Albert Rösti est un fonceur. A son entrée au Conseil fédéral en 2023, il en devient aussitôt l’un des piliers. Surtout, le DETEC est un département mammouth. Le Bernois l’a voulu; il s’y sait attendu. Energique, le ministre UDC est rapidement sur tous les fronts, avec une poigne de fer, mais le sourire toujours charmeur. Il décide, lance quantité de chantiers, dont certains sont colossaux, se déployant sur des décennies. Sa décision de rouvrir la porte de l’atome entend ainsi imposer un virage à 180 degrés de la politique énergétique menée par la Suisse depuis 2018. Avec Transports’45, le ministre propose une remise à plat de l’entier des projets d’infrastructures rail-route du pays. Rien que ça.
Mais le DETEC, c’est un paquebot. Il doit se manœuvrer avec finesse et supporte mal les coups de barre trop brusques. Aujourd’hui, le compteur d’Albert Rösti est à l’arrêt. Les dossiers piétinent. Le ministre cherche à donner un second souffle pour les nouveaux projets de barrages qui s’enlisent dans les procédures. La série noire se poursuit quand il se montre incapable de trouver une majorité sur la si sensible question de la réglementation des plateformes numériques. Ou quand il donne l’image d’un ministre minimisant le problème de la canicule extrême de cet été.
Lire aussi: Transports’45: le Contrôle fédéral des finances étrille la méthode d’Albert RöstiChambardement et précipitation
Ce lundi, c’est le Contrôle fédéral des finances qui enfonce le clou en remettant fondamentalement en question la méthode Transports’45. En soi, l’idée d’objectiver scientifiquement les prochaines étapes d’infrastructures, à l'abri des lobbies et des intérêts régionalistes, était salutaire. Mais ce grand chambardement a été lancé dans la précipitation, quelques semaines seulement après le non cinglant des Suisses aux extensions autoroutières. Un manque de préparation qui se retourne désormais contre le ministre. Au final, le processus n’a fait que renforcer les antagonismes, rouvrant la guerre entre le rail et la route.
Lire aussi: SSR, environnement: la méthode d’Albert Rösti crispe les écologistesSurtout, on découvre un Albert Rösti peut-être davantage Ogi que Blocher, sensible à la critique et cherchant à plaire au plus grand nombre. Il consulte énormément, tenant à apparaître comme un conseiller fédéral au-dessus de la mêlée, mais sans arriver à se départir de son image de lobbyiste du pétrole qui lui colle à la peau. Et si à force de vouloir ménager tout le monde, le Bernois risquait de ne plus être celui qui imprime une direction? Il jouera en tout cas gros l’année prochaine, lorsque son projet d’autoriser la construction de nouvelles centrales nucléaires devrait être soumis à la population. Un refus représenterait alors bien plus qu’un coup d’arrêt.


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