Si neuf ans séparent Faute d’amour de Minotaure, ce n’est pas uniquement parce qu’Andreï Zviaguintsev est un cinéaste méticuleux qui ne laisse rien au hasard. C’est aussi parce qu’il a passé quarante jours dans le coma durant la pandémie de Covid-19. Lorsqu’il apparaît sur l’écran de notre ordinateur pour évoquer la sortie de son sixième long métrage, il explique qu’il a frôlé la mort et aussi bien failli perdre un œil. «J’aurais porté un bandeau, comme Fritz Lang», rigole-t-il. On lui parle aussi d’André de Toth, qu’on se souvient avoir croisé dans un fauteuil roulant à la Cinémathèque suisse dans les années 1990. «Ça me parle aussi, parce que ce n’est qu’en septembre 2022 que j’ai finalement petit à petit pu me remettre debout et recommencer à marcher», confie-t-il.
A l’évocation de ces réalisateurs germanophones qui ont jadis fui le nazisme pour se réfugier aux Etats-Unis, ce Russe qui a lui aussi choisi l’exil et vit désormais à Paris compare les artistes à des oiseaux migrateurs qui se moquent des frontières. «Le cinéma devrait être comme un pays sans visa. Mais dans un monde où il existe des tyrans, dans lequel il est parfois impossible de respirer, c’est hélas impossible.» Il pense qu’à terme, il devrait inévitablement tourner un film en français ou en anglais. «Je n’y vois aucun obstacle. Mais ce qui est essentiel, c’est de trouver le bon sujet. Je ne ferai jamais un film uniquement pour de l’argent. Il faut que je sois totalement investi, et que cela fasse sens dans mon développement en tant que cinéaste.»


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