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«À pied»: lève-toi et marche

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Présenté en première mondiale aux Rendez-vous du cinéma québécois il y a une dizaine de jours, À pied, documentaire de Vali Fugulin, est une ode à la marche — au sens poétique du terme, ce qui n’exclut pas la dimension scientifique du geste, aussi décortiquée. Passé les splendides premières images tournées à vol d’oiseau de différents intervenants en mouvement, le témoignage d’un premier scientifique, anthropologue, résume une des idées maîtresses de l’œuvre : notre évolution, du singe au bipède à l’homo moderne, est le résultat du besoin de marcher, d’avancer, que répriment aujourd’hui nos habitudes de vie sédentaires.

« Mais je ne voulais pas d’un film moralisateur ! » souligne Vali Fugulin. « Je voulais rencontrer des gens qui marchent, mais des gens simples, comme vous et moi, pour que le spectateur puisse s’identifier à ces gens-là. On ne voulait pas d’un intervenant qui nous dise qu’il faut marcher sinon on va prendre du poids. On n’est pas non plus dans l’idée de performance physique, personne dans le film nous dit qu’on devrait marcher tant de kilomètres par jour, parce qu’on est, dans la société, toujours un peu dans la performance. Je voulais montrer la marche comme quelque chose de très simple et accessible. »

On rencontre un vendeur itinérant qui, du matin au soir, arpente les étroites rues et les escaliers d’une favela de Rio de Janeiro pour y vendre des gâteaux, et qui dit que de tous les métiers qu’il a exercés, c’est celui-ci qui l’a rendu le plus heureux. Une dame âgée d’un quartier bucolique de Tokyo, qui affirme que la marche a chassé ses ennuis de santé tout en lui permettant de tisser des liens avec ses voisins. Un membre d’une nation aborigène australienne qui, nu-pieds, longe la plage en faisant partager sa culture aux curieux. « Il y a autant de raisons de marcher que de gens qui marchent », dit la narratrice du film.

Ainsi, pour Vali Fugulin, la marche est plus qu’un bête moyen de locomotion. C’est une manière de mesurer le temps qui passe, à 5 km/h, la vitesse moyenne du bipède. C’est le geste qui nous fait reprendre contact avec le monde qui nous entoure, ses paysages qui évoluent avec les saisons, ses rues qui s’animent au cœur de la ville, ses sentiers qui chantent avec les oiseaux ou le vent caressant les feuilles des arbres.

La réalisatrice, qui a auparavant expérimenté des formes autres que le documentaire traditionnel (le webdoc, notamment dans le cadre d’une résidence de deux ans à l’Office national du film, le jeu vidéo dit « sérieux », la réalité virtuelle et étendue), pose aussi un regard sociologique sur la marche, en allant par exemple à la rencontre d’un architecte afro-américain de New York selon qui la couleur de peau du marcheur peut parfois susciter la méfiance, ou encore en donnant la parole à une femme trans qui participe à des classes de marche comme d’autres suivent des cours de danse pour que sa posture reflète mieux son identité.

Ce film, abonde Fugulin, « je l’envisageais pour grand écran, en montrant la beauté des paysages dans lesquels marche l’être humain ». « Je voulais proposer un voyage cinématographique pour grand écran » qui témoigne aussi de l’importance que le geste de la marche a prise dans la vie des intervenants. L’idée d’explorer le sujet est celle du collaborateur Raphaël Ettore, qui a trouvé dans la marche comment faire la paix avec un deuil. Au cœur du film, on suit pas à pas le médecin Stanley Vollant, qui visite les communautés autochtones du nord du Québec à pied. Le pèlerin témoigne avoir surmonté sa dépression en mettant ainsi un pied devant l’autre.

Quelque part, ces rencontres ont eu lieu par la contrainte, explique Vali Fugulin : « On a tourné ce film-là la plupart du temps à deux, mon conjoint, Sébastien [Gros, directeur photo], et moi, puisque les budgets alloués au format documentaire sont tels que pour aller aussi loin qu’on le désirait, on devait tourner à très petite équipe — fallait nous voir avec nos petites valises dans le métro de Tokyo ! Ça nous a donné beaucoup de liberté et la possibilité d’approcher plus rapidement les gens. J’ai pu me glisser dans les pas des gens que j’ai filmés, et montrer la diversité des terrains sur lesquels notre pied se pose. Le sable, la forêt, la neige, les pavés… »

« Je pense que je voulais inspirer les gens à faire d’abord quelques pas pour se rendre compte que c’est beau d’habiter le monde plus lentement, ajoute la réalisatrice. On vit dans un monde tellement complexe que d’amener à l’écran un sujet aussi simple que la marche, je me dis que ça fait du bien ».

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