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Jeudi se tiendra la cinquième édition du Sommet climat Montréal, un rendez-vous annuel réunissant des représentants politiques, des organisations privées et publiques, du monde du milieu communautaire, de l’économie sociale et de la société civile, entre autres. Tous ces gens seront réunis pour discuter des moyens à mettre en œuvre pour agir collectivement sur les effets du dérèglement climatique dans la grande région de Montréal.
Ce sera aussi l’occasion de faire le bilan de l’action climatique des cinq dernières années. Beaucoup de gestes ont été faits en son nom, et de belles initiatives ont vu le jour. Le bilan est somme toute positif, tant du côté des gouvernements de proximité que des acteurs privés et de la société civile.
Mais ce qui dominera les discussions, ce sera le recul généralisé des États et l’affaiblissement de la démocratie climatique mondiale. Alors que les gouvernements de proximité vivent directement les impacts des aléas climatiques et tentent de garder la tête hors de l’eau, les États font marche arrière dans toutes les directions, invoquant le contexte économique et la sécurité mondiale.
C’est comme si tout avait été parfaitement synchronisé. On pourrait croire qu’ils attendaient tous ce moment précis pour reculer et trouver une excuse en or pour justifier leur retour en arrière. Le narratif est précis, presque trop bien orchestré pour avoir l’air improvisé. Des tarifs douaniers jusqu’aux décisions climato-négationnistes trumpiennes, en passant par les conflits armés et la fermeture du détroit d’Ormuz, tout devient prétexte à justifier l’injustifiable.
Accros au bitume et à l’essence, nos économies sous pression et prisonnières d’un modèle à la dérive s’accrochent aux chimères d’une prospérité déjà révolue. N’en déplaise à ceux qui croient encore aux lois quasi divines du marché, les coûts réels de l’inaction ont depuis longtemps dépassé l’anecdotique.
C’est ainsi que la hausse du prix du pétrole et la multiplication des nids-de-poule montréalais sont sur toutes les lèvres tandis que les bourgeons tardent à réapparaître. Tout pousse à la morosité ces jours-ci avec cet hiver trop long et ce printemps boudeur, qui retarde l’ouverture des terrasses. S’il y a bien un symbole du renouveau à Montréal, c’est le retour des tables et des chaises devant les bars et des restaurants — encore faudra-t-il d’abord colmater certains cratères urbains pour s’y rendre… Bien que le CH en séries nous redonne toujours une nouvelle énergie collective.
Il faut admettre que, cette année, les rues de la métropole affichent les signes d’une véritable hécatombe routière — du jamais vu. Entre la hausse du prix du pétrole et des routes en état de guerre, tout le reste semble passer par-dessus bord.
Chose certaine, si nous avions amorcé la transition écologique et énergétique dès nos engagements, il y a plus de 20 ans, nous serions aujourd’hui beaucoup moins vulnérables à la hausse du prix du pétrole, et nos routes seraient sans doute en meilleur état. En effet, il ne s’agit pas seulement d’investir dans l’entretien, mais aussi de réduire le nombre de véhicules qui circulent sur nos infrastructures à bout de souffle.
Les investissements massifs en transport collectif au Québec ayant sans cesse été reportés — alors que l’Ontario fait le choix inverse depuis des décennies —, l’écart devient frappant. Depuis plus de dix ans, le Québec demeure largement dominé par les investissements routiers, avec plus des deux tiers des investissements en transport qui y sont consacrés en moyenne. Et dans le dernier budget, la tendance s’accentue : près des trois quarts des sommes vont au bitume.
À l’inverse, l’Ontario maintient une trajectoire constante en faveur du transport collectif, avec environ les deux tiers de ses investissements dirigés vers celui-ci depuis plus d’une décennie, même sous le gouvernement de Rob Ford. Ce choix n’est pas sans conséquence. En concentrant ses efforts sur le transport collectif et le maintien des infrastructures existantes, l’Ontario se retrouve avec des routes généralement en meilleur état.
Pendant ce temps, le Québec continue d’étendre son réseau routier, augmentant la pression sur ses infrastructures, creusant son déficit d’entretien et continuant de rêver à un troisième lien à Québec. Le Québec compte déjà environ 17 kilomètres de routes pour 1000 habitants, contre 15 en Ontario — un écart qui se traduit par des coûts d’entretien plus élevés pour chaque contribuable. Pourtant, le parc automobile y est à peine plus important, avec environ 558 véhicules par 1000 habitants, contre 547 en Ontario. C’est un modèle coûteux, difficile à entretenir et qu’on continue pourtant d’étendre. Rappelons qu’au Québec, le parc automobile croît plus rapidement que la population, alors qu’en Ontario, c’est l’inverse.
À la veille de ce cinquième Sommet climat Montréal, le constat est donc accablant. Après autant de reculs, mon espoir pour les cinq prochaines années repose sur la détermination et la capacité d’action des gouvernements de proximité, des organisations et des entreprises privées locales, ainsi que de la société civile, qui ont bien compris déjà qu’elles doivent agir maintenant pour s’en sortir.
Cette ambition passe aussi par le fait d’investir davantage d’énergie et de ressources dans l’adaptation et la résilience de nos collectivités locales. En effet, notre voie vers un monde plus juste ne passe plus uniquement par la réduction des gaz à effet de serre, mais aussi par notre capacité collective et individuelle à atténuer les impacts, directs et indirects, des dérèglements climatiques sur les populations les plus vulnérables et sur nos milieux de vie. Sur ce, bon sommet !


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