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MAGAZINE. Montrer fidèlement la diversité de la société québécoise dans les écrans, voilà l’un des objectifs que s’est fixés l’acteur Albert Kwan.
Le comédien, né à Madagascar, est arrivé au Québec, plus précisément à Drummondville, à l’âge de deux ans avec sa famille. Les Kwan ont pu s’intégrer à leur nouveau milieu de vie avec l’aide de la famille de Roger Cournoyer. C’est d’ailleurs grâce à M. Cournoyer que le très jeune Albert a été initié au hockey. Un sport qu’il a pratiqué jusqu’à évoluer avec les Cougars de Lennoxville au niveau collégial AA durant ses études au cégep.
C’est au tournant de la trentaine, et des années 2000, qu’Albert Kwan a eu ses premières expériences de tournages professionnels. Il a joué des rôles de figuration et muet à ses débuts. Les premiers rôles avec dialogues qu’il a obtenus ont principalement tourné autour de ses origines asiatiques et de stéréotypes qui y étaient associés à l’époque.
«À chaque fois que les producteurs avaient besoin d’une “ethnie de service”, mes chances de décrocher un rôle étaient beaucoup plus élevées, se remémore l’acteur quinquagénaire. J’ai réussi à beaucoup travailler et à bien me faire connaître parce que j’acceptais de jouer ces rôles. Si je ne l’avais pas fait, je ne serais peut-être pas où je suis aujourd’hui.»
Albert Kwan. (Photo : Pénélope Ducharme)Se lassant d’être considéré seulement pour ces rôles stéréotypés, Albert Kwan a décidé d’incarner le changement qu’il souhaitait voir dans le milieu télévisuel québécois. Sous la suggestion d’une amie, il a tenté l’écriture et la réalisation d’histoire qu’il voulait raconter. En parallèle, il s’est impliqué dans le comité mosaïque de l’Union des artistes (UDA). À cette époque, vers 2010, au début de la présidence de Sophie Prégent, Albert Kwan dit avoir commencé à ressentir une plus grande ouverture et un réel intérêt de l’UDA à montrer le talent de ses membres issus de la diversité.
«Quand Sophie Prégent était présidente, elle voulait qu’on avance la cause. J’ai aussi été sur un comité du Conseil québécois du théâtre (CQT) et je me suis rendu compte qu’il faut accéder aux postes décisionnels. Je suis ensuite devenu administrateur du CQT pour faire avancer la cause et surtout sensibiliser les gens. Parfois, les gens prennent une décision et n’ont pas le réflexe de réfléchir à la diversité ou à ce que ça peut faire de bon ou nuire. Ils ne portent pas nos chaussures», souligne celui qui est aussi comédien à l’École nationale de police du Québec.
Depuis la quinzaine d’années qu’il s’implique à ce dossier, le comédien dit avoir vu les mentalités évoluer, mais que du chemin reste à parcourir.
«Je pense que le public ne demande qu’à voir plus de diversité à la télévision. Si tu veux rallier le jeune public, il faut que tu le représentes. Il y a beaucoup de jeunes qui ne voient pas cette différence-là, parce qu’ils la côtoient tous les jours. Peut-être qu’ils regardent la télé anglophone parce qu’ils s’y voient plus», indique celui qui rêve de monter une pièce de Michel Tremblay, mais interprétée entièrement par des acteurs issus de la diversité.
S’il devait donner un conseil aux nouveaux acteurs issus de la diversité, Albert Kwan leur dirait de suivre leur voie, de foncer et de se faire entendre.
«On m’a déjà dit : “quand tu demandes quelque chose, tu as toujours le non dans ta poche, mais va chercher le oui.” Ça amène une autre approche à ton avancement. Ce n’est pas parce que ça ne se fait pas en ce moment que ça ne se fera jamais. Foncez, n’attendez pas; c’est un travail de tous les jours», a-t-il dit, s’adressant aux jeunes comédiens.
De grandes productions
Initialement, Albert Kwan avait effectué ses études collégiales avec l’objectif de se diriger vers le milieu des communications. Lorsque sa copine est tombée enceinte, ses plans de carrières ont pris un autre virage. Il a donc enchaîné différents emplois au courant de sa vingtaine. Parmi ceux-ci se trouvait l’animation de soirées dans des bars. Dans une de ces soirées, au bar Normandie de Drummondville, une ex-entraineuse de soccer, aussi agente d’artiste, l’a reconnu et lui a proposé de tenter sa chance en casting à Montréal.
C’est lorsqu’il a déménagé dans la métropole, vers 1998, alors que sa copine de l’époque étudiait en production télévisuelle à l’Université du Québec à Montréal, qu’Albert Kwan a eu l’opportunité de se retrouver devant la caméra.
Sa première expérience a été sur le plateau montréalais du film américain L’Art de la guerre, sorti en 2000, qui met en vedette Wesley Snipes et Donald Sutherland. D’abord appelé à être présent dans une scène de gala, le Drummondvillois a été remarqué par l’équipe de production. On lui a donc proposé une seconde journée de tournage dans laquelle il tiendrait le rôle muet d’un serveur dans une scène regroupant M. Sutherland et Cary-Hiroyuki Tagawa.
«C’était un petit plateau. Entre les prises, M. Sutherland et M. Tagawa m’ont posé des questions à savoir depuis combien de temps je faisais ça. En leur disant que c’était mon premier plateau, ils m’ont dit que j’avais de bonnes qualités pour faire ce métier. C’est là que je me suis dit que c’était peut-être quelque chose que je pouvais faire dans la vie. C’était ma première expérience, je ne connaissais rien, je n’avais pas de formation et je me suis trouvé, par hasard, à jouer avec des ténors», se remémore-t-il.
Albert Kwan en compagnie des acteurs Luke Ford et Brendan Fraser sur le plateau du film La Momie : La Tombe de l’empereur Dragon en 2007. (Photo : collection personnelle, Albert Kwan)Cette discussion l’a motivé à poursuivre dans cette avenue. Albert Kwan s’est donc affairé à suivre toutes les formations que proposait l’UDA, dont des ateliers dirigés par Danielle Fichaud et Jean-Pierre Bergeron.
Au fil de sa carrière, il a pu autant jouer dans des productions québécoises, qu’américaines et même françaises. Il a pu côtoyer de grands noms, comme Brendan Fraser et Luke Ford sur le plateau de La Momie : La Tombe de l’empereur Dragon (2008), ou encore Jake Gyllenhaal durant le tournage de Code Source (2011). Au Québec, il a obtenu sa plus grande opportunité avec Les Dangereux (2002) en début de carrière. Il s’est mis à recevoir plus de propositions d’auditions par la suite.
À travers cette carrière bien remplie, Albert Kwan se souviendra toujours de sa rencontre avec l’acteur français Philippe Noiret durant Père et fils (2003). Lorsque le réalisateur, Michel Boujenah, fait les présentations, M. Noiret lui fait une accolade comme s’il le connaissait depuis toujours. «Cet homme m’a marqué. De sentir sa présence avant même de le voir est quelque chose que je n’oublierai jamais», raconte l’acteur.
Plus récemment, on a pu voir Albert Kwan dans la quotidienne Antigang et il apparaitra dans la nouvelle saison d’Alertes.


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