Language Selection

Retrouvez votre bien-être dans ces temps dure sur Terre , Essayez le MedBed Quantique!
Cliquez ici pour réserver votre séance

Famille et pour toute la Famille avec Le Medbed Quantique® Orgo-Life® une technologie du Canada

Advertising by Adpathway

         

 Advertising by Adpathway

Affaire Maylis Daubon: «Je sais que ma mère n'est pas coupable des faits qu'on lui reproche»

5 month_ago 48

         

NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life®

  Publicité par Adpathway

Quand elle s'avance vers la barre des témoins, Luan Reverdy-Daubon est émue. La salle d'audience est comble, mais elle n'a d'yeux que pour sa mère. C'est la première fois depuis quatre ans qu'elle la revoit. Elle n'a jamais souhaité se constituer partie civile dans l'affaire qui vise Maylis Daubon. L'enquêteur qui l'avait interrogée lui avait expliqué: se constituer partie civile lui permettrait d'accéder au dossier pour comprendre. Qu'elle en fasse la demande ou non, cela ne changerait rien. Aucun juge ne lui accorderait le droit de voir sa mère en détention, car elle apparaissait elle aussi comme victime d'empoisonnement. Luan avait refusé: «Pour moi, ce serait dire que je pense ma mère coupable de ce pourquoi on l'accuse.»

Face à la cour d'assises des Landes, Luan Reverdy-Daubon se concentre. La jeune femme, aujourd'hui âgée de 22 ans, attirerait les regards en n'importe quelle autre circonstance: du haut de son 1,80 mètre, ses longs cheveux bouclés tombent en cascade jusqu'en bas de son dos. Elle est désormais étudiante en troisième année de licence de biologie. Très vite, Luan expose: «J'ai fait le film mille fois dans ma tête et je sais que ma mère n'est pas coupable des faits qu'on lui reproche.»

«L'emprise, c'est piéger une personne à son insu. Elle n'a plus son libre arbitre», avait défini plus tôt à la barre la psychologue de l'aide sociale à l'enfance (ASE), Agnès L. Et d'ajouter: «C'est une violence grave.» À l'instar de l'enquêtrice sociale Geneviève Pendanx, Agnès L. et son équipe avaient eu le sentiment que leur rapport avait été ignoré. «On ne fait pas de préconisation. Mais on espérait une poursuite pénale, un suivi psy… Car on avait fait un signalement au procureur. Tout nous laissait croire à des violences psychologiques autour du domaine de la santé», expose Agnès L. Face à la cour, la psychologue admet: «Je crois que nous avons été très naïfs. C'est notre grand regret.»

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter de Slate ! Abonnez-vous gratuitement à la newsletter de Slate !Les articles sont sélectionnés pour vous, en fonction de vos centres d’intérêt, tous les jours dans votre boîte mail.

«On avait tous le devoir de sauver Enea et on a tous failli»

Les magistrats n'avaient pas pris la mesure des choses et Enea Reverdy-Daubon était décédée, en novembre 2019. Sous le regard des jurés, Geneviève Pendanx est plus directe: «Je le dis et je le clame fort: ils ont pêché.» Yannick Reverdy tempère: «On avait tous le devoir de la sauver et on a tous failli: moi-même, les services sociaux, les avocats et les juges. Mais Maylis Daubon est un personnage hors norme, avec un haut pouvoir de manipulation.»

La mort d'Enea Reverdy-Daubon, puisqu'il en est ainsi des drames irréversibles, a toutefois provoqué une onde de choc. En 2021, quand sa sœur Luan déserte à son tour les salles de classe, le juge des enfants prend tout de suite au sérieux les inquiétudes du chef de l'établissement Saint-Jacques-de-Compostelle de Dax (Landes). Une nouvelle enquête sociale est alors ordonnée.

Ainsi, Agnès L. et ses collègues se rendent une seconde fois au 24 boulevard Claude-Lorrin à Dax. À leur arrivée, Maylis Daubon est sur la défensive. Elle ne comprend pas: toutes les absences de Luan sont justifiées. Cette fois, la mère de Luan ne les fait pas entrer. Elle leur fait part d'une endométriose et du deuil dont sa fille souffre. Agnès L. leur propose un «éloignement familial». Peut-être que vivre dans la maison où Enea est décédée et dormir à côté de sa chambre restée «telle quelle» accentuent la peine.

Maylis Daubon refuse. «C'est important de vivre à côté du cimetière et dans la maison où elles ont vécu toutes les deux», argue-t-elle. Agnès L. se souvient qu'à cet instant, Luan avait pris son visage dans ses mains. Les psychologues de l'ASE n'avaient pas insisté. Elles avaient proposé à Luan un rendez-vous pour sa suspicion d'endométriose. Elle avait refusé avec véhémence. De manière générale, dans l'échange que Maylis Daubon essayait de contrôler –notamment en répétant à sa fille de 17 ans: «Dis aux dames que…»–, Agnès L. se rappelle surtout du regard et du repli de Luan en décalage avec «le ton un peu enjoué» de sa mère.

À la barre, Luan confie: «Après le décès d'Enea, il y a la sidération. C'est la catastrophe. Je rentre dans un état de colère contre le monde, parce que je n'arrive pas à pleurer.»

«Je crois que je suis encore très en colère aujourd'hui»

Le 4 juin 2021, au vu de son absentéisme scolaire et de ses premières analyses de cheveux de 2020, qui révèlent des taux supra-thérapeutiques de zopiclone (un somnifère aux propriétés sédatives et hypnotiques) et la présence de propranolol (un médicament bêtabloquant), le juge des enfants ordonne le placement de Luan Reverdy-Daubon dans un foyer. «Je l'ai très mal vécu. Et je crois que je suis encore très en colère aujourd'hui… Parce que je me suis retrouvée toute seule», retrace-t-elle face à la présidente de la cour d'assises des Landes.

Dans son rapport de 2014, le docteur psychiatre Paul Bonnan avait pourtant prévenu: un placement d'Enea et Luan serait dangereux. «Trop fusionnelles, ne doivent pas être séparées de leur mère. Un retrait de leur milieu actuel ne pourra qu'entraîner une déstabilisation grave», avait écrit l'expert psychiatre à l'époque. À la place, il avait préconisé la manière «douce» pour «se défaire de l'emprise»: un lieu à elles, protégé, où les deux sœurs pourraient se confier et émettre des jugements différents de celui de Maylis Daubon.

Au moment du placement en foyer de Luan, son père, Yannick Reverdy, demande à lui ouvrir un compte bancaire pour que sa fille puisse, à sa majorité, subvenir à ses besoins. On lui explique que l'argent ne pansera pas les plaies: une fois majeure, Luan fera ce dont elle a envie. Et peut-être ne voudra-t-elle jamais nouer des liens avec lui. Yannick Reverdy comprend.

«Je ne suis pas du tout d'accord, ma mère m'a donné une éducation merveilleuse»

À part «fumer des clopes et goûter», raconte Luan, il n'y a rien à faire au foyer. Certains adolescents sont là depuis toujours. Pendant ses quatre mois de placement, sa mère ne la contacte pas. «On m'a fait entendre qu'il ne fallait pas coller Luan, alors c'est ce que j'ai fait», répond Maylis Daubon. Dès sa sortie, Luan rappelle sa mère.

Face à la cour d'assises landaise, Luan Reverdy-Daubon insiste: «Je ne suis pas du tout d'accord, ma mère m'a donné une éducation merveilleuse. Elle ne m'a pas contrôlée et n'est pas contrôlante.» Aujourd'hui, Luan ne fait plus confiance aux adultes.

Luan ne sait pas où est le téléphone d'Enea –un téléphone rose Barbie– et éclate en sanglots: «Moi aussi, j'en ai besoin. Il doit y avoir tellement de choses que j'ai oubliées dessus, des photos, des souvenirs…» Du texte sur le suicide envoyé sur son portable depuis ce téléphone, alors que sa sœur était en réanimation à l'hôpital, elle n'en garde «aucun souvenir». Elle «n'explique pas» non plus les taux très élevés de zopiclone, ni la présence de la molécule du propranolol retrouvés dans ses cheveux.

En tant qu'étudiante en biologie, Luan a fait elle-même les calculs: un taux de 407 microgrammes par litre de sang (μg/l), là où un patient traité présente des taux entre 60 et 100 μg/l, cela veut dire qu'elle-même aurait consommé quatre à cinq comprimés par jour. «Ce qui me semble dingue, sans que je m'en rende compte.» Emmanuelle Adoul, la présidente de la cour d'assises des Landes, l'observe un instant. Elle ne lui parle pas de la tolérance pharmacologique. Alors, Luan Reverdy-Daubon prend une inspiration et sourit: «C'est un peu culotté de dire ça, mais je pense que les analyses ne sont pas bonnes. J'aurais voulu une seconde analyse.»

La présidente de la cour joint ses mains entre elles et répond: «Les analyses, vous les avez eues deux fois. En 2020 et en 2022. En 2020, vous aviez déjà un taux élevé de zopiclone.» Maylis Daubon l'a concédé en garde à vue: elle a déjà donné du zopiclone à Luan pour dormir. Mais, assure-t-elle, seulement une ou deux fois, un demi-comprimé, «dans des circonstances très particulières». Luan jure que sa mère ne lui a jamais donné de médicaments sans lui expliquer et assure l'avoir suppliée de lui en donner pour dormir.

«Chez Luan, c'est comme s'il y avait une impression, mais pas nette»

L'avocat de Yannick Reverdy, Me Fabien Large, se lève. Il dit à Luan que, d'une certaine façon, la chance qu'elle a est que le dossier, très étayé, donne à voir une radiographie de sa famille en 2009. Il lui cite alors une phrase de sa mère, consignée dans le rapport de la première enquête sociale: «Je veux reprendre mon mari. On efface tout ça. Qu'il rentre à la maison.»

Luan se mord les lèvres et dit que sa mère n'a jamais «essayé de diaboliser» leur père, malgré «tout ce qu'il lui avait fait». Elle-même se souvient de «la colère» que son père avait en lui: à 3 ans, dit-elle, elle l'avait vu «casser la gueule de sa mère». D'un coup, elle se met à pleurer: «Enea, quand elle a eu 15-16 ans, on a eu une grosse crise de larmes toutes les deux et elle m'a dit avoir subi des violences à caractère sexuel de la part de notre père et du père d'Alexandra», la nouvelle compagne de Yannick Reverdy.

En décembre 2022, l'experte psychologue Anne-Sophie Ducroz a rencontré Luan Reverdy-Daubon. Elle aussi avait noté, chez la jeune femme, «une détestation de son père, avec une difficulté à dire pourquoi». Entendue par la cour d'assises, Anne-Sophie Ducroz explique: «Chez Luan, c'est comme s'il y avait une impression, mais pas nette. Ses phrases commencent par “j'ai vécu” ou “on m'a dit”. Comme si elle vivait dans un film.»

Aux abords du palais de justice de Mont-de-Marsan (Landes), en marge du procès de Maylis Daubon, le 27 novembre 2025. | Élise Costa

Aux abords du palais de justice de Mont-de-Marsan (Landes), en marge du procès de Maylis Daubon, le 27 novembre 2025. | Élise Costa

«Même ses bons souvenirs sont fabriqués»

Quelques jours avant la déposition de sa fille, Yannick Reverdy, ancien handballeur professionnel, se rappelait: «Un jour, le psychologue demande si elles ont des bons souvenirs avec son papa. Luan dit: “Oui, bien sûr, dans les loges, après une victoire de Papa, il y avait du champagne…” Elle avait 1 an, à ce moment-là. Ça veut dire que même les bons souvenirs de Luan sont fabriqués.» Les yeux écarquillés, il avait ajouté: «Alors, imaginez les mauvais souvenirs de Luan.»

Dans le dossier, toutes les scènes de violences sont rapportées par la voix de Maylis Daubon. Son père, Jean-Charles Daubon, explique par exemple aux enquêteurs avoir compris que Yannick Reverdy frappait sa fille un jour où, en se rendant dans leur maison de Dax, il avait constaté que les chaises en bois de la cuisine avaient disparu et avaient été remplacées par des chaises de couleur. Maylis lui avait alors expliqué que son mari les avait cassées de colère.

Toutefois, Luan a, au cours de sa vie, rapporté à plusieurs reprises deux scènes précises avec son père. Elles sont consignées au dossier: une casserole d'eau bouillante sur les cuisses, dans le bain, ainsi que des agrafes dans un plat préparé par Alexandra, la compagne de son père.

À la barre, on lui demande de raconter d'abord le bain. La jeune femme de 22 ans remonte ses lunettes à large monture sur son nez et explique: «Je ne pense pas qu'il l'a fait méchamment. Mais mettre de l'eau bouillante –parce qu'il n'y avait plus d'eau chaude– dans la baignoire, avec un enfant… Il ne sait pas s'occuper d'enfants!» Alors, on lui demande de raconter les agrafes dans la nourriture et Luan se souvient: «Oui, c'était des pâtes au saumon.» Ses mains s'agitent: «Mais je ne pense pas qu'il ait fait ça sciemment, ou méchamment! Juste, il ne fait pas attention. Il ne sait pas s'occuper d'enfants!»

«Mon père est censé comprendre ma colère et prendre soin de moi!»

À la barre, Luan répète que leur père ne s'occupait pas d'elles, qu'il ne lui a même jamais envoyé de lettres d'anniversaire. À ses mots, les avocats de Yannick Reverdy, Me Victor Font et Me Fabien Large, la regardent un instant, interloqués. «Vous savez qu'il vous a envoyé des lettres que vous n'avez jamais reçues?», demande Me Large. Luan Reverdy-Daubon baisse un peu les yeux, puis plante à nouveau son regard dans celui de l'avocat: «Et il était où, pendant ces quatre ans? C'est mon père! Il est censé comprendre ma colère et prendre soin de moi!» Agrippée au chevalet des témoins, elle soupire: «J'aurais préféré qu'il arrête, un peu, de pleurer à tout va. Il a beaucoup de choses à dire aux caméras et pas trop à moi…» Puis elle concède: «Je suis un peu perdue dans mes émotions.»

Me Fabien Large précise: «Je suis aussi là pour vous dire qu'il vous aime.»
«Super, ben on attendra de voir, du coup», répond Luan, la mâchoire crispée.
«Sa porte est ouverte», reprend l'avocat.
«La mienne aussi et c'est pas à moi d'aller toquer à la sienne», tance la jeune femme.

Devant la cour, Yannick Reverdy avait soufflé: «Aujourd'hui, je n'ai plus confiance en moi. Je ne suis plus spontané.» Il avait indiqué avoir découvert, quand les médias l'avaient contacté, ce besoin de s'exprimer: «Parce que c'est une grande injustice.»

Le 24 novembre 2025, devant la salle d'audience de la cour d'assises des Landes, à Mont-de-Marsan (Landes), les avocats des parties civiles, Victor Font (à gauche) et Fabien Large (à droite), s'entretiennent avec leur client Yannick Reverdy, lors du procès de son ex-femme Maylis Daubon, accusée d'avoir empoisonné leurs deux filles, dont l'une est décédée. | Gaizka Iroz / AFP

Le 24 novembre 2025, devant la salle d'audience de la cour d'assises des Landes, à Mont-de-Marsan (Landes), les avocats des parties civiles, Victor Font (à gauche) et Fabien Large (à droite), s'entretiennent avec leur client Yannick Reverdy, lors du procès de son ex-femme Maylis Daubon, accusée d'avoir empoisonné leurs deux filles, dont l'une est décédée. | Gaizka Iroz / AFP

«Maylis Daubon pouvait avoir des récits presque bibliques»

À Luan, on demande, enfin, pourquoi sa mère est venue la chercher au lycée ce matin du 13 novembre 2019, à 10h, pour la ramener à la maison. Luan assure qu'elle n'avait pas cours de maths après le sport.
«Qui appelle qui?, interroge la présidente.
Ma mère.
Pourquoi?
Parce que la veille, je la préviens.
Le professeur entendu dit qu'il l'a appris sur le moment et qu'il y a un remplaçant…
Ben… Parce que je pense que je voulais pas aller en maths, j'étais bête.
Pourquoi c'est elle qui vous appelle, alors?
Parce que je pense que je l'ai prévenue la veille quand même.»

David, l'ancien collègue de Maylis Daubon au Greta (un organisme de formation professionnelle), se remémore une conversation «entre deux bureaux». À l'époque où ils travaillaient ensemble, Maylis montrait à l'équipe des photos de sa fille Enea chauve, assurant qu'elle avait une leucémie. «Elle pouvait avoir des récits presque bibliques, qui ressemblaient à des tableaux qu'on voit dans les églises italiennes… Et elle m'avait raconté, comme ça, que Luan avait trouvé Enea dans un état très grave, croyant qu'elle était morte.»

Avant Luan, Anne-Sophie Ducroz a également rencontré Maylis Daubon à plusieurs reprises à la maison d'arrêt de Pau, où elle était placée en détention provisoire depuis fin janvier 2022, après sa mise en examen pour l'empoisonnement de ses filles Enea et Luan. L'experte psychologue se souvient avoir eu du mal à aborder certaines questions, car tout ce que Maylis Daubon voulait, c'était parler de son ex-conjoint.

Le prénom d'Enea est «arrivé tard dans les entretiens», expose la psychologue. Maylis Daubon l'appelait «le bébé» ou «l'enfant», il n'y avait pas de «personnalisation» de sa fille aînée. Elle pouvait, en revanche, faire état de son érudition au travers de ses nombreux diplômes. À Anne-Sophie Ducroz et aux deux experts psychiatres, Maylis Daubon rapportait aussi, à son endroit, de «très nombreux symptômes sans pathologie associée»: lombalgies, migraines, paresthésies, nausées, vertiges, tétanies, bégaiements, malaises, perte de force musculaire. Et elle leur dit avoir eu, en 2018, «deux AVC en une journée» sans en avoir gardé aucune séquelle. Lorsqu'ils vérifient, les docteurs psychiatres se sont rendu compte que «ce n'est pas le cas».

«Luan a l'impression de ne pas avoir été une bonne petite sœur»

«Aujourd'hui, vous êtes convaincue que c'est un suicide?», demande la présidente à Luan, à propos du décès de sa sœur Enea. Luan rentre les épaules et prend une inspiration. «Oui», répond-t-elle.

Pour Luan Reverdy-Daubon, l'experte psychologue Anne-Sophie Ducroz souligne son immense culpabilité vis-à-vis de sa sœur: «Elle a l'impression de ne pas avoir été une bonne petite sœur et de ne pas avoir vu. C'est au-delà de l'insupportable.» Elle avait noté que la personnalité de Luan ne pouvait se détacher de celle de sa mère, avec des «failles identitaires très fortes». L'emprise, explique la psychologue, se fait toujours «petit à petit»: «Sa maman est depuis l'enfance la seule image admise, un peu dans le “sans moi, vous ne pouvez pas être”.»

Et dans la façon dont Luan décrit les choses, appuie Anne-Sophie Ducroz, il ne peut y avoir «deux parents aimés». Mais il y avait surtout, chez Luan, des inquiétudes chroniques quant à sa santé. À l'experte, Luan ne se plaint d'aucune douleur ni d'aucune maladie, bien qu'elle évoque des troubles alimentaires. Pourtant, persiste en elle «l'impression d'être en mauvaise santé». «Elle n'est jamais rassurée», rapporte la psychologue.

«J'aime ma mère de tout mon cœur, mais j'aime ma sœur mille fois plus»

Tous les experts et spécialistes entendus lors de l'audience, du docteur psychiatre Paul Bonnan à l'experte psychologue Anne-Sophie Ducroz, évoquent la majorité de l'enfant comme un «événement particulier» pour une mère atteinte du trouble factice imposé à autrui (aussi appelé «syndrome de Münchhausen par procuration»). «À la majorité, on gagne en autonomie et en indépendance, ce qui peut être vécu par la mère comme quelque chose de dangereux», relate Paul Bonnan. «C'est compliqué, alors qu'on a construit toute sa personnalité sur ce rôle de bonne mère», ajoute Anne-Sophie Ducroz.

Plusieurs études cliniques, menées en 2023 par des psychiatres de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris) ou par deux chercheurs britanniques en 2007 sur des adolescents victimes du syndrome de Münchhausen par procuration, montrent qu'en grandissant, l'enfant peut finir par simuler lui-même sa maladie pour répondre aux attentes du parent. Alors, progressivement se met en place un «trouble factice partagé». «C'est du domaine de l'inconscient», signale la psychologue Anne-Sophie Ducroz. La majorité des symptômes sont psychiatriques, notent les études, allant parfois jusqu'à l'automutilation.

Par ailleurs, dans l'arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Pau, confirmant en septembre 2024 le renvoi de Maylis Daubon devant la cour d'assises, les juges rappelaient: «L'incrimination d'empoisonnement peut s'entendre de l'administration de substances mortifères à l'insu de la personne visée, mais également de la remise de ces substances à la personne avec la volonté qu'elle se les administre seule, alors que cette personne n'avait pas connaissance de leur caractère mortifère.»

Face à la cour d'assises des Landes, Luan martèle: «Ma sœur, c'était l'amour de ma vie. J'aime ma mère de tout mon cœur, mais j'aime ma sœur mille fois plus. Si j'avais eu le moindre doute, je ne la protégerais pas.» Au cours de sa déposition, Anne-Sophie Ducroz mentionne: «Luan avait du mal à penser par elle-même. […] Le but, c'est protéger toute une construction.»

On avait alors demandé ce qu'il se passerait pour Luan, si sa mère était déclarée coupable d'empoisonnement à l'issue du procès. L'experte psychologue avait averti: «Il y a un risque d'effondrement, une forme d'injustice à croire que la société se ligue contre sa maman. Il lui sera difficile d'accepter les imperfections de sa maman, telle qu'on lui a appris depuis toute petite.»

Le mercredi 3 décembre 2025, les jurés de la cour d'assises des Landes ont reconnu Maylis Daubon coupable des faits d'empoisonnement sur ses filles Enea et Luan Reverdy-Daubon et l'ont condamnée à une peine de réclusion criminelle de trente ans, assortie d'une période de sûreté de vingt ans, contre quinze années préalablement requises par le ministère public. Maylis Daubon a fait appel de cette décision. La cour d'assises des Landes l'a également déclarée coupable d'instigation d'assassinat envers son ex-mari Yannick Reverdy.

À la fin de sa déposition, la psychologue Anne-Sophie Ducroz avait conclu: «Luan doit développer ses ressources et faire son chemin. Il faut de la patience.» Entendue en visioconférence, les jurés pouvaient distinguer, derrière elle, un sapin de Noël éclairé.

Cet article est le cinquième et dernier de la série «Les maladies invisibles», une chronique judiciaire du procès de Maylis Daubon, jugée du 24 novembre au 3 décembre 2025 devant la cour d'assises des Landes, à Mont-de-Marsan, après la mort de sa fille Enea, le 19 novembre 2019. 

Les quatre précédents épisodes sont à retrouver ici:

read-entire-article

         

        

Une nouvelle Vibration dans le Monde entier avec les Franchise Medbed Quantique®!  

Protéger toute votre famille avec la technologie Orgo-Life®

  Advertising by Adpathway