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Le corps n’a pas été retrouvé. Aucun communiqué officiel n’a confirmé l’information. Mais pour ceux qui suivaient le dossier depuis un an, l’annonce du décès d’Adja Awa ressemble à une fin annoncée. La militante du RDPC devenue lanceuse d’alerte avait disparu le 23 juillet 2025, après un avis de recherche pour « appels à l’insurrection ». Depuis, le silence. Un silence que même la mort ne parvient pas à rompre.
Les faits : une disparition qui n’a jamais eu de réponse
Tout est parti d’une critique. Quelques jours avant l’avis de recherche, Adja Awa s’en était prise violemment à un très haut responsable du pays, l’accusant d’avoir « pris le chef de l’État en otage ». Le 23 juillet 2025, un avis signé par un officier supérieur ordonne une interdiction de sortie du territoire et des recherches actives à Yaoundé, Douala et Maroua. Elle est interpellée quelques jours plus tard.
Ce qui suit relève du trou noir. Des sources concordantes, publiées en mai 2026 par plusieurs médias camerounais, évoquent une détention dans un centre militaire, des semaines de tortures, puis une libération sans inculpation et un exil précipité à N’Djamena, au Tchad. Malade, traumatisée, elle y vivait recluse, selon ces mêmes sources. Une association de défense des droits humains a écrit au chef de l’État en septembre 2026 pour dénoncer un « kidnapping d’État » et réclamer justice. La lettre est restée sans réponse publique.
Personne ne s’attendait à une autre issue. Le précédent d’un journaliste enlevé en janvier 2023 et retrouvé mort cinq jours plus tard avait déjà montré jusqu’où pouvait aller le silence. Le cas d’un autre détenu mort en 2019 après un démenti initial de l’État avait ajouté une couche. Adja Awa était la troisième. La différence, c’est qu’elle avait appartenu au sérail.
Une voix de l’intérieur devenue gênante.
C’est peut-être ce qui la rendait plus dangereuse qu’une opposante classique.
Le signal : ce que ce décès dit du reste
On ne sait pas encore officiellement de quoi elle est morte. On ne sait pas où son corps se trouve. On ne sait même pas si l’annonce de son décès sera un jour confirmée par une source indépendante. Mais le signal, lui, est clair. Une femme a été arrêtée pour ses propos, détenue hors de tout cadre judiciaire, torturée selon des sources multiples, puis poussée à l’exil. Et aujourd’hui, elle meurt loin des siens, sans que l’État camerounais n’ait jamais produit la moindre explication sur ce qu’il lui est arrivé.
Le dossier Adja Awa ne se refermera pas avec sa mort. Il s’ouvre peut-être enfin. Reste à savoir qui acceptera de le rouvrir.
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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