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Doublement du fonds de soutien aux éleveurs bovins frappés par la DNC, triplement du fonds hydraulique pour l’irrigation : malgré ces annonces, les agriculteurs jugent les réponses gouvernementales insuffisantes.
Pas moins de trois ministres dont Annie Genevard, en charge de l’Agriculture, ont présenté, ce vendredi soir, un plan de 300 millions d’euros de mesures conjoncturelles et structurelles pour calmer la colère agricole qui n’en finit pas. « Nous avons votre message cinq sur cinq, indique-t-elle à l’adresse des agriculteurs, entourée d’Amélie de Montchalin , ministre de l’Action et des Comptes publics et Mathieu Lefèvre, ministre délégué en charge de la Transition écologique. Ce plan est le résultat d’un travail de fond avec le premier ministre pour élaborer un paquet de mesures de justice pour apaiser les tensions actuelles (…) avec la volonté de délivrer des résultats rapidement pour reconstruire un lien de confiance avec un monde agricole en doute de l’action publique », poursuit la locataire du 78 rue de Varenne. Dehors, plusieurs véhicules de police montent la garde près de l’entrée du ministère. Leur présence illustre le climat tendu actuel qui règne entre le pouvoir et les paysans.
Doublement du fonds de soutien aux éleveurs bovins
Parmi les dispositions concrètes mises en avant par le gouvernement figure le doublement du fonds de soutien aux éleveurs bovins dont les animaux sont bloqués à la vente dans une zone réglementée à cause de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Il passera de 11 à 22 millions d’euros. « La DNC génère une inquiétude que j’entends pleinement, exprime Annie Genevard. À la question de savoir est-ce que le gouvernement a l’ambition de faire évoluer le protocole sur la DNC en cas d’immunité collective ? La réponse est oui ! » , répond-elle en direction de la Confédération Paysanne et de la Coordination Rurale. Ces deux syndicats agricoles sont favorables à un assouplissement des conditions d’éradication de la maladie qui affecte uniquement les vaches et s’oppose à l’abattage total d’un lot dont seule une bête est affectée. « Mais à la question de savoir s’il peut le décider tout seul, sans aucun avis scientifique, la réponse est non, précise-t-elle tout de suite. Depuis 6 jours, aucun nouveau cas de DNC n’a été détecté dans le pays, preuve que notre stratégie est la bonne. 85% des 750.000 bovins du Sud-ouest ont été vaccinés. Nous allons mettre au point un test de dépistage plus fiable ».
Neutraliser la taxe carbone
Autre point de mécontentement des agriculteurs sur les barrages : l’instauration d’une nouvelle taxe européenne depuis le 1er janvier dernier, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), applicable notamment sur l’azote importé qu’utilisent les paysans pour amender leurs cultures de blé par exemple. « Nous allons neutraliser ce mécanisme sur le prix des engrais, cette neutralisation est essentielle pour alléger les charges des paysans. Il faut que cela soit validé par Bruxelles. Une fois le feu vert reçu, cela sera rétroactif au 1er janvier 2026 pour tous les paysans », promet Annie Genevard.
130 millions d’euros pour arracher les vignes
Dans la viticulture, le plan de sortie de crise dont le principe avait été dévoilé par cette dernière lors d’un déplacement dans l’Aude se concrétise. « Le dispositif d’arrachage des vignes sera doté d’une enveloppe de 130 millions d’euros auxquels s’ajoutent 15 millions d’allègements de charges sociales pour l’ensemble de la filière, des prêts bonifiés et la distillation des surplus de vins », affirme la ministre. Le plan d’aide aux fruits et légumes produits sur les bords de la Méditerranée recevra 30 millions de fonds supplémentaires.
Pour les agriculteurs confrontés à des difficultés d’irrigation, le fonds hydraulique agricole sera triplé, de 20 à 60 millions d’euros, là encore une fois le budget de l’État adopté. « Tous les dossiers hydrauliques bloqués actuellement seront réétudiés pour les débloquer le plus vite possible », rassure Annie Genevard.
227 loups pouvant être prélevés en 2026
Sur le dossier du loup qui entraîne des contraintes supplémentaires dans la vie de nombreux bergers et éleveurs des montagnes mais aussi désormais des plaines, le quota de prélèvement annuel du canidé sera augmenté de 10%. Il passe de 19% à 21%. Ainsi pour 2026 sur les 1082 loups que compte officiellement la France, les préfets pourront autoriser l’abattage de 227 loups sur tout le territoire. « On a dénombré plus de 4000 attaques en France sur les troupeaux l’an dernier et 12.000 brebis tuées, c’est devenu insupportable pour les éleveurs. Il faut que les prédations du loup sur les troupeaux diminuent, reconnait Annie Genevard. Les conditions de tirs de défense seront assouplies ».
Il existe également des mesures plus complexes et techniques. « L’ensemble d’entre elles devra faire l’objet d’amendements supplémentaires au projet de Loi de Finance du budget 2026, avertit Amélie de Montchalin. Elles ne pourront être mises en œuvre si le gouvernement est censuré mercredi. Chaque député qui dit défendre les agriculteurs devra prendre ses responsabilités ».
À l’international, dans le cadre de la nouvelle politique agricole commune (PAC) 2028-2034 en discussion actuellement à Bruxelles « pas un seul centime ne manquera dans la future PAC, s’engage Annie Genevard. Un budget supplémentaire sera mis en œuvre dès le début de la nouvelle PAC pour prendre en compte l’inflation. La PAC ne devra pas être une politique commune qui met en compétition les agriculteurs de l’Union et n’oubliera pas les Outre-Mer ».
Les syndicats sur leur faim
Reste à savoir si ces mesures seront suffisantes pour calmer la colère agricole après plus d’un mois de mobilisation en province et au lendemain du débarquement à Paris des tracteurs de la Coordination rurale. L’une de leurs doléances majeures, la suppression des agences comme l’Anses ou des offices tel l’OFB, qui selon eux « représentent une entrave à leur travail », n’a pas été satisfaite. De son côté la FNSEA reste également sur sa faim. « Les réponses apportées ce soir (…) vont dans le bon sens mais nécessitent encore des réponses complémentaires au regard la gravité de la situation, réagit-on à la FNSEA. Les réponses sur la prédation, les aides aux éleveurs dont les animaux sont bloqués par des mesures sanitaires ou encore les moyens de contrôles des importations sont en deçà des attentes. Mais surtout des pans entiers de mesures structurantes que la FNSEA a portées au cours de ces rendez-vous sont totalement absents : plans d’action nitrates, politique de l’eau, mesures fiscales pour redonner de la compétitivité… ».


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