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La suspension des versements de l'aide financière aux établissements postsecondaires privés de l'Ontario touche des écoles de théologie, l'École nationale de ballet du Canada et plusieurs autres institutions, ce qui laisse des étudiants avec l'impression d'être injustement pris dans un piège.
Le ministre des Collèges et Universités, Nolan Quinn, a annoncé la semaine dernière que la province avait chargé la firme KPMG d'effectuer une vérification sur l'utilisation du Régime d'aide aux étudiantes et étudiants de l'Ontario (RAFEO) dans les collèges privés d'enseignement professionnel, et que les constatations préliminaires étaient suffisamment préoccupantes pour qu'il transmette le dossier à la Police provinciale de l'Ontario (PPO).
Pendant la vérification, les versements du RAFEO aux établissements postsecondaires privés seront suspendus, a assuré M. Quinn.
Le ministre a indiqué qu'il travaille à obtenir des prêts à faible intérêt auprès d'institutions financières pour les étudiants touchés, mais n'a fourni aucun échéancier.
De nombreux étudiants de collèges d'enseignement professionnel se disent inquiets de cette suspension, dont l’issue demeure incertaine. Certains étudiants comptent sur cette aide financière non seulement pour payer leurs frais de scolarité, mais aussi pour couvrir leurs dépenses quotidiennes durant leurs études.
La portée générale de cette suspension touche l'ensemble des établissements postsecondaires privés, incluant les universités privées, les collèges de chiropratique et de médecine naturopathique, ainsi que les écoles d'arts de la scène, comme l'École nationale de ballet du Canada.

Le ministre des Collèges et Universités, Nolan Quinn, dit avoir transmis le dossier à la Police provinciale de l'Ontario. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Cole Burston
Alessia Di Palma est dans sa dernière année du programme conjoint de formation des enseignants de cinq ans offert par l'École de ballet et l'Université York. Elle affirme ne pas vouloir abandonner ses études si près du but, mais ne sait pas actuellement comment elle paiera son loyer, même si elle cumule deux emplois en plus d'étudier.
J'ai le cœur brisé, a-t-elle confié.
Mon cœur a flanché quand j'ai appris la nouvelle, parce qu'il est injuste qu'après avoir reçu ce financement pendant quatre ans, il disparaisse soudainement en cinquième année à cause d'une situation qui n'a rien à voir avec moi.
Les préoccupations initiales découlaient d'activités observées dans quelques établissements, indique le cabinet du ministre Quinn, mais des preuves de problèmes systémiques ont fait surface au cours des dernières semaines.
Pour le moment, l'équipe de vérification ne nous garantit pas que les problèmes ne sont pas plus étendus. Cela ne nous laisse d'autre choix que de suspendre les versements du RAFEO à tous les établissements privés afin de protéger l'argent des contribuables et de tenir les acteurs malveillants responsables , a écrit la porte-parole Bianca Giacoboni dans une déclaration.
Nous comprenons que cela crée de l'incertitude pour les étudiants et nous travaillons rapidement à élaborer des options de prêts à faible intérêt auprès d'institutions financières tierces pour les aider à traverser cette période de transition.
À l'École de ballet, la plupart des programmes sont de niveau secondaire, mais l'établissement offre un programme postsecondaire de formation des enseignants visé par la suspension. Environ la moitié de ces étudiants comptent sur cette aide pour payer leurs frais de scolarité, a souligné le directeur général, John Dalrymple.
Le gouvernement a choisi la méthode la plus brutale et la plus préjudiciable pour s'attaquer à la source du problème, selon lui, et il est particulièrement décevant que M. Quinn ait imposé cette suspension avant d'avoir garanti l'accès à ces prêts de tiers.
Le fait que tous ces étudiants, qui cumulent plusieurs emplois pour joindre les deux bouts et qui amorcent à peine leur carrière, se retrouvent aujourd'hui laissés à eux-mêmes pour financer des études pour lesquelles le gouvernement leur avait garanti qu'ils étaient admissibles et qu'ils recevraient des fonds est, selon moi, consciencieux et inacceptable, a-t-il affirmé.
Des écoles de théologie aussi touchées
Des écoles de théologie, comme le McMaster Divinity College, affilié à l'Université McMaster, sont également touchées. Ambrose Thomson, registraire et directeur des services aux étudiants de l'établissement, indique que les étudiants sont désemparés.
Environ 10 % des revenus de cet établissement à but non lucratif dépendent des frais de scolarité payés via le RAFEO, explique-t-il. Bien que le McMaster Divinity College soit relativement bien positionné pour traverser cette tempête, M. Thomson soulève que toutes les écoles n'ont pas cette chance.
L'impression que j'ai, c'est que le gouvernement mesure très bien les impacts, a-t-il déclaré.
Ils ne sont pas stupides. Tout ce que je peux supposer, c'est qu'aux plus hauts niveaux où ces décisions ont été prises, on est prêt à laisser des collèges d'enseignement professionnel et d'autres écoles fermer leurs portes.
Je pense qu'ils cherchent à donner l'impression d'agir face à quelque 300 millions de dollars auxquels ils n'ont pas eu l'intelligence de porter attention, ajoute-t-elle.
Des données obtenues par La Presse canadienne en vertu de la Loi sur l'accès à l'information montrent de fortes augmentations de l'utilisation du RAFEO dans un nombre relativement restreint de collèges d'enseignement professionnel entre 2020-2021 et 2024-2025.
Les sept collèges d'enseignement professionnel affichant la plus forte utilisation du RAFEO en 2024-2025 ont reçu 385 millions de dollars en subventions provinciales, soit le même montant attribué aux étudiants de l'ensemble des collèges publics de l'Ontario cette année-là.
L'organisme Career Colleges Ontario tire la sonnette d'alarme depuis 2023 concernant ce qu'il qualifie d'activités potentiellement suspectes liées à l'utilisation du RAFEO dans quelques établissements.
Deanna Hutten, étudiante de deuxième année à la maîtrise en counseling et soins spirituels au McMaster Divinity College, emprunte de l'argent à sa famille et travaille 10 heures de plus par semaine à son emploi en marketing pour compenser le gel de son RAFEO.
Mère célibataire d'une fille d'un an, Mme Hutten espère devenir aumônière en milieu hospitalier. Elle juge frustrant d'être mise dans le même panier que certains acteurs malveillants présumés.
C'est franchement très injuste, a-t-elle affirmé.


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