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Mohamed Al-Fayed est mort sans procès ; la confidentialité de ses victimes vient de subir le même sort.
Cent quarante-trois adresses exposées par « erreur humaine »
D’après les informations publiées par The Guardian, les adresses électroniques des 143 victimes étaient visibles dans un envoi comprenant également une douzaine d’autres destinataires. La police invoque une « erreur humaine » et assure avoir rapidement réagi.
« Nous comprenons les conséquences que cela peut avoir sur les victimes et nous présentons nos sincères excuses », a déclaré un porte-parole. Toutes les personnes concernées auraient été contactées le jour même. La Met a également signalé son propre manquement à l’autorité britannique chargée de la protection des données et annoncé une vérification de ses procédures.
Voilà les victimes rassurées : l’institution qui a diffusé leurs coordonnées va enquêter sur la manière dont elle a diffusé leurs coordonnées.
Plus de 400 accusations et aucun procès
Mohamed Al-Fayed, ancien propriétaire de Harrods, propriétaire du Ritz et de divers châteaux et résidences en Écosse, à Paris, Genève, Saint-Tropez, New York, etc., est mort en 2023 à l’âge de 94 ans sans avoir été poursuivi. Plus de 400 accusations visant des faits commis entre 1977 et 2014 ont depuis été recensées. Elles concernent notamment des viols, des agressions sexuelles, de la traite d’êtres humains, des séquestrations, des violences physiques, l’administration de drogues et des avortements forcés.
La police enquête actuellement sur au moins 155 victimes. Selon les éléments disponibles, au moins 21 d’entre elles s’étaient déjà manifestées avant la mort d’Al-Fayed. Le milliardaire disposait donc de suffisamment de temps pour mourir tranquillement, tandis que ses accusatrices attendaient toujours que la machine judiciaire trouve le bouton de démarrage.
L’opération Cornpoppy vise désormais les personnes susceptibles d’avoir facilité ou couvert ses agissements présumés. Trois nouveaux suspects – un septuagénaire et deux octogénaires – ont récemment été interrogés sous caution. Cela porte à sept le nombre de personnes entendues dans ce cadre.
Dans un précédent communiqué, la Metropolitan Police affirmait que les victimes restaient « au centre de cette enquête ». Elles viennent de vérifier que le centre peut aussi ressembler à une liste de diffusion mal configurée.
Une confiance déjà sérieusement abîmée
Ce nouvel incident n’arrive pas dans un dossier jusque-là irréprochable. Trois survivantes ont déposé plainte auprès de l’organisme indépendant chargé de contrôler la police britannique concernant le traitement d’accusations entre 2018 et 2024. Un policier encore en fonction et quatre anciens agents font également l’objet d’une enquête.
En juin, la Met avait déjà envoyé les témoignages manuscrits de la survivante Joanna Brittan à une autre victime vivant en Australie. Deux erreurs sensibles en quelques semaines : à ce rythme, la prochaine mise à jour mensuelle sera peut-être publiée directement dans l’annuaire.
Le collectif No One Above réclame désormais une enquête plus large sur le réseau présumé et l’intervention de la National Crime Agency. Car derrière les excuses administratives demeure une réalité moins facile à effacer : Mohamed Al-Fayed est mort sans procès, ceux qui auraient pu l’aider sont interrogés des décennies plus tard et les femmes qui parlent doivent encore espérer que la police sache utiliser la copie cachée.


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