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À voir au cinéma: «Hope» et «Irish Travellers»

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Moins fertile que les semaines précédentes, la semaine est encore dominée par deux titres découverts au dernier festival de Cannes, l'un en compétition officielle, l'autre dans la section Semaine de la critique. Ce qui frappe, et réjouit, est combien ces deux longs métrages sont différents, du fantastique d'action survolté coréen au documentaire avec une famille irlandaise.

Ensemble, le film de Na Hong-jin et celui d'Alexander Murphy racontent à leur manière –il en est bien d'autres, semaine après semaine, sur les écrans des salles de ce pays– l'ampleur de la puissance expressive du cinéma.

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Et puis advient ce phénomène, si fréquent et toujours si mystérieux: cette superproduction coréenne partiellement tournée en Roumanie et distribuée par une major hollywoodienne et ce documentaire irlandais indépendant travaillent pour une bonne part les mêmes enjeux. Ils activent les mêmes questions, autour des perceptions d'une altérité sans cesse plus présente, sans cesse plus menacée.

«Hope» de Na Hong-jin

On sait depuis The Host de Bong Joon-ho le cinéma coréen très à l'aise avec les films de monstre. Hope en est un incontestable nouveau sommet, qui se déploie en trois temps de natures différentes au long de ses 157 minutes.

S'installe d'abord la situation dramatique, qui voit l'affrontement de quelques habitants d'un village près de la mer avec un monstre extraterrestre ravageur. Au fil de péripéties survoltées, un flic arrogant et agressif, sa collègue pétrie de sens du devoir, des chasseurs et quelques citoyens combattent une force agressive qui détruit tout dans la bourgade.

Poursuites échevelée et cascades improbables se succèdent à un rythme frénétique. | Universal Pictures International France Poursuites échevelée et cascades improbables se succèdent à un rythme frénétique. | Universal Pictures International France

La troisième partie verra se mettre en place, sur un mode tout aussi trépidant, un récit complexe où «les monstres extraterrestres», sans devenir plus paisibles, se révèlent des créatures différenciées et complexes, finalement plus nuancées que les membres de l'espèce humaine qui les traquent.

Ce troisième acte contient le message d'ouverture à l'altérité du film, tout fonctionnant comme matrice d'une suite déjà annoncée. Celle-ci devrait mettre au centre d'une autre aventure ceux qui sont passés du statut d'entités hostiles réduites à leur laideur (quelle laideur?) et à leur violence (mais n'auraient-ils pas des raisons?) au statut de personnages. Même méconnaissables sous des apparences monstrueuses ajoutées numériquement, ils sont d'ailleurs interprétés par des vedettes internationales –Michael Fassbender, Alicia Vikander, Taylor Russell, Cameron Britton.

Entre les deux parties initiale et finale, la plus longue durée du quatrième long métrage du réalisateur de The Strangers est une interminable traque dans le village, avec répétition compulsive de destructions de maisons, commerces, véhicules et habitants, tandis que l'Alien est traqué par les policiers qui éructent de manière répétitive les mêmes jurons.

Au-delà de la ressemblance affichée avec un jeu vidéo, où les joueurs tirent sans fin sur un ennemi toujours reconstitué dans une frénésie compulsive entretenue par une bande-son hypnotique, la répétition vertigineuse de démolitions en tous genres rapproche ce film de genre à grand spectacle du cinéma expérimental.

J'aur (Alicia Vikander), impératrice extraterrestre, guerrière et naufragée dans une forêt de Corée. | Universal Pictures International France/capture de la bande-annonce J'aur (Alicia Vikander), impératrice extraterrestre, guerrière et naufragée dans une forêt de Corée. | Universal Pictures International France/capture de la bande-annonce

La réitération ad nauseam des bâtiments, objets et corps pulvérisés tend en effet à l'épuisement de la pulsion scopique gourmande de destruction. Vient le moment où, saturé des mêmes scènes (le processus sera ensuite repris lors d'une interminable traque en forêt, puis sur une route de campagne), il devient possible de se demander pourquoi il y a un plaisir à se gaver sans cesse des mêmes visions de ravages.

Tout cela existe dans le film tel qu'il a été conçu, tel qu'il a été montré à Cannes. Mais qu'il sorte en France dix jours après les destructions du 17 octobre, avec la réitération en boucle de scènes de ravages sur tous les écrans disponibles, et la transformation en monstres de celles et ceux qui y ont participé, donne à Hope un écho singulier.

Hope

De Na Hong-jin

Avec Hwang Jung-Min, Zo In-sung, Jung Ho-Yeon, Michael Fassbender, Alicia Vikander, Taylor Russell, Cameron Britton

Durée: 2h37

Sortie le 28 octobre 2026

«Irish Travellers» d'Alexander Murphy

Ils sont un, non deux, non trois… dix! Apparaissant l'un après l'autre, les enfants O'Reilly saturent l'image comme ils saturent l'espace de la caravane où ils habitent avec Lisa, leur mère, et Pa, leur père. On dirait les personnages d'un conte, et Irish Travellers a en effet bien des aspects qui paraissent sortis d'une imagination, alors qu'il s'agit d'un très attentif documentaire.

Sur plusieurs années, Alexander Murphy a accompagné cette famille qui ne ressemble à aucune autre –pas même aux autres Irish Travellers, petits groupes héritiers d'une tradition de nomadisme et d'artisanat en Irlande. Tout en s'en réclamant, les O'Reilly vivent selon leur propre mode d'existence, amarrés à un bord de petite route campagnarde.

Pa O'Reilly et quatre de ses enfants lancés à pleine vitesse sur le sulky tiré par le cheval adoré de toute la famille. | Dulac Distribution Pa O'Reilly et quatre de ses enfants lancés à pleine vitesse sur le sulky tiré par le cheval adoré de toute la famille. | Dulac Distribution

Sans rien surcharger, Murphy filme chacune et chacun, parents ou enfants, comme dépositaire d'une idée de la vie, à l'intérieur du cadre commun qu'ils et elles essaient de maintenir, contre l'état du monde et les exigences des administrations.

Et c'est comme si, dans l'espace exigu de la caravane surpeuplée mais chaleureuse, le long des champs que parcourt le sulky qui est la passion commune des membres de ce qu'on appelle parfois le peuple cavalier, ou face à des interlocuteurs du monde «normal», mille histoires étaient sans cesse prêtes à fleurir.

Il n'y a pas que du bonheur dans ces éclats de vie précaires, loin s'en faut. Et on comprend que Murphy a choisi de privilégier les moments joyeux, même s'il ne cache pas les aspects plus sombres. Il reste cette énergie vitale qui rayonne d'autant mieux que chacune et chacun, le père bourru et sentimental, la mère organisée et lucide, les ados et les petit(e)s, en incarnent chacun(e) une version personnelle, que la caméra capte avec attention et affection.

Rendant très perceptible sa propre présence et celle de son appareil de prise de vue, le réalisateur y trouve la ressource d'une place légitime, dépourvue de jugement sur ces manières d'exister auxquelles nul n'est supposé devoir adhérer, mais qui appellent juste d'être considérées.

Une partie de la famille en pleine activité estivale, juste devant le trailer qui est leur maison. | Dulac Distribution/capture d'écran de la bande-annonce Une partie de la famille en pleine activité estivale, juste devant le trailer qui est leur maison. | Dulac Distribution/capture d'écran de la bande-annonce

Au-delà des situations amusantes, inquiétantes, inattendues auxquelles sont confrontés tel et telle des O'Reilly, le film recèle une puissance de questionnement grâce à la forme d'exotisme qu'il active.

On y accompagne en effet non des gens d'emblée très différents, mais une famille avec papa-maman et des enfants, blancs, chrétiens, dans un paysage qui n'a rien d'extraordinaire. Ils et elles se révèlent pourtant ne rien faire «comme tout le monde» –en fait, un certain «tout le monde»– plus ou moins celui qui est susceptible de voir le film.

La part de réalisme, parfois amer ou brutal, et la part convoquant des contes comme il en existe partout, se font résonner l'une l'autre pour une salutaire et finalement joyeuse expérience de disponibilité aux manières de vivre, et de comprendre la vie, de personnes qui en ont une approche si différente de la quasi-totalité des spectateurs du film.

Irish Travellers

D'Alexander Murphy

Avec Pa, Lisa, Sean, Paddy, Chantelle, Tina, Maggie,Willy, Jimmy, Martin-Anthony, Scarlett-Rose, Mackenzie O'Reilly

Durée: 1h36

28 octobre 2026

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