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Au-delà du sort réservé à Christophe Ellul, cet épilogue judiciaire était également attendu pour la décision concernant Curtis, devenu symbole dans le débat sur les chiens dangereux. L’avocat de la défense envisage de faire appel.
Six ans et sept mois après la mort d’Élisa Pilarski, dévorée vivante en forêt de Retz (Aisne) alors qu’elle était enceinte de six mois, le tribunal correctionnel de Soissons a condamné ce jeudi Christophe Ellul, propriétaire du pitbull Curtis et compagnon de la victime au moment des faits. Le quinquagénaire, poursuivi pour homicide involontaire aggravé, a été condamné à quatre ans de prison avec sursis, a appris l’AFP. Les magistrats, qui n’ont pas retenu les circonstances aggravantes, ont aussi ordonné l’euthanasie de Curtis, le chien au cœur de cette affaire devenue l’un des dossiers judiciaires les plus médiatisés de ces dernières années. Les frais de mise à mort de l’animal devront être réglés par Christophe Ellul.
Cette décision était très attendue. Dès 11 heures, plusieurs dizaines de défenseurs de la cause animale s’étaient rassemblés devant le tribunal afin de réclamer la grâce du pitbull, détenu depuis plus de six ans dans un chenil spécialisé. « Si l’on regarde la manière dont s’est déroulé le procès, je ne suis pas surpris de cette décision. Je salue tout de même la rigoureuse orthodoxie juridique dont la présidente a fait preuve tout au long de l’audience pour asseoir la responsabilité de mon client », a réagi Christophe Novion, l’avocat de Christophe Ellul. Ce dernier indique au Figaro qu’un appel « n’est pas exclu ». Auquel cas l’euthanasie de l’animal serait remise en cause. Considéré comme un « scellé », Curtis devrait alors rester à la disposition de la justice le temps de l’appel et son sort serait à nouveau étudié.
« Certes, le tribunal a fait preuve à l’endroit de Christophe d’un certain niveau de compassion, mais la manière de le responsabiliser en faisant de lui l’installateur des tréteaux du drame me dérange. Ce serait oublier qu’Elisa Pilarski avait son caractère, qu’elle n’était pas profane en matière de chien du genre de celui de Curtis, et que c’est bien elle le jour du drame qui a pris l’initiative de partir en promenade », a encore réagi Me Novion. « Évidemment, s’agissant de l’appel c’est Christophe qui aura le dernier mot. »
Le 16 novembre 2019, Élisa Pilarski, 29 ans, se promène dans la forêt de Retz avec Curtis lorsqu’elle appelle son compagnon, paniquée. Quelques minutes plus tard, elle succombe à une attaque d’une rare violence. Son corps porte plusieurs dizaines de plaies. Très rapidement, Christophe Ellul soutient la thèse d’une attaque commise par une meute de chiens de chasse à courre présente ce jour-là dans le massif forestier. Cette version sera progressivement écartée par l’instruction. Au fil des expertises vétérinaires, génétiques et cynotechniques, les investigations convergent vers Curtis. Les analyses ADN mettent notamment en évidence la présence de celui du chien sur plusieurs lésions de la victime ainsi que sur son scalp arraché lors de l’attaque. À l’inverse, aucune trace génétique des chiens du Rallye La Passion n’est retrouvée sur le corps ou les vêtements d’Élisa Pilarski.
Déni profond
Lors du procès, qui s’est tenu pendant trois jours début mars à Soissons, Christophe Ellul a continué de contester une partie des conclusions du dossier. Pendant toute la durée des débats, il a remis en cause les expertises et évoqué de possibles défaillances dans l’enquête. Et ce, malgré la bienveillance de la présidente et du parquet à son égard, lesquels ont tenté à maintes reprises, avec beaucoup de pédagogie, de l’amener à admettre la responsabilité évidente de son chien. «Je l’accepte et je le crois. Aujourd’hui, la présidente m’a donné la preuve que Curtis est coupable», a-t-il fini par reconnaître brièvement devant l’obstination de la partie civile, avant de faire machine arrière.
Dans son réquisitoire, la procureure Laureydane Ortuno avait considéré que le prévenu avait créé les conditions du drame en important illégalement Curtis depuis les Pays-Bas et en le soumettant à un dressage au « mordant », pratique interdite en France. Elle avait toutefois demandé la requalification des faits en homicide involontaire simple, estimant que Christophe Ellul n’avait pas eu conscience du danger qu’il faisait courir à sa compagne. Le ministère public avait requis quatre ans d’emprisonnement entièrement assortis du sursis. Il avait également demandé la confiscation et l’euthanasie de Curtis, présenté comme un animal devenu dangereux pour l’homme.
Au-delà de la peine prononcée contre Christophe Ellul, ce jugement met un terme judiciaire à une affaire qui aura profondément marqué l’opinion publique et alimenté pendant plusieurs années un vif débat sur la dangerosité de certains chiens, leur dressage et la responsabilité de leurs propriétaires.


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