C’est un triangle qui se prend pour une étoile. Un casse-croûte qu’on vous livre sur assiette, sous cloche même, selon le standing, au bord de la piscine, voire en room service. Du bacon et de la dinde finement tranchée sur un lit de tomates, de laitue croquante et de mayonnaise, le tout enserré entre deux toasts légèrement beurrés: on aura reconnu l’incontournable des menus d’hôtels, le club sandwich.
Mais de quel club se targue-t-il, avec ses airs d’en-cas de station-service? Probablement de l’Union Club of New York City, l’un des plus vieux clubs privés des Etats-Unis. Une confrérie du genre chic et conservateur – durant la guerre de Sécession, elle refusera d’expulser ses membres confédérés – mais où le chef aurait été bien inspiré.
Lire aussi: A Lausanne, après Anne-Sophie Pic, le Beau-Rivage Palace souhaite «un chef intégré à ses équipes»Fin 1889, dans les pages de l’Evening World, on évoque entre deux cancans un certain «Union Club sandwich», avec jambon et «une couche de dinde ou de poulet», le tout servi tiède. C’est la plus ancienne référence au snack, visiblement adopté par ces messieurs «qui apprécient une bonne collation après le théâtre ou juste avant leur dernier verre de la soirée», dixit un autre article cette même année.
Le monde croque du sandwich depuis plus d’un siècle, mais celui-ci révolutionne les palais – dont celui d’Edouard VIII, l’oncle d’Elisabeth II, qui en raffolait. La garniture froide porc-volaille fait pourtant plus bricolage que repas royal, comme le suggère l’autre version de l’histoire, évoquée dans un livre de recettes en 1916: le club sandwich serait né par accident d’une fringale, celle d’un homme rentré tardivement chez lui et qui aurait eu l’idée de fourrer, entre deux toasts, les restes du frigo – avant de présenter le chef-d’œuvre à son gentlemen’s club. D’autres historiens situent la naissance du mets à bord des premiers trains à deux étages reliant New York à Chicago, dans les années 1930.
Le club sandwich, lui, compte traditionnellement trois niveaux mais les variantes sont infinies – la dinde est remplacée par du roast-beef, du saumon ou même des huîtres pour un total effet frime. Cette dispersion agaçait déjà un éditorialiste en 1919, dans un journal du Kansas: «Hélas, combien de subterfuges culinaires ont été commis au nom du club sandwich! A tel point qu’on finit par se demander ce qu’il est réellement…»


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