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Pour se relancer, le Musée de la photographie Desjardins à Drummondville mise sur une valeur sûre : l’œuvre d’Antoine Desilets, un des pères de la photographie de presse au Québec. Jusqu’au 15 décembre 2026, l’établissement, fragilisé par une suite de déconvenues, présente l’exposition Antoine Desilets, témoin de l’histoire du Québec. L’exposition réunit plusieurs dizaines de photographies réalisées au cours d’une carrière exceptionnelle. En plus des classiques les plus connus, on peut y voir un certain nombre de tirages moins connus. Cette exposition permet de redécouvrir l’œuvre d’un homme qui a accompagné, appareil à la main, certaines des transformations les plus importantes du Québec contemporain.
Né à Montréal en 1927, Desilets découvre très tôt la photographie. Enfant, il observe avec fascination les images apparaître dans la chambre noire de son oncle Georges. Cette expérience agit sur lui comme une révélation. Toute sa vie, il conservera ce même étonnement devant la photographie et sa capacité à saisir des fragments d’éternité. Ce maître de la photographie est décédé en 2019.
« C’est une quarantaine de photos qui sont présentées au public », explique en entrevue son fils, l’ancien député Luc Desilets. « Elles sont regroupées selon différents thèmes, dont les visages du quotidien, la politique, l’architecture, le sport et surtout l’humour. » La plupart sont en noir et blanc, selon les besoins de la presse pendant longtemps. Plusieurs, moins souvent vues, sont en couleur, comme cette exceptionnelle image pleine d’ironie qui montre un de ses fils vêtu d’un béret blanc, signe distinctif des pèlerins de Saint-Michel, un groupe catholique intégriste qui publiait le journal Vers demain.
Les gens qui ont connu les photos d’Antoine Desilets strictement à travers l’actualité relayée par les journaux ignorent parfois que l’homme avait un regard volontiers amusé. « C’était un bon vivant », confirme Luc Desilets. « Il y a souvent un volet humoristique dans ses images. Il pensait ses photos avec esprit. Ce volet-là de son travail est souvent beaucoup moins connu. Il faisait connaître cette partie de lui dans une chronique appelée “clin d’œil”, mais elle n’a été publiée que durant deux ans. Pourtant, c’est vraiment ce qu’il préférait par-dessus tout. » Comment ne pas sourire devant un policier pris à changer une crevaison sur sa voiture de fonction ? « Les gens me demandent si c’est une vraie photo », commente Luc Desilets en riant.
Pour Antoine Desilets, l’appareil photo ne constitue pas un simple outil de travail, mais presque une annexe de lui-même. Il ne s’en séparait jamais. « L’appareil photo permet de se promener dans la vie et d’apprendre à mieux se servir de vos yeux et de votre cœur », disait-il.
Aux premières loges de nos transformations
Avant même de devenir l’un des grands photographes québécois du XXe siècle, Antoine Desilets acquiert une solide formation technique. Son passage dans l’aviation canadienne lui permet d’apprendre les exigences de base du métier de photographe. Le talent et la passion font le reste. Il va travailler dans différents studios et journaux, en s’imposant bientôt comme le photojournaliste québécois par excellence. Un grand prix de la photographie ne porte pas sans raison son nom désormais.
Son ascension comme photographe coïncide avec une période décisive de l’histoire du Québec, alors que la société québécoise connaît de profondes transformations, Desilets se trouve aux premières loges. Son œuvre constitue aujourd’hui l’un des témoignages visuels les plus riches sur la Révolution tranquille et de l’émergence d’un Québec nouveau.
« Les photographes de presse jouaient différemment leur rôle à l’époque », explique son fils Luc. « Quand je suis allé présenter l’exposition à des visiteurs à Drummondville, beaucoup de gens étaient surpris d’entendre que c’est mon père qui avait transporté Johnny Hallyday dans sa voiture, à partir de l’aéroport de Dorval. Ce genre de chose permettait une complexité qui correspondait assez à son style. »
Le regard d’Antoine Desilets ne se limite jamais aux événements eux-mêmes. Derrière les discours et les grandes dates se trouvent toujours des êtres humains. Les visages occupent une place centrale dans son travail. Les enfants, les ouvriers, les agriculteurs, les artistes ou les inconnus rencontrés au hasard d’un reportage apparaissent, sous son objectif, avec une remarquable simplicité. Son regard demeure curieux, attentif et profondément humain.
L’influence de Desilets dépasse largement ses reportages. Au moment où la photographie connaît un essor spectaculaire auprès du grand public, il devient également l’un de ses plus importants vulgarisateurs. Ses nombreux ouvrages pratiques, publiés au moment où les appareils deviennent plus accessibles, contribuent à former des générations d’amateurs et de professionnels.
L’importance d’Antoine Desilets tient aussi à la nature même de son regard. À une époque où la photographie de presse demeurait souvent descriptive ou strictement documentaire, Desilets cherchait le détail révélateur, le geste inattendu, l’expression fugitive qui donne à une image sa profondeur. Son œuvre a contribué à faire entrer le photojournalisme québécois dans une forme de maturité.


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