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Photographe parisien très prisé depuis le milieu des années 1980, Franck Courtès délaisse graduellement cette carrière afin d’en poursuivre une autre : celle d’écrivain. Ainsi, à partir des années 2010, il renonce au succès et à l’argent « assurés » afin de se livrer à sa véritable passion. Le plus souvent à teneur autobiographique, ses récits s’attirent de bonnes critiques. Les ventes, elles, demeurent obstinément modestes. Le voici donc qui offre ses services d’homme à tout faire sur une application spécialisée : une expérience qui lui inspire, en 2023, l’autobiographique À pied d’œuvre, qu’a adapté la cinéaste Valérie Donzelli.
Comme l’annonce en voix hors champ le protagoniste rebaptisé Paul : « Pour le dire en deux mots, j’ai cessé mon activité de photographe pour devenir écrivain. Rester écrivain a été une autre histoire ». Histoire que voici.
Prix du scénario à Venise en 2025, ce film âprement magnifique aura tardé à prendre l’affiche chez nous. Quoique, au vu des récentes manchettes concernant le métier d’écrivain à l’heure de l’IA (ou pas), peut-être le moment est-il idéal pour découvrir À pied d’œuvre.
Car s’il est une chose qu’établit le film de Valérie Donzelli (L’amour et les forêts), c’est celle-ci : l’écriture, c’est de l’ouvrage. Du moins, telle que la pratique Paul. Paul qui ne vit pas encore « dans la misère, mais commence à en avoir une vue bien dégagée ».
Outre qu’il possède un joli sens de la formule, Paul ne correspond pas, en dépit des apparences, au cliché de l’artiste torturé. Il s’agit plutôt d’un homme qui refuse de se résoudre à renoncer à ce qui l’anime vraiment.
Cela, quitte à vivre « de la main à la bouche » et à ne pas voir ses enfants, installés à Montréal avec leur mère.
Puissantes émotions
Cette ferveur butée, Valérie Donzelli lui trouve un équivalent visuel par l’entremise d’une réalisation mesurée et exempte de tout excès mélodramatique — certains éléments narratifs s’y prêtaient pourtant.
Il en résulte une adéquation entre le fond et la forme qui, de par sa justesse intrinsèque, touche plus que n’importe quel effet de mise en scène.
Il faut cela dit préciser que dans le rôle principal, Bastien Bouillon (La nuit du 12 ; Partir un jour ; Le faux-monnayeur. L’affaire Bojarski) est extraordinaire, optant lui aussi pour une retenue et une intériorité desquelles sourdent de puissantes émotions. Émotions libérées lors d’un dénouement aussi pudique que bouleversant.


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