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Inaugurée en 1996, la Société des arts technologiques est toujours, trois décennies plus tard, un formidable laboratoire de création et le point focal des musiques électroniques de pointe à Montréal. Pour fêter ça, un nouveau festival : Futurs antérieurs, qui prévoit deux jours de performances live, de prestations de DJ et d’installations visuelles présentées par une trentaine d’artistes les 5 et 6 juin dans le vaste Espace SAT au rez-de-chaussée et dans le dôme, à l’étage. Parce que la suite de l’histoire de ce pôle d’innovation artistique s’écrira avec la communauté, souhaite la directrice générale de la SAT, Jenny Thibault.
« Tu t’en souviens ? Le 25e anniversaire, on avait dû le fêter avec un an de retard à cause de la pandémie ! » rappelle Jenny Thibault. Lorsqu’elle a succédé à la visionnaire fondatrice, Monique Simard, il y a cinq ans, elle a pris la tête de la SAT alors en pleine crise. L’organisation était également à l’aube d’un chantier majeur de plus de 18 millions de dollars visant à rénover l’édifice du boulevard Saint-Laurent, de ses fondations jusqu’au dôme, qui dispose désormais de projecteurs et d’un système de son dernier cri.
La pandémie et les rénovations furent « une grande période de transformations, et j’ajouterais de réactualisation de notre mission », avance Jenny Thibault. Car longtemps, la SAT a détenu le « monopole de l’immersion » grâce à son dôme érigé en 2011 et qui, souligne la directrice, a inspiré, ailleurs dans le monde, la création de plusieurs autres lieux outillés pour présenter des œuvres immersives favorisant « le maillage entre les technologies et différentes disciplines artistiques ». La démocratisation des technologies de l’immersion, par l’entremise d’expositions temporaires ou d’œuvres pour réalité virtuelle, a forcé la Société à l’interroger sur son rôle.
Comment envisager la suite de l’histoire de la SAT, une structure unique en son genre à Montréal et consacrée à l’exploration et à la diffusion de nouvelles pratiques artistiques ? « Nous, on n’est pas dans les technologies de réalité virtuelle avec des casques ; on veut que les gens se rencontrent, avec la technologie. On veut amplifier les connexions humaines avec la technologie et créer des ponts entre les disciplines artistiques », affirme Mme Thibault, regrettant que les nouvelles habitudes tendent à isoler les gens — sur leurs téléphones et devant leurs écrans. « Le mal du siècle, c’est la solitude. On a besoin plus que jamais de reconnecter les individus. »
Fourmilière
Dont acte : lors de notre visite, un avant-midi de semaine, la SAT, qui bénéficie du soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), grouillait de monde. Des étudiants du secondaire se promenaient entre les étages, du dôme aux laboratoires de création, et participaient à des ateliers. À l’entrée, l’artiste Alice Jarry accrochait au plafond une grande œuvre (tirée de son exposition Oscillation) qui accueillera les festivaliers ce week-end. Les bureaux du premier étage sont bondés : la SAT héberge aujourd’hui les équipes du festival MUTEK, de l’association XN Québec, dont le mandat est de soutenir les producteurs et l’industrie de la créativité numérique, et de l’entreprise spécialisée en création d’installations immersives et interactives Hubblo.
Cette mutualisation des espaces et des ressources de la SAT fut une initiative de la nouvelle direction. « On a aussi réorganisé les équipes pour être plus agiles et revoir notre modèle d’affaires parce que l’écosystème avait beaucoup changé », explique Jenny Thibault. Par exemple, à son arrivée, l’Espace SAT au rez-de-chaussée était surtout loué à des producteurs externes ; aujourd’hui, plus de la moitié des événements qui y sont présentés sont produits en interne.
Pour renforcer son rôle de productrice, l’équipe de la SAT a développé des collaborations avec plusieurs producteurs d’événements de la scène locale électronique (Homegrown Harvest, HomeBy6, Courage, entre autres). « Plusieurs de ces collectifs avec lesquels on collabore en sont à leurs premiers événements, relève Jenny Thibault. On a besoin de lieux comme la SAT pour appuyer dans leur développement les artistes de demain », notamment par le programme SODEC_LAB_Musique, qui permet aux artistes en résidence de développer une scénographie élaborée avec la boîte à outils technologiques de la SAT. « Or, on forme aussi les travailleurs culturels de demain en travaillant avec ces jeunes collectifs de producteurs. »
Lesquels viennent enrichir et diversifier l’offre de spectacles présentés à la SAT. En cela, le festival Futurs antérieurs est le reflet de la diversité des propositions musicales programmées dans ses salles : la compositrice expérimentale et experte des synthés modulaires Kaitlyn Aurelia Smith (6 juin) au techno franc de Misstress Barbara (5 juin), du house sophistiqué du montréalais Jacques Greene aux performances immersives de France Jobin et Markus Heckmann (les deux programmés le 6), en passant par les sélections musicales de la DJ iranienne basée en Californie Mozhgan et du compositeur et DJ techno chilien Matias Aguayo.
Les musiques électroniques, dans toutes leurs déclinaisons, « sont l’âme de la SAT », souligne Alexandre Auché, directeur de la programmation et idéateur du festival Futurs antérieurs. « Ce rôle est d’autant plus important que, hormis les raves et les lieux underground, cette culture électronique n’est pas si défendue à Montréal. »
« Avec Futurs antérieurs, on cherche à installer une ambiance particulière : je trouve ça intéressant de mélanger les propositions, les formes, présenter des performances purement électroniques et d’autres live, abonde Auché. On veut faire vivre une expérience, un parcours, à travers plusieurs formats — de la musique club, des installations de lumières, du live, des trucs plus expérimentaux. Je pense que c’est important que, dans une même soirée, le public puisse traverser différentes atmosphères. »


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