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Adolf Hitler aussi était obsédé par le Groenland

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Dans les notes sténographiques d'un déjeuner du 21 mai 1942, Adolf Hitler confie que peu de figures l'avaient autant fasciné dans sa jeunesse que celle de Fridtjof Nansen, l'explorateur norvégien qui traversa l'intérieur du Groenland en 1888. L'île du Grand Nord nourrissait chez le futur Führer un imaginaire d'exploration et de conquête et il s'y intéressa de près une fois arrivé au pouvoir.​

Dès avril 1934, le régime nazi fait recenser le Groenland: 13.500 «Eskimos», 3.500 Danois, 8.000 moutons et, surtout, le plus grand gisement connu d'un minerai stratégique clé: la cryolithe, essentielle pour la production d'aluminium, donc pour les avions de guerre. En 1938, Hermann Göring, ministre des Forêts et de l'Aviation du Troisième Reich, envoie une expédition sur l'île –officiellement pour étudier la flore et la faune– mais confiée à un ingénieur des mines, Kurt Herdemerten, vétéran d'une précédente mission, l'expédition Wegener.

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Ce mouvement vers le nord s'inscrit dans un contexte plus large: la fuite en avant économique d'un Reich qu'Adolf Hitler prétend rendre autosuffisant à coups de tarifs punitifs, de défaut de paiement sur la dette extérieure et de diminution des importations norvégiennes d'huile de baleine. Problème: cette huile n'entre pas seulement dans la composition de la margarine, indispensable à l'alimentation allemande, mais aussi dans la fabrication de la nitroglycérine et donc des explosifs.

L'Allemagne importe alors de 165.000 à 220.000 tonnes d'huile de baleine par an, son secteur de dépense en devises le plus lourd. Et Adolf Hitler exige que des «navires allemands avec des pêcheurs allemands utilisant du matériel allemand» exploitent les «richesses de la mer» sans verser «un seul pfennig à l'étranger», rappelle le magazine mensuel américain The Atlantic.

Résultat: une flotte baleinière allemande s'élance, d'abord dans l'Atlantique Nord, puis au large de l'Antarctique, où le Troisième Reich déploie en 1938-1939 trente-et-un navires-usines, deux stations de traitement à terre et 257 bateaux chasseurs, avec l'idée à peine voilée de transformer ces installations en possessions coloniales.

La loi du plus fort

Ces ambitions s'inscrivent dans les désirs de conquêtes «préventives» d'Adolf Hitler: Anschluss de l'Autriche en mars 1938, démembrement de la Tchécoslovaquie en septembre, puis, après l'invasion de la Pologne, extension de ses ambitions du pôle Sud au Grand Nord. Dans Mein Kampf, il rejette les scrupules humanitaires de ceux qui s'opposent aux annexions et affirme que «les frontières nationales sont faites par les hommes et elles sont changées par les hommes». En clair, il prendra par la force ce qu'il estime être nécessaire à la survie de la «Grande Allemagne».​

Après 1939, le Groenland cesse d'être uniquement une histoire de minerais et devient un enjeu militaire. Le 8 avril 1940, Adolf Hitler explique à Joseph Goebbels qu'il s'apprête à lancer une offensive en Norvège et au Danemark pour devancer une attaque britannique et française qui pourrait venir par la Scandinavie. Dans son journal, Goebbels note qu'«environ 250.000 hommes» doivent participer à l'opération, avec canons et munitions déjà dissimulés dans des cargos à charbon. Une fois ces deux pays occupés, «l'Angleterre sera écrasée» grâce à des bases d'attaque scandinaves.​

Un emplacement stratégique

À l'insu du ministre de la Propagande du Troisième Reich, des croiseurs des gardes-côtes américains se dirigent pourtant déjà vers le Groenland: une analyse stratégique a montré qu'un seul sous-marin allemand ou un sabotage suffirait pour paralyser la mine de cryolithe d'Ivittuut, ce que les États-Unis considèrent comme intolérable pour sa production d'aluminium.

Le 9 avril 1941, exactement un an après l'occupation allemande du Danemark, les États-Unis signent un décret avec des représentants danois exilés, visant à renforcer la présence américaine au Groenland sous la forme de ports, de terrains d'aviation, d'installations navales, de radios et de stations météorologiques pour éviter que l'île ne devienne «un point d'agression contre les nations du continent américain». Une rhétorique qui doit vous rappeler quelque chose.

Franklin D. Roosevelt se félicite publiquement de ce texte, tandis que le gouvernement du Danemark occupé déclare ce texte caduc, n'ayant été signé par aucun membre officiel du gouvernement de collaboration.

Les États-Unis, comme le Royaume-Uni avec Charles de Gaulle, choisissent de distinguer une dépossession fasciste d'un gouvernement démocratique légitime et le Groenland est donc considéré officiellement comme un poste avancé. Jusqu'à dix-sept installations militaires, dont des aérodromes et des bases navales, sont construites pour protéger la mine de cryolithe d'une possible attaque allemande. Des structures qui serviront de relais dans la bataille pour la libération de l'Europe, avant qu'un nouvel accord de défense signé en 1951 ne pérennise cette présence américaine, encore en vigueur aujourd'hui.

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