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Le 15 août 2021, les talibans reprenaient le contrôle de l'Afghanistan. Un retour au pouvoir, après deux décennies d'éviction, marqué par le chaos –on se souvient des images de milliers de citoyens tentant de fuir à l'aéroport de Kaboul– et par le rétablissement d'un gouvernement islamique qui allait rapidement s'attaquer aux droits des femmes.
Ces cinq dernières années, le régime a systématiquement écarté les femmes de la vie publique, leur interdisant l'accès à l'éducation secondaire et supérieure et mettant en place de nombreuses restrictions en matière d'emploi, de liberté de mouvement et de liberté d'expression. Les femmes sont contraintes de respecter un code vestimentaire très strict. Selon plusieurs experts, ces politiques répressives pourraient entraver le développement de l'Afghanistan pendant de nombreuses années. Elles rappellent les conditions imposées aux citoyennes lors du précédent régime taliban, à la fin des années 1990.
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«Ces dernières décennies, aucun autre pays n'a démantelé les droits de la moitié de sa population par le biais de lois et de politiques dans une telle mesure, a déclaré mercredi 12 août l'agence des Nations unies chargée des questions relatives aux femmes. En parallèle, les crises humanitaires et économiques qui se superposent, ainsi que l'aggravation de la pauvreté, ont également un impact disproportionné sur les femmes et les filles.»
Depuis 2021, plus de 160 décrets ont été promulgués par les autorités à l'encontre des femmes. Selon le dernier rapport de l'agence onusienne, cela a un impact «alarmant» sur les lieux où les Afghanes peuvent se rendre, ce qu'elles peuvent faire et, plus largement, sur leur quotidien.
Détérioration de la santé mentale
L'organisation a interrogé environ 5.000 personnes dans des communautés rurales et urbaines. Les femmes font état de niveaux d'isolement et de détresse qui font craindre une véritable crise de la santé mentale. Beaucoup confient ressentir un niveau élevé de stress, d'inquiétude et une forte pression. La majorité d'entre elles remettent également en cause l'interdiction de l'accès à l'enseignement supérieur, ainsi que les règles limitant les possibilités de travailler.
«En fermant l'accès à l'éducation et à de nombreuses formes d'emploi, ces restrictions aggravent les pressions économiques déjà ressenties par la plupart des femmes», indique le rapport de l'ONU, soulignant le «lourd tribut personnel» que cette situation impose aux femmes. 90% des Afghanes interrogées ont déclaré devoir obtenir l'autorisation d'un proche de sexe masculin pour sortir de chez elles. Pour la moitié d'entre elles, les sorties à l'extérieur du foyer ont lieu seulement une à deux fois par mois. Les proches et voisins veillent à ce que les jeunes filles respectent les règles imposées par le régime.
«Les talibans ont étendu le contrôle de l'État au plus profond de la sphère privée en transformant les normes patriarcales en obligations légales et en mobilisant les familles pour faire respecter leur idéologie», souligne Belquis Ahmadi, avocate spécialisée dans les droits de l'homme.
Seul pays à interdire l'accès à l'éducation
L'Afghanistan est le seul pays au monde à interdire officiellement l'accès à l'éducation aux filles et aux femmes au-delà du niveau primaire. À mesure que l'exclusion de la gent féminine des écoles, des institutions et de la vie publique se prolonge, le système de restrictions s'enracine. Les femmes prennent du retard, ce qui rend le rétablissement de la situation d'avant 2021 de plus en plus improbable, selon plusieurs experts.
«Alors qu'une nouvelle génération de filles grandit sans éducation, leur avenir s'assombrit de plus en plus», a écrit l'UNESCO dans un communiqué publié cette semaine. L'organisation appelle au rétablissement complet du droit à l'éducation.
«Derrière chaque décret des talibans se cache une histoire humaine: une étudiante qui range ses livres, une enseignante écartée du métier qu'elle aime, une juge contrainte de se cacher, une médecin empêchée de soigner ses patients, une entrepreneuse qui ferme son entreprise ou une jeune fille demandant à ses parents pourquoi elle n'a plus le droit d'étudier alors que son frère se rend librement à l'école», regrette Belquis Ahmadi. Près de 20 millions d'Afghanes sont progressivement effacées de la vie publique. Et, déplore l'avocate, le monde semble peu à peu s'en accommoder.





























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