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MAGAZINE. «La jeunesse n’a pas d’âge», disait Picasso. À 91 ans, Agnès Guay en est la preuve vivante. Quand elle ne manie pas les pinceaux, elle prend sa plume pour écrire ou se plonge dans ses lectures. Elle a même récemment exposé quelques-unes de ses œuvres, l’art continuant d’occuper une place centrale dans sa vie, comme autrefois.
Nous avons fait sa connaissance le jour de la grosse bordée de neige, le 11 novembre dernier. Elle nous a accueillis dans son trois et demi, à La Fonderie. Privé d’électricité, le logement n’en demeurait pas moins sympathique et chaleureux. En franchissant la porte, l’univers de Mme Guay s’impose : des tableaux grand format sur les murs, des piles de livres, un pot de pinceaux exposés en bouquet sur la table de salon, du matériel d’art, de petites œuvres et des journaux à portée de main sur la table à dîner. Partout, la créativité habite l’espace.
Ce qui frappe d’abord chez Agnès Guay, c’est sa lucidité.
Puis, on découvre rapidement qu’elle est une retraitée bien occupée : entre ses ateliers d’écriture et ceux destinés à garder actifs ses neurones, elle suit des cours de mise en forme et de ballon rythmique. «Les mardis et mercredis, ce sont mes jours de congé. J’en profite pour aller voir mon copain et l’aider un peu», fait-elle savoir, en indiquant qu’ils forment un couple depuis neuf ans.
Les week-ends, plus tranquilles, lui permettent de ralentir. C’est à ce moment qu’elle prend le temps de lire et, parfois, de peindre.
Une passion de tous les temps
Sa passion pour l’art remonte bien avant l’âge adulte. Sixième d’une famille de 12 enfants, Mme Guay a été élevée dans une maison où la créativité dominait. Sa mère, pianiste et organiste à l’église Saint-Frédéric, animait constamment le foyer de musique. «Quand elle jouait Clair de Lune, on trouvait ça tellement beau», se souvient l’intéressée.
Tous les enfants apprenaient un instrument : les garçons se tournaient vers le saxophone ou la clarinette; les filles vers le piano.
Mais c’est sa sœur aînée qui lui a fait découvrir les arts visuels; elle était étudiante en histoire de l’art et inscrite à des classes du soir aux Beaux-Arts. «C’est là qu’est venu le goût de l’art», affirme-t-elle.
Vers 15 ans, Agnès Guay a franchi ses premiers pas en peinture au couvent, avec son enseignante Agnès Desanges.
Et c’est à l’âge adulte que l’art a pris de plus en plus de place dans sa vie. Aux Beaux-Arts, sur la rue Sherbrooke à Montréal, elle a rencontré celui qui est devenu son mari et sa plus grande inspiration.
«L’atmosphère était magique. On était une grande famille, on s’admirait les uns et les autres», raconte-t-elle, les yeux brillants.
Agnès et son époux ont partagé 50 ans de vie commune, durant lesquels sont nés leurs deux garçons.
Avant de se consacrer entièrement à l’art et à l’enseignement, l’artiste drummondvilloise a brièvement travaillé, vers 25 ans, au Bureau de la presse sur la rue Heriot, puis à l’Office national du film, notamment sur Demain l’hiver et Le violon de Gaston, respectivement un documentaire et un court métrage des années 1970.
Mme Guay conserve précieusement son violon vieux de 102 ans. (Photo : Ghyslain Bergeron)Un peu plus tard, elle a enseigné la musique, principalement le violon. «Mon violon a maintenant 102 ans, il est plus vieux que moi!»
Mais c’est à Val-David que Mme Guay a réellement évolué comme artiste. Elle y a d’ailleurs vécu 50 ans.
«C’est un village d’artistes et plusieurs d’entre eux ont été des amis à moi, comme Gilles Mathieu, celui qui a fondé La Butte à Mathieu, la première boîte à chansons du Québec où sont passées plusieurs légendes, dont Félix Leclerc. Je pense aussi à René Derouin et sa femme Jeanne Moller puis à Guy Montpetit et son épouse Danielle Généreux», énumère-t-elle.
Avec le collectif des créateurs associés de Val-David, la nonagénaire a même exposé en France, dans les années 1980, accompagnée de son mari, maintenant décédé.
C’est également dans cette petite municipalité des Laurentides qu’elle a initié l’un de ses projets les plus marquants. L’idée avait émergé d’une remarque de touristes qui se demandaient où se trouvaient les artistes, à Val-David. Constatant le besoin d’offrir une vitrine à ces créateurs d’art, Mme Guay avait eu l’idée d’organiser une exposition dans l’ancienne église. En une semaine, elle avait reçu l’approbation de l’administration municipale.
«L’exposition devait se tenir durant les Journées de la culture en 2010. Ce qui devait durer trois jours s’est transformé en projet de six ans!» lance en riant mais non sans fierté Mme Guay.
Entre 2010 et 2016, près de 80 artistes ont pu y avoir une tribune.
L’art abstrait
Mme Guay est une peintre faisant dans l’abstrait. Elle crée ses œuvres au gré des mouvements, de son instinct.
«C’est libre. Les mouvements, les couleurs… Je laisse aller. Je ferme presque les yeux et la magie fait le reste. C’est l’expression brute», décrit-elle. En d’autres mots, elle peint de façon intuitive.
La nonagénaire a toujours préféré les couleurs vibrantes au monochrome. «J’ai besoin de couleurs. Pour moi, ça représente la joie de vivre. Et puis, ça va avec mon signe astrologique, le bélier, qui est fonceur.»
Ses médiums ont évolué au fil du temps : l’huile d’abord, «parce que c’est plus fluide et les couleurs sont plus vives», puis l’acrylique, l’aquarelle et la craie Conté.
Des craies Conté. (Photo : Ghyslain Bergeron)Mais peu importe la technique, le sentiment éprouvé reste le même : la liberté. «Quand je peins, je ne pense à rien d’autre. C’est comme une méditation, un arrêt dans le temps», souligne-t-elle.
Une exposition inespérée
Après 2016, la vie l’a ramenée à Drummondville. Depuis janvier 2017, Mme Guay habite la résidence La Fonderie.
«Je suis revenue aux sources pour mes vieux jours», lance-t-elle tout sourire.
C’est par un doux hasard qu’une exposition récente a vu le jour. Denis Lambert, rencontré aux Belles Plumes (les ateliers d’écriture offerts à la résidence), a remarqué son travail. Après quelques échanges, il lui a proposé d’exposer à La Halte Saint-Joseph.
«Ça a été un bel imprévu. Je ne pensais pas faire une exposition à Drummondville, et encore moins à mon âge!» s’exclame avec gratitude Agnès Guay.
Vingt-trois œuvres, petits et grands formats, ont été en montre. Aux dires de M. Lambert, le vernissage a été un moment magique réunissant ses proches et amis. Quelques toiles ont trouvé preneur.
Aujourd’hui, Mme Guay dit n’avoir jamais vraiment senti le poids de l’âge. «Je ne me suis jamais sentie vieille. Je ne me suis pas aperçue du temps passé.»
Savoir cultiver la passion, être curieux, trouver un équilibre grâce à l’art et rencontrer de bons amis, voilà son secret pour rester jeune et vive d’esprit.
L’œuvre derrière Mme Guay a été réalisée par son mari. (Photo : Ghyslain Bergeron)

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