projet.

Le chantier dure jusqu’en 1922. Selon les décomptes, on parle de sept ou de huit ans : la notice officielle des monuments historiques retient huit années de labeur, de 1914 à 1922, ce qui correspond aux dates. Cheval a baptisé l’ouvrage « Tombeau du silence et du repos sans fin ». On y retrouve le travail du ciment et des coquillages, ainsi que les petites architectures du palais, avec des façades sud et est particulièrement chargées. Seule référence chrétienne notable, les lettres JMJ pour Jésus, Marie, Joseph.

Il achève l’ouvrage à 86 ans.

Ferdinand Cheval meurt le 19 août 1924 et repose dans ce tombeau, auprès de son épouse Marie Philomène Richaud et de sa fille Alice. Le constructeur s’est donc assuré lui-même un logement durable, ce que ni le notaire ni la préfecture n’avaient prévu dans le palais.

Malraux, les experts et le mot « hideux »

Longtemps, le palais n’a pas eu bonne presse auprès des spécialistes. Le 23 septembre 1969, André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, le classe monument historique contre l’avis de la plupart des experts. Beaucoup jugeaient l’édifice « hideux », un verdict que l’histoire a bien retourné.

Le tombeau a eu droit à son tour à la reconnaissance, plus tardive. Il est classé monument historique par arrêté du 23 mai 2011, ce qui porte à trois le nombre d’œuvres protégées de Cheval à Hauterives, avec le palais et la villa Alicius.

Une différence pratique mérite d’être connue : le palais est un site payant, alors que le tombeau se visite gratuitement, pendant les horaires d’ouverture du cimetière. Beaucoup de visiteurs arrivent au Palais en pensant y trouver la sépulture et repartent sans l’avoir vue. Elle se trouve pourtant près de l’entrée principale du cimetière, à environ 1,3 km du palais, soit quelques minutes en voiture.

Sur place, on remarque d’abord que l’œuvre est plus tardive, plus dense, un peu plus libre dans son ciment que le palais lui-même. Les experts de 1969 auraient sans doute eu des mots tout aussi durs pour elle. Mais en 1994, le conseil municipal d’Hauterives a accordé la concession perpétuelle à la tombe de son facteur.

Sources : monumentum.fr | museedupatrimoine.fr

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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