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La première journée du procès pour homicide involontaire de Christophe Ellul, ce mardi devant le tribunal correctionnel de Soissons (Aisne), a tourné autour de son chien Curtis, suspecté d’avoir atrocement tué sa compagne. Mais le prévenu, lui, ne veut toujours pas y croire.
De notre envoyé spécial à Soissons (Aisne), Aurélien Poivret - Aujourd'hui à 20:25 | mis à jour aujourd'hui à 21:00 - Temps de lecture :
Le tribunal judiciaire de Soissons, dans l'Aisne, n’a pas lésiné sur les moyens. Des CRS tout autour du palais de justice, la police municipale en renfort à l’entrée du bâtiment, une salle de retransmission des débats à disposition de la centaine de journalistes accrédités, et trois jours d’audience pour étudier le crime non pas d’un homme, mais d’un chien. Celui de Curtis, un pitbull suspecté d’avoir littéralement déchiqueté la jambe de la compagne de son propriétaire, Elisa Pilarski, enceinte de six mois. Sauvagement attaquée au cou, aux bras, aux jambes et à la tête, elle est morte le 16 novembre 2019 en forêt de Retz, alors qu’elle le promenait.
À défaut de pouvoir juger un animal, c’est son propriétaire et compagnon de la victime qui est convoqué devant la justice pour ce procès très médiatique, dont les dimensions pourraient laisser croire à une affaire criminelle alors qu’elle n’est que délictuelle. Jugé en correctionnelle pour homicide involontaire, Christophe Ellul, solide quinqua à la barbe poivre et sel, n’est pas suspecté d’avoir tué la jeune femme. Mais de l’avoir mise en danger avec son chien, Curtis, un molosse de plus de 20 kg qu’il aurait dangereusement, et illégalement, dressé au mordant.
C’est « une affaire particulièrement difficile », prévient à l’ouverture des débats la présidente Armelle Radiguet. « Il s’agit de faits d’homicide involontaire. Le tribunal sait que la famille et les proches de la victime, mais aussi le prévenu, attendent beaucoup de ce procès, et souhaitent des réponses à leurs questions à leur douleur incommensurable. » La magistrate demande « de la dignité et de la sérénité » au cours des débats, mais c’est dans un climat parfois tendu que s’est déroulée la première journée d’audience, où il a été longtemps question de la façon dont Christophe Ellul s’occupait de ses chiens.
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« Je ne sais pas ce qu’il s’est passé »
Cuisiné de longues heures à la barre sur le drame, le prévenu de 51 ans, tout de noir vêtu, reconnaît avoir été « négligent » en omettant de déclarer Curtis après l’avoir importé des Pays-Bas avec son ex-compagne, pour le présenter à des concours et « activités sportives ». Mais il assure n’avoir eu aucune idée, malgré sa grande expérience canine, qu’il s’agissait d’un pitbull et que les documents du chien étaient falsifiés. « On avait des vrais papiers, un passeport européen, un carnet de vaccination pucé et un certificat de bonne santé du vétérinaire », fait-il valoir, sans vraiment convaincre.
Christophe Ellul (à gauche) avec son avocat, M e Alexandre Novion, mardi à l’entrée du palais de justice de Soissons. Photo EBRA /Aurélien Poivret
Christophe Ellul reste persuadé que la chasse à courre organisée dans la forêt de Retz le jour des faits a pu être à l’origine du drame, et que son chien n’y est pour rien. « Pourquoi est-ce que ça se passe à ce moment-là ? », interroge l’ancien agent de piste de l’aéroport de Roissy. « Est-ce que Curtis a pu avoir peur ? Est-ce qu’elle a voulu le protéger ? Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. »
« Elle ne me dit pas que c’est Curtis qui la mord ! »
Les éléments à charge contre Curtis, pourtant, sont nombreux. Parmi eux, le message écrit à Elisa au moment d’aller la secourir – « Je le fais piquer même » - sonne comme un aveu de la culpabilité majeure contre Curtis. Christophe Ellul s’entête à ne pas se souvenir de l’avoir écrit, ou alors « peut-être sur le coup de l’énervement ». « Mais elle m’a dit qu’elle était mordue par DES chiens. Elle ne me dit pas que c’est Curtis qui la mord ! », répète, inflexible, le prévenu qui finit par s’énerver : « Vous croyez que je n’ai pas souffert moi aussi ? Que je ne veux pas la vérité ? Je n’ai rien à cacher ! »
Malgré tout, le quinquagénaire semble, de temps à autre, prêt à reconnaître la responsabilité de son animal. Et à travers lui, la sienne. Mais il exige d’en être convaincu. « Je veux savoir la vérité, clame-t-il. Si c’est Curtis, tuez-le, piquez-le ! Ou c’est moi qui le ferai. Mais mettez les preuves sur la table. » La deuxième journée d’audience, où seront abordés le comportement de Curtis, son dressage, et les constatations scientifiques, pourrait les apporter. Avec cette question : cela fait-il de Christophe Ellul le responsable de la mort de sa compagne ? Le procès devrait s’achever jeudi.


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