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Que font les robots lorsqu’ils prennent leur retraite ? De l’art. Jusqu’au 24 mai, le centre PHI présente le second volet d’ANIMACHINA, une œuvre située entre la performance et l’installation de la compositrice KROY, conçue en collaboration avec le Design + Technology Lab de la Toronto Metropolitan University. Jouant d’instruments de musique inventés, deux robots accompagneront la musicienne Camille Poliquin, moitié de Milk & Bone qui, avec ce projet, cherche à donner un sens à sa propre robophobie.
Est-ce la phobie des robots qui a fait germer l’idée, ou le contexte dans lequel l’artiste s’est plongée pour le projet ANIMACHINA ? À un moment durant la pandémie, « j’ai développé une sorte de peur, et obsession, des robots et, plus largement, de la technologie », raconte Camille Poliquin, quelques jours avant sa première performance en trio robotisé. « Ce projet est arrivé pendant la pandémie, dans un moment d’éloignements et d’isolement ; pouvoir performer sur scène avec un robot, c’était une manière de continuer à faire de la musique pendant les confinements, mais ça me rendait triste, aussi ».
En marge du duo Milk & Bone qu’elle forme avec Laurence Lafond-Beaulne, Camille Poliquin travaille en solo sous le nom KROY. Pour ANIMACHINA, elle a composé des chansons beaucoup moins pop que celles qu’on découvrait sur son album Militia, paru en 2024. Réunies sur deux minialbums et s’appuyant sur la collaboration des amis too much everything, Tommy Lunaire et em & I, ces chansons vont aux extrêmes de la pop électronique, entre musique ambient et grooves percussifs inspirés de Rival Consoles et Floating Points, pour accompagner les projections vidéo.
Car « à la base, c’était vraiment un projet expérimental sous forme vidéo qui explore la relation entre l’humain et le robot, ainsi que ma phobie de ceux-ci » , explique la musicienne. Le professeur Jonathon Anderson, directeur du laboratoire torontois Design + Technology, expert de la modélisation 3D et de la robotique, a réussi à apaiser ses peurs, du moins assez pour que ce projet soit mené jusqu’au bout.
Lors de la création du projet à PHI en 2022, « on avait appris au robot à jouer une chanson sur le clavier, et moi je chantais, explique Camille Poliquin. J’avais adoré l’expérience, surtout parce que le robot n’a pas la notion du tempo : celui-ci dépendait du temps que le bras prenait pour se rendre d’une touche à l’autre, ce qui me forçait à adapter ma manière de chanter. Pour cette nouvelle version du projet, on a eu l’idée de créer des instruments spécifiquement pour les robots », à savoir une sorte de tambour en acier, puis une flûte à cinq embouchures, conçue en nylon par une imprimante 3D et dans laquelle « souffle » le robot.
Nouvelle réalité
Quel sens donner à ces performances alliant musique, image et gestes — ceux de la femme et des cyborgs ? « Je fais un parallèle avec ce qu’on vit aujourd’hui concernant nos rapports à la technologie », analyse la musicienne. Ces inventions nous sont souvent présentées avec la promesse de transformer nos vies, pour le meilleur ou le pire. On les accueille d’abord avec une sorte d’émerveillement, « puis on passe par une phase d’acceptation d’une collaboration avec la machine, mais la méfiance s’installe, comme si on prenait conscience que nous n’avons pas le choix de travailler avec les robots ».
Naturellement, une proposition comme ANIMACHINA contient une dimension qui relève du monde de la science-fiction. « Pourtant, ce n’est plus de la fiction : on y est ! dit la créatrice. La domotique, ces robots qui sont entrés dans nos maisons, l’intelligence artificielle qui devient nos assistants personnels. On cherche même parfois à donner des formes humaines, ou animales, à certains de ces robots ; cette façon d’imaginer, ou de percevoir, le robot m’intéresse. »
Ceux qui accompagneront Camille Poliquin à PHI ont été fabriqués par la firme KUKA, basée en Allemagne et spécialiste du robot industriel. « Ce que j’aime de ces robots, c’est qu’ils sont rescapés d’usines automobiles. Ces bras KUKA font du travail à la chaîne ; or, j’ai appris que, pour les fabricants automobiles, lorsqu’un bras robotisé comme ça subit un bris ou qu’on détecte une anomalie dans ses mouvements, on préfère remplacer le robot par un neuf plutôt que de le réparer. »
Certains de ces robots « décommissionnés » aboutissent alors au laboratoire de la Toronto Metropolitan University, « comme si on les envoyait au pâturage», illustre Camille. «Ce que je trouve sweet là-dedans, c’est qu’on travaille avec des robots qui sont à la retraite et qui aujourd’hui participent à des projets artistiques ! »


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