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À la recherche des moules, ces gardiennes de l’eau menacées

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Une équipe de spécialistes en environnement et de plongeurs navigue sur les eaux du lac Témiscamingue pour documenter la présence des moules d’eau douce.

L’obovarie olivâtre est une espèce de moule en danger en Amérique du Nord, par la pollution, les barrages et les espèces exotiques envahissantes. Au Québec, elle est désignée espèce menacée depuis 2023.

Elle joue pourtant un rôle crucial dans l’écosystème : elle filtre l’eau, ce qui permet d’améliorer la qualité des cours d’eau.

La recherche est menée par la Première Nation de Timiskaming et son département Ni Dakinan, en collaboration avec des partenaires comme l’Organisme de bassin versant du Témiscamingue (OBVT).

C’est l’une des premières explorations en plongée dans le secteur, donc c’est vraiment intéressant d’être ici et de rechercher des moules, se réjouit Mike Laderoute, superviseur de l’environnement et des sciences pour la communauté de Timiskaming.

Des espèces de moules d'eau douce.

Différentes espèces de moules d'eau douce vivent dans le lac Témiscamingue et la rivière des Outaouais.

Photo : Gracieuseté de Mike Laderoute

Pour ce projet, Ni Dakinan a fait appel à Jill Heinerth, une exploratrice plongeuse spéléologue reconnue par ses distinctions et son travail dans la rivière des Outaouais.

Quand on parle de moules, la plupart des gens pensent aux moules dans les océans, ou celles qu’ils mangent dans leur assiette. Les moules d’eau douce sont vraiment différentes! Ces animaux ont en fait un petit pied, alors elles se déplacent. Elles filtrent l’eau, éliminent les substances chimiques indésirables, explique Jill Heinerth.

Il est facile de se sentir peu concerné par une espèce que l’on observe rarement au quotidien, soutient Mme Heinerth, mais cela ne diminue pas l’importance des moules, qui nettoient l’eau qui se jettera éventuellement dans l’océan.

Jill Heinerth pose pour la photo sur un quai de bateaux.

Jill Heinerth est une exploratrice polaire renommée, auteure, photographe, conférencière et cinéaste et défenseuse du climat, liste le site du gouvernement du Canada. Elle est l'une des premières personnes au monde à avoir plongé dans des grottes à l’intérieur d’icebergs.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

C’est une espèce qui a peu d’attention, elle est peu documentée dans le territoire, confirme le directeur général de l’OBVT, Yves Grafteaux.

De Première-Chute à Témiscaming

La caractérisation, qui durera une semaine, a débuté à la Première-Chute, à Notre-Dame-du-Nord. À cet endroit, c’est la rivière des Outaouais, qui devient le lac Témiscamingue quelques kilomètres plus loin.

Les recherches se poursuivront jusqu’à Témiscaming, à l’autre extrémité du lac.

Des sites de plongée ont été désignés à l’avance par Mike Laderoute et son équipe, là où l’habitat semble idéal pour les moules.

À partir de là, nous envoyons les plongeurs en bas, ils prennent environ 20 minutes pour suivre une ligne de référence et chercher, explique-t-il. Ils collectent des moules dans un sac, qui est amené dans le bateau et, ensuite, nous analysons les moules, les identifions et les enregistrons sur nos fiches de données.

Mike Laderoute se fait prendre en photo sur le quai de bateaux.

Mike Laderoute est superviseur de l’environnement et des sciences pour Ni Dakinan, le département de ressources naturelles et de patrimoine à la Première Nation de Timiskaming.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Les moules repartent ensuite avec les plongeurs au fond de l’eau pour poursuivre leur vie dans leur habitat.

Heureusement, nous avons trouvé des obovaries olivâtres, ce qui est super. Ça veut dire que nous devons les protéger, ainsi que les esturgeons, résume Jill Heinerth après deux jours et demi de plongée.

Une autre équipe procède à des analyses d’ADN environnemental en laboratoire, ce qui permettra de détecter les espèces vivantes qui évoluent autour de la moule.

En connaissant mieux la répartition de l’espèce, il devient ensuite possible d’évaluer si des mesures doivent être prises pour la protéger dans le lac Témiscamingue.

La culture et l’esturgeon, le poisson-hôte

En plus de sa portée environnementale, le projet revêt une importance culturelle pour la communauté anishinabe. Historiquement, l’eau était protégée, et nous voulons qu’elle le demeure, souligne Mike Laderoute.

Gros plan sur une moule tenue dans une main.

Les moules d’eau douce peuvent filtrer entre un et deux litres d’eau par heure.

Photo : Gracieuseté de Mike Laderoute

C’est culturellement important pour notre communauté, notamment en raison de la relation entre l’esturgeon et la moule, précise pour sa part Ella Cambridge, spécialiste en environnement pour la Première Nation de Timiskaming.

En effet, l’esturgeon est intimement lié à l’obovarie olivâtre, la moule spécifiquement recherchée pendant la mission. Pour sa reproduction, celle-ci doit se coller sur les branchies de l’esturgeon jaune, un poisson culturellement important pour les Premières Nations.

Une collaboration

L’Organisme de bassin versant du Témiscamingue (OBVT) et la Table de concertation de la rivière des Outaouais sont deux partenaires dans ce projet.

Akib Hasan et Yves Grafteaux posent pour la photo.

Akib Hasan, coordonnateur de projets et Yves Grafteaux, directeur général de l'Organisme de bassin versant du Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Des fonds de 43 367 $ ont été nécessaires pour mener à bien la recherche, provenant de la Fondation de la faune du Québec et du Fonds dédié régional de l’Abitibi-Témiscamingue.

On a beaucoup de projets avec TFN, confirme le coordinateur de projet Akib Hasan à l’OBVT, comme la caractérisation de cours d’eau, l’acquisition de connaissances et la lutte aux espèces exotiques envahissantes (EEE).

Les collaborations, ça vient renforcer les projets, les compétences aussi qui s’amplifient quand on a plus de collaborateurs, illustre Yves Grafteaux, directeur général.

La suite

Le département des sciences à Timiskaming, Ni Dakinan, n’en est pas à son premier projet sur les plans d’eau. Les espèces exotiques envahissantes et la restauration de sites sont d’autres priorités.

Du matériel de plongée sur un bateau.

Le matériel à bord du bateau permet à deux plongeurs d'explorer les fonds du lac Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly

Mike Laderoute espère obtenir d'autres fonds pour poursuivre ce projet sur les moules.

Le financement est toujours le nerf de la guerre, explique Yves Grafteaux. La plupart des programmes de financement aiment financer le résultat final : une restauration, une amélioration en environnement, estime-t-il.

Les données seront transmises aux partenaires, comme l’OBVT. Des spécimens seront envoyés au Musée canadien de la nature à Ottawa pour être analysés par un spécialiste des mollusques.

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