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Abandon de Mercator : le monde entier – sauf les États-Unis – se plie au discours idéologique décolonial de l’ONU

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L’Assemblée générale des Nations unies a décidé vendredi qu’il fallait désormais «corriger» la carte du monde.

Par 164 voix contre une, avec seulement six abstentions, elle a adopté une résolution encourageant les gouvernements, les écoles, les organisations internationales et les entreprises technologiques à privilégier des projections cartographiques qui représentent plus fidèlement la superficie relative des continents, notamment la projection Equal Earth, plutôt que la traditionnelle projection de Mercator.

Les États-Unis ont été le seul pays à voter contre. Le Canada, la France, le Royaume-Uni et pratiquement tout le reste de l’Occident ont voté pour. La France faisait même partie des coparrains ajoutés au projet de résolution avant le vote.

Pourquoi fallait-il soudainement mobiliser l’Assemblée générale pour régler une question de projection cartographique vieille de plusieurs siècles? Parce que Mercator ferait paraître l’Afrique trop petite…

Et parce que cela constituerait désormais, selon le vocabulaire employé par l’ONU, une question de «justice cognitive» et de «réparation mémorielle»…

Voilà où une discussion parfaitement légitime sur les avantages et les défauts des différentes cartes bascule dans une nouvelle entreprise de déconstruction idéologique.

Une carte ne peut pas tout représenter correctement

La projection de Mercator, mise au point en 1569, déforme fortement la superficie des territoires à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur. Le Groenland peut ainsi sembler presque aussi grand que l’Afrique, alors que celle-ci est en réalité environ 14 fois plus vaste. Le Canada, la Russie et l’Europe du Nord apparaissent eux aussi beaucoup plus gros relativement aux régions équatoriales qu’ils ne le sont réellement.

Ce n’est ni un secret ni une découverte postcoloniale. Mercator est une projection conforme : elle préserve beaucoup mieux les angles et les formes locales, mais au prix d’une importante déformation des superficies.

Equal Earth fait un autre choix. Cette projection, mise au point en 2018, conserve correctement les rapports de superficie entre les territoires, mais déforme davantage leurs formes, leurs angles et certaines distances. C’est inévitable : il est impossible de représenter parfaitement une sphère sur une surface plane.

Voilà pourquoi présenter Equal Earth comme une carte simplement «plus exacte» est trompeur. Elle est plus exacte sur un critère précis — la superficie — tandis que Mercator l’est davantage sur d’autres propriétés. Il ne s’agit donc pas de remplacer une carte «fausse» par une carte «vraie», mais de choisir ce que l’on préfère déformer.

Et c’est là que l’argument pédagogique devient important. Une carte scolaire ne sert pas seulement à comparer la grosseur des continents : elle sert aussi à apprendre à reconnaître leur forme. Sur Equal Earth, l’Islande apparaît par exemple sensiblement plus allongée que sur un globe. Un jeune habitué à cette silhouette saura-t-il aussi facilement la reconnaître lorsqu’il verra la véritable forme du pays sur un globe?

La même question vaut pour le Japon, la Scandinavie ou l’Amérique du Sud. Les formes géographiques deviennent des repères visuels durables. Les modifier pour représenter plus fidèlement les superficies n’est donc pas une «correction» pure et simple : on améliore une information en en dégradant une autre.

Si l’objectif était réellement pédagogique, on montrerait aux élèves un globe et plusieurs projections en leur expliquant leurs compromis respectifs. Présenter Equal Earth comme une carte «corrigée» revient plutôt à faire de la superficie le critère suprême, puis à donner à ce choix une justification politique de «justice cognitive».

La «minimisation symbolique» de l’Afrique

Car la résolution ne se contente justement pas de recommander une meilleure représentation des superficies lorsqu’elles sont pertinentes, elle enveloppe cette question technique dans tout le vocabulaire de la décolonisation contemporaine.

Le texte affirme que certaines distorsions cartographiques historiques ont participé à une «minimisation symbolique» de l’Afrique dans les imaginaires collectifs et décrit leur correction comme un acte de «justice cognitive et de réparation mémorielle».

Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, qui présentait le texte au nom du Groupe africain, a développé exactement cette logique devant l’Assemblée générale.

Les cartes, a-t-il expliqué, «ne sont jamais neutres». Corriger la carte relèverait non seulement de l’exactitude scientifique et éducative, mais également de la dignité des peuples, de la mémoire historique et de la façon dont le savoir lui-même est produit et transmis. Voilà le véritable objectif.

Or, personne n’a besoin d’organiser une croisade politique contre Mercator pour expliquer aux enfants que l’Afrique mesure 30 millions de kilomètres carrés.

Le problème est qu’on cherche désormais à attribuer une signification morale à une propriété mathématique d’une projection conçue au XVIe siècle pour la navigation.

Mercator n’a pas gonflé le Groenland afin d’humilier les Africains. Le nord de la planète grossit parce que préserver les angles sur une représentation plane exige cette distorsion. Transformer cette conséquence géométrique en «réparation mémorielle» revient à faire exactement ce que notre époque semble vouloir faire avec à peu près tout : relire un outil hérité du passé à travers le prisme du colonialisme, puis exiger sa transformation symbolique au nom d’une forme de justice contemporaine.

Le Canada applaudit

Et ce qui frappe peut-être davantage encore que la résolution elle-même est l’unanimité avec laquelle l’Occident a embarqué dans l’exercice : 164 pays ont voté pour. Un seul contre : les États-Unis.

L’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie, la Serbie et l’Ukraine se sont abstenues.

Le Canada, lui, ne s’est pas contenté de laisser passer le texte discrètement. Après le vote, la Nouvelle-Zélande a pris la parole au nom du groupe formé avec le Canada et l’Australie pour confirmer leur appui à la résolution et saluer notamment son accent sur «l’éducation et la diffusion d’une information exacte».

Le groupe a au moins rappelé une évidence importante : aucune projection ne peut représenter parfaitement le globe et chacune convient à des usages particuliers. Mais cette reconnaissance rend presque le slogan «Correct the Map» encore plus absurde.

La superficie est une information géographique parfaitement valable, mais il n’existe aucune raison scientifique évidente de transformer cette propriété particulière en norme morale supérieure aux autres caractéristiques d’une carte.

Les États-Unis seuls à dire non

Washington a été le seul à refuser de jouer le jeu. Le représentant américain a soutenu que derrière ce qui était présenté comme une innocente mise à jour des proportions cartographiques se trouvait un projet idéologique beaucoup plus vaste, associant explicitement l’initiative aux réparations et à la «justice cognitive». Il a également reproché à l’Assemblée générale de consacrer son énergie à une carte du XVIe siècle plutôt qu’aux véritables enjeux internationaux.

Difficile de lui donner entièrement tort.

Et ce qui devrait probablement nous inquiéter le plus n’est même pas que certains militants souhaitent réinterpréter jusqu’aux cartes géographiques à travers leur grille idéologique.

C’est que presque tout l’Occident semble désormais incapable de leur répondre non. Et il ne reste finalement que les États-Unis pour demander pourquoi, exactement, les Nations unies se sont mises à réparer les sentiments que la superficie apparente de l’Afrique sur une projection nautique du XVIe siècle serait supposée avoir froissés.

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