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Vendredi, Christophe Dubé, alias CRi, présente au monde le volume 1 de son projet AMi. Trois ans après son album Miracles, le producteur ouvre plus que jamais son univers créatif à d’autres artisans de la musique électronique locale et internationale. Le but derrière tout ça ? Créer des liens sur le long terme et bâtir une large communauté soudée avec ses collègues musiciens, ou plutôt… ses amis !
« [Les artistes], on tourne un peu partout dans le monde, on se côtoie, on est toujours ensemble, mais il n’y a pas de musique qui exprime cette réalité-là qu’on entretient. On a chacun nos univers, on fait chacun nos albums, indique CRi, en entrevue au Devoir. L’objectif avec AMi, c’est de créer une communauté d’artistes, mais aussi que les gens qui participent au spectacle, ils aient ce même sentiment-là. Mon rêve, ce serait que des gens qui se sont rencontrés dans mes shows deviennent des amis pour vrai. Je trouverais ça fou ! »
Le ton est donné : AMi sera un projet envisagé sur une longue durée qui s’exportera particulièrement bien en tournée. Si sept artistes s’associent à CRi sur les sept pistes de ce microalbum, ce ne sont pas moins de 17 « amis » différents qui accompagneront le producteur sur les routes du Canada et des États-Unis. CRi partagera la scène avec deux, trois ou quatre autres DJ par soir, lui laissant l’occasion de façonner des soirées différemment à partir d’une tradition bien ancrée et prisée dans le monde de la musique électronique : le b2b, ou le « back-to-back ».
« À un moment donné, les DJ vont tous jouer ensemble, ils ont chacun leur clé USB, puis ils vont mettre un morceau à la suite de l’autre. [Ça crée un] aspect de communion, et c’est improvisé à 100 %. »
À deux, c’est mieux
Sur Miracles, CRi invitait d’autres artistes (notamment Half Moon Run ou Klô Pelgag) sur des chansons qu’il avait déjà grosso modo complètement créées. Sur AMi, il fait la distinction : la pièce est façonnée main dans la main, dans un 50-50 parfait, précise-t-il.
AMi, Vol. 1 rassemble des acteurs de la scène électronique locale (Jesse Mac Cormack, son « frère créatif », et DJ Cinéma Quartier Latin), mais pas que : Nicky Elisabeth est Néerlandaise, Romain Garcia est originaire de France, tandis que Harry Hayes est basé à l’autre bout du globe, en Australie. Hayes étant particulièrement émergent au moment des premiers contacts, CRi s’est associé à l’Australien dans un objectif de découvrabilité.
« Ça faisait aussi partie de ma démarche, d’essayer de prendre des gens nouveaux, des gens qui arrivent, puis pas forcément de les parrainer, mais de leur donner une opportunité. »
Depuis lors, le DJ vedette Fred again.. a également craqué pour l’univers musical de Harry Hayes, le mettant en valeur dans ses propres sets et propulsant la carrière de l’Australien encore davantage.
CRi avait vu juste !
On a demandé à CRi quelle était sa version du mot « communauté ». Pas une définition Wikipédia, la sienne.
« Pour moi, la communauté, c’est d’avoir une oreille, quelqu’un ou des personnes avec qui tu peux rentrer en communication, puis te confier, leur lancer des idées, énumère le DJ montréalais. En tant qu’artiste, on est obligé de se rendre seul pour créer. Mais il y a un moment donné où tu te sens un peu perdu là-dedans, puis tu as besoin des autres pour avoir un écho à ce que tu as envie de dire. »
On en revient à l’une des artères principales d’AMi : le tangible, le réel, et donc les spectacles. Une réponse aux dérives des réseaux sociaux, qui nous promettent faussement des relations humaines de qualité.
« On est tellement connectés, mais on est tellement seuls à la fois, se désole-t-il. De créer ces moments-là, ces événements-là où on est entre humains, de vrais humains ensemble à vivre quelque chose d’intense, ça dure pour le restant de la vie. »
En retard
Si le public québécois a pleinement adopté la musique électronique (des festivals comme Igloofest ou Piknic Électronik sont plus populaires que jamais), CRi estime que l’industrie locale et les professionnels sont un peu à la traîne, frileux, puisque la musique électronique est fortement associée au monde anglophone.
« C’est l’essence même de l’industrie de la musique québécoise, elle se doit d’être un peu plus conservatrice, au sens où on se doit de se protéger, parce qu’on est une goutte d’eau dans un océan, dit-il. Et c’est normal, puis je pense que c’est très bien de faire ça. Mais l’effet un peu moins positif, c’est que c’est plus fermé, un peu, pour laisser la place à de nouveaux styles de musique qui sont énormément écoutés par les Québécois », poursuit CRi.
Il nomme notamment l’âge d’or du « rap keb » à la fin des années 2010, porté par des artistes comme FouKi, Loud ou Koriass, qui a permis de briser certains murs entre les styles de musique et les langues, contre toute attente.
« Ça a toujours été un peu comme ça au Québec, ou en tout cas, à Montréal, mais malheureusement, il y a deux scènes. Il y a la scène francophone, puis la scène anglophone, et les deux ne se mélangent pas. C’est peut-être ça, la prochaine étape. »
CRi annonce vouloir se concentrer dès maintenant sur son troisième album solo, avant de replonger dans ses amitiés avec un volume 2, jonglant entre ses deux projets de manière équitable pour les prochaines années de sa carrière. Les amis varieront d’un chapitre à l’autre, grandissant la communauté et les connexions encore et encore.
« AMi, en fait, c’est comme un album éternel. Il y a des volumes qui vont juste se stacker de plus en plus, entrevoit CRi. Peut-être que dans 10 ans, il va y avoir, je ne sais pas, 100 chansons d’AMi ! C’est un peu ça, le plan. »


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