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Affaire Al Fayed : la police identifie 70 nouvelles victimes potentielles de trafic humain mais Londres écarte les dossiers de femmes vivant à l’étranger

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Mohamed Al Fayed à Londres le 27 juillet 2007. (Image d’illustration)

Mohamed Al Fayed à Londres le 27 juillet 2007. (Image d’illustration) SHAUN CURRY / AFP

Au Royaume-Uni, l’affaire Mohamed Al Fayed s’étend aux soupçons de trafic humain. Mais les femmes qui vivent désormais à l’étranger se voient refuser l’examen de leur dossier pour être reconnues comme victimes.

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Chez Harrods, à Londres, puis dans les résidences privées de Mohamed Al Fayed : les déplacements imposés à certaines femmes pourraient relever de la traite humaine, selon la police londonienne. Les enquêteurs en ont relevé les indices dans 70 témoignages dénonçant des abus sexuels. Le ministère britannique de l’Intérieur s’attache aussi à leur adresse actuelle. Selon les révélations du Guardian, les femmes installées à l’étranger voient leur dossier refusé par le dispositif national de reconnaissance des victimes de traite humaine. Les faits allégués ont beau concerner le Royaume-Uni, leur examen administratif exige d’y être aujourd’hui.

Milliardaire d’origine égyptienne et ancien propriétaire de Harrods, Mohamed Al Fayed était aussi le père de Dodi, compagnon de la princesse Diana, mort avec elle dans l’accident du pont de l’Alma en 1997. Lui-même est décédé en août 2023, à 94 ans, sans avoir été poursuivi malgré 21 signalements enregistrés par la police entre 2005 et 2023. L’affaire a pris une ampleur nouvelle en septembre 2024, lorsqu’une enquête de la BBC a révélé les accusations de viols et d’agressions sexuelles d’anciennes employées. Selon les associations de victimes, plus de 500 femmes ont désormais dénoncé des abus. Les investigations portent aujourd’hui également sur les déplacements qui auraient permis cette exploitation sexuelle.

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Des dossiers écartés avant examen

Ces conclusions ont été présentées en juillet à un groupe parlementaire par des responsables de la Metropolitan Police. Les 70 récits présentant des indices de traite humaine représentent près de la moitié des 165 témoignages recueillis directement par les enquêteurs dans l’affaire visant l’ancien propriétaire de Harrods, le grand magasin de luxe londonien. L’enquête, baptisée «Cornpoppy», porte notamment sur les conditions dans lesquelles des femmes auraient été conduites auprès de Mohamed Al Fayed. Selon les responsables policiers, certaines auraient été déplacées de Harrods vers ses bureaux et sa résidence de Park Lane, à Londres. D’autres auraient été emmenées à l’étranger et y auraient subi des abus. Les soupçons de traite concernent donc aussi bien des déplacements internes au Royaume-Uni que des voyages internationaux.

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À ce stade, le Home Office, le ministère britannique de l’Intérieur, a reconnu officiellement cinq femmes comme victimes de traite. L’écart avec le chiffre avancé par la police tient aux étapes de la procédure. Les enquêteurs identifient des victimes potentielles et transmettent leurs dossiers au dispositif national. Le ministère examine ensuite les éléments réunis pour décider d’une reconnaissance officielle : un signalement policier ne vaut donc pas confirmation. Pour les femmes vivant à l’étranger, cette procédure s’interrompt avant l’examen des faits. La Metropolitan Police confirme avoir transmis au Home Office des signalements concernant des femmes vivant hors du Royaume-Uni, puis avoir cessé de le faire après plusieurs rejets. Elle ne reprendra ces démarches que si le ministère change de position.

La restriction pourrait toucher une part importante des demandes. Le cabinet KP Law, qui représente 278 femmes dénonçant des abus de Mohamed Al Fayed, indique que près d’un quart de ses clientes vit aujourd’hui à l’étranger. Les indications du ministère n’ont pourtant pas toujours été aussi catégoriques. Dans une réponse écrite adressée en août à l’une des femmes concernées, il assurait qu’il n’était pas nécessaire de résider au Royaume-Uni pour être orientée vers le dispositif.

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Une reconnaissance sous condition de résidence

Comment expliquer alors les refus ? Eleanor Lyons, commissaire indépendante chargée de la lutte contre l’esclavage moderne, explique au Guardian que les directives du ministère exigent une présence au Royaume-Uni, puisque le dispositif associe la reconnaissance des victimes à une assistance, notamment un hébergement sécurisé et un accompagnement psychologique. Les autorités jugent ces prestations difficiles à fournir à des personnes installées à l’étranger.

Certaines femmes concernées souhaitent pourtant avant tout une reconnaissance officielle, rapporte le Guardian. La commissaire demande pour cette raison de revoir la condition de présence au Royaume-Uni. Pour ces femmes, l’enjeu est de faire déterminer si ce qu’elles ont subi relève de la traite humaine, une demande qui porte sur leur passé, à laquelle l’administration oppose leur domicile présent.

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