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Exerçant le métier peu connu d'inhalothérapeute au centre médical adventiste de Glendale (Californie), Efren Saldivar est-il bien l'«Ange de la Mort» dont les médias américains ont fait leurs choux gras à la fin du XXe siècle? Dépêchée pour établir si les 171 décès survenus en deux ans dans cet hôpital étaient bel et bien naturels, l'équipe spéciale dirigée par le sergent John McKillop, de la brigade des vols et homicides de la ville américaine, s'est heurtée à des obstacles de taille.
En 1998, soupçonnant la présence d'un tueur en série au sein de l'établissement, la police de Glendale avait lancé une enquête sur des morts suspectes. Une infirmière avait notamment confié à un informateur qu'un des employés «aidait des patients à mourir rapidement», comme l'écrivait à l'époque le Los Angeles Times. Efren Saldivar finit par reconnaître qu'il avait bien commis des meurtres au sein de l'hôpital, avant de se rétracter quelques jours plus tard, résume un article de Popular Mechanics.
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Un coupable mais pas de preuves
La police soupçonnait Saldivar d'avoir injecté à ses patients des doses mortelles de paralysants à l'aide d'une seringue. Faute de preuves, elle était dans l'impasse. Elle avait donc fait appel au médecin légiste Brian Andresen pour l'aider à rechercher la présence de ces substances dans les corps des victimes. Trouver des traces de drogue dans des cadavres en état de décomposition avancée ne serait pas chose aisée, mais c'était leur meilleure chance, et peut-être leur seule, de traduire en justice un tueur en série présumé.
Dès le début des années 1980, Brian Andresen s'était bâti une solide réputation dans le milieu: nul autre que lui ne savait aussi bien résoudre les cas de surdose d'origine inconnue. Il a peu à peu bâti autour de lui une équipe d'Avengers de la médecine légale, qui fut amenée à enquêter sur de nombreux dossiers –dont celui du terroriste connu sous le nom d'Unabomber, finalement dénoncé par son frère.
Des exhumations à la pelle
Pour l'équipe de John McKillop, dans l'affaire de l'«Ange de la Mort», l'enjeu essentiel consistait à prouver qu'Efren Saldivar, conformément à ce qu'il avait avoué avant de se rétracter, avait causé directement ou indirectement la mort d'une centaine de patients en leur administrant du Pavulon, médicament permettant de détendre les muscles –mais pouvant entraîner une asphyxie respiratoire en cas de surdose, les muscles respiratoires étant alors inhibés.
Aucune preuve ne permettant d'inculper le suspect, qui n'avait fourni aucun nom de victime potentielle ni aucune date avant de se rétracter, les enquêteurs en ont conclu qu'il allait falloir exhumer les corps des victimes les plus probables afin de les étudier. Pendant vingt semaines, on procéda à une exhumation hebdomadaire. Les corps étaient transportés à la morgue, des échantillons de tissus provenant de différentes parties du corps étaient acheminés en direction de Brian Andresen, à 530 kilomètres de Glendale.
Le scientifique se heurtait à un défi de taille: comment parvenir à extraire du Pavulon de tissus déjà partiellement décomposés? Pour s'y entraîner, il se rendit au rayon boucherie de son supermarché, pour s'y procurer un bloc de foie de bœuf. Il le laissa ensuite se décomposer au laboratoire («les gens n'étaient pas contents», confie-t-il à propos de l'odeur) avant de mener ses propres tests. Il y injecta du Pavulon avant de tenter d'extraire la substance.
Après plusieurs tentatives infructueuses (dont certaines avec du foie de porc), Brian Andresen trouva finalement un moyen. S'inspirant des travaux de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), il utilisa des cartouches monophasées, sortes de seringues munies d'un filtre, pour séparer les éléments mortels des armes chimiques des autres substances. L'extraction finit par être optimale.
Le passage aux tissus humains ne fut pas une mince affaire. Les fragments de tissus (cardiaques, pulmonaires, intestinaux, rénaux…) étaient prélevés, mélangés à une solution saline puis mixés afin d'obtenir une pâte épaisse comparable à une lotion. Versée dans un entonnoir, la substance était ensuite passée au spectromètre de masse pour être analysée. Après des mois de résultats négatifs, certains échantillons ont fini par révéler la présence de Pavulon, en quantité suffisamment élevée pour confirmer les suspicions.
En octobre 2001, un grand jury du comté de Los Angeles a finalement inculpé Efren Saldivar de six chefs d'accusation de meurtre et d'un chef d'accusation de tentative de meurtre. En mars 2002, l'inhalothérapeute fut condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle. Des seringues et un mixeur furent en partie responsables de sa perte.





























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