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À quoi ressemblerait un retour du gaz de schiste au Québec?

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Malgré les nombreuses conséquences environnementales de l’industrie du gaz de schiste et les risques de fractures sociales mis en lumière lors de la saga sur cette filière d’énergie fossile, l’aspirante première ministre Christine Fréchette ouvre la porte à une relance de l’exploration gazière. Le retour de cette industrie pourrait nécessiter le forage de milliers de puits entre Montréal et Québec, donc en zone habitée.

Aucun puits d’exploration de gaz de schiste n’a été foré au Québec depuis plus de 15 ans, aucun potentiel commercial n’a été relevé et le gouvernement caquiste a lui-même adopté, en 2022, la loi qui a mis un terme à tous les projets pétroliers et gaziers. Les entreprises réclament d’ailleurs 18 milliards de dollars « pour tous les dommages causés » par la décision de leur fermer la porte. Quant aux puits forés, plusieurs ont connu des fuites.

Christine Fréchette estime toutefois aujourd’hui qu’il faut « considérer » la possibilité de relancer l’exploration gazière par fracturation dans la vallée du Saint-Laurent. « Je veux analyser ça pour voir s’il y a quelque chose qu’on doit réviser, ou pas », a-t-elle affirmé lundi à Zone économie, sur RDI, mais aussi à l’émission À vos affaires, sur LCN.

Comment pourrait-on relancer les forages au Québec, obtenir l’acceptabilité sociale pour développer cette industrie lourde en zone habitée et évaluer les risques environnementaux ? Il n’a pas été possible d’obtenir une entrevue avec Christine Fréchette à ce sujet mardi.

Par écrit, son équipe de communications précise toutefois au Devoir que le Québec importe actuellement tout le gaz naturel qu’il consomme. « Il est opportun, en matière de souveraineté énergétique, d’ouvrir le dialogue. Je souhaite donc engager une conversation avec les Québécois à ce sujet », ajoute-t-on. « Le contexte mondial a changé depuis quelques années. Notamment avec la guerre des tarifs douaniers, la guerre en Ukraine, mais aussi, plus récemment, avec le conflit en Iran. »

La réflexion de Mme Fréchette a été saluée par le Parti conservateur du Québec, qui milite pour la relance de la filière des énergies fossiles. Le chef libéral Charles Milliard a pour sa part évoqué une ouverture, mais sans prendre position. « Je ne veux pas être un politicien qui dit oui, non sur le bord de la table », a-t-il résumé.

Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a pour sa part été catégorique. « Le débat est final à mon avis, il a été fait », a-t-il souligné, en évoquant les risques de cette industrie. Même son de cloche du côté de Québec solidaire, qui juge que ce choix serait néfaste pour l’environnement et l’avenir économique du Québec.

20 000 puits à forer ?

À quoi ressemblerait une relance de cette industrie ? Pour le moment, la loi interdisant la recherche d’énergies fossiles au Québec est toujours en vigueur, et la fracturation est interdite dans la vallée du Saint-Laurent depuis 2018.

Il faut savoir que le potentiel de gaz de schiste se situe entre Montréal et Québec, sur la rive sud du fleuve. Les 29 puits forés principalement entre 2008 et 2010, dont 18 ont été fracturés, sont tous situés dans cette zone. Plusieurs ont connu des fuites importantes de méthane, un très puissant gaz à effet de serre, et ils ont tous été forés avant que les citoyens soient consultés, sans encadrement réglementaire propre à l’industrie et avant l’évaluation des risques environnementaux.

Malgré le discours des partisans du gaz de schiste selon lequel le sous-sol québécois contiendrait des « réserves » importantes, les 29 puits forés ne sont pas suffisants pour confirmer la présence d’un potentiel d’exploitation commerciale, précise Ressources naturelles Canada. Il faudrait donc d’abord relancer l’exploration gazière, ce qui pourrait nécessiter quelques années de travaux, rappelle Normand Mousseau, directeur scientifique de l’Institut de l’énergie Trottier.

L’industrie a déjà fait valoir que par la suite, en cas de développement commercial de la filière, l’exploitation pourrait nécessiter le forage de plus de 20 000 puits dans le sud du Québec. Outre les nuisances imputables aux travaux et les craintes pour la contamination des nappes phréatiques qui ont été mises en avant lors des évaluations environnementales de la filière, l’industrie consomme des quantités importantes d’eau. Chaque puits peut nécessiter plus de 10 millions de litres d’eau, et celle-ci ne peut être traitée par les systèmes municipaux.

L’Association canadienne des médecins pour l’environnement a aussi mis en lumière des répercussions pour les populations qui vivent dans les régions d’exploitation. Leurs constats évoquent des effets sur la grossesse, des problèmes chez les nouveau-nés, le développement de l’asthme et une incidence accrue de maladies cardiovasculaires à l’âge adulte.

Crise climatique

Dans un contexte de transition énergétique mondiale, Normand Mousseau estime que le Québec a plutôt intérêt à « accélérer la décarbonation » pour être moins vulnérable aux crises liées aux énergies fossiles. « Nous avons une vision très étroite du contexte mondial. Les crises stimulent la volonté d’être moins dépendants du pétrole et du gaz. Et en se lançant dans l’exploration gazière, le Québec raterait des occasions de développer des créneaux économiques plus porteurs pour l’avenir. »

Titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau rappelle que le gaz consommé au Québec provient en partie de l’Ouest canadien. Il est transporté dans un réseau qui permettrait que l’on consomme uniquement du gaz provenant du Canada et exploité de plus en plus par fracturation. Dans ce contexte, M. Pineau estime que « produire du gaz ici ne serait pas forcément une mauvaise chose pour la décarbonation et les objectifs climatiques. Il faudrait cependant que ce soit dans un cadre de réduction de la consommation énergétique et avec une réglementation importante des producteurs ».

Directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard estime que l’idée de relancer cette filière est insensée dans un contexte de crise climatique. « Faut-il rappeler à Mme Fréchette que le gaz naturel n’est pas une énergie de transition ? C’est du méthane, un puissant gaz à effet de serre, et son exploitation par fracturation comporte toujours des impacts majeurs sur l’eau, l’air et les communautés locales. »

Avec Marie-Michèle Sioui et François Carabin

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