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À la Berlinale 2026, le cinéma iranien en résistance

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Le festival de cinéma allemand laisse une grande place aux films iraniens, dont la résonance politique est particulièrement forte sur fond de révoltes populaires et d'interventionnisme américain.

France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 19/02/2026 18:05

Temps de lecture : 5min

L'activiste Düzen Tekkal, les actrices Pheline Roggan, Jasmin Tabatabai et Banafshe Hourmazdi à lors de la cérémonie d'ouverture de la Berlinale 2026, le 12 février. (CHRISTOPH SOEDER / DPA) L'activiste Düzen Tekkal, les actrices Pheline Roggan, Jasmin Tabatabai et Banafshe Hourmazdi à lors de la cérémonie d'ouverture de la Berlinale 2026, le 12 février. (CHRISTOPH SOEDER / DPA)

En pleine répression meurtrière des manifestations en Iran et de menaces d'intervention militaire des États-Unis, les films iraniens présentés à la Berlinale, jusqu'au 22 février, résonnent encore plus avec l'actualité cette année. La répression étatique est le fil rouge de Roya de Mahnaz Mohammadi, qui sonde le traumatisme d'une prisonnière politique après son passage dans la tristement célèbre prison d'Evin à Téhéran.

La réalisatrice sait de quoi elle parle, pour avoir elle-même été enfermée à Evin. La séquence d'ouverture est bouleversante : filmée du point de vue de Roya, elle révèle le traitement dégradant qui lui est infligé par les geôliers, mais illustrer complètement les conditions carcérales rendrait le film "impossible à regarder", a affirmé Mahnaz Mohammadi à l'AFP. Résister à l'idéologie officielle fait de vous "un ennemi" aux yeux des autorités iraniennes, ajoute-t-elle. Avec son film, elle souhaite montrer comment cette oppression marque au long cours les victimes. "Ça n'appartient pas au passé, cela change votre vie et votre perception, cela change tout", insiste-t-elle. À l'image du prénom Roya qui peut signifier "rêve", de nombreuses scènes d'hallucinations rythment le film, illustrant le décalage psychique et le traumatisme enduré.

Dans son court documentaire Les Fruits du désespoir, Nima Nassaj retrace son expérience de la guerre des 12 jours de juin 2025, entre Israël et l'Iran. Comme beaucoup d'habitants à Téhéran, il a trouvé refuge avec sa famille dans un village proche de la capitale. Le film est une "capsule temporelle" impressionniste de cette douzaine de jours et de son état d'esprit d'alors, qu'il qualifie de "dévasté" . Comme l'héroïne de Roya, les protagonistes de son film sont silencieux. Seule la voix off accompagne le spectateur.

À l'époque, le réalisateur s'est senti "totalement isolé", même de ceux qui l'entouraient, confie-t-il à l'AFP. "Quand vous êtes confronté à la peur de la mort, à ce degré d'incertitude, je pense qu'il est très difficile pour les gens de communiquer", étaye-t-il. L'intrigue est parfois interrompue par des phrases, projetées en rouge vif à l'écran. L'une d'elles: "Nous sommes piégés dans les jeux d'une bande de fous". "Il y a en de plus en plus dans le monde chaque année", pointe Nima Nassaj, pour qui son film reflète l'impuissance des gens ordinaires face à des "moments de crise" dans un monde toujours plus imprévisible.

Week-end césarien ne semble moins ouvertement politique : il se veut une description "intense, sauvage et philosophique" de la société iranienne contemporaine. Pour son créateur Mohammad Shirvani, "il y a une différence entre les réalisateurs qui réagissent directement à la République islamique [...] dans leurs films et des cinéastes comme moi qui parlent de la vie des Iraniens", a-t-il exprimé à l'AFP via un traducteur. Son objectif : échapper à la tendance, dans les salles obscures occidentales, d'une "image orientaliste et exotique de l'Iran". Le film s'ouvre sur une fête dans une villa proche de la mer Caspienne, avec de jeunes gens légèrement vêtus qui boivent, fument, s'embrassent et dansent. "Chaque Iranien, au cours des 47 années de la République islamique, a appris à mener une double vie", ajoute le réalisateur. Son film dépeint au public la "vie souterraine de la jeunesse iranienne" de la classe moyenne. La génération de Mohammad Shirvani, né en 1973, soit quelques années avant la Révolution islamique de 1979, a dû "s'adapter tant bien que mal et contourner les limitations". "Mais cette jeune génération, elle, ne les supporte pas, elle veut se libérer", insiste-t-il. Choisir un cadre isolé, proche de la nature, pour le film était un moyen de gagner davantage de "liberté" et "d'espace", selon lui.

Selon les organisations internationales, des milliers de personnes, la plupart des civils, ont été tuées lors des troubles récents. "C'est quelque chose de sans précédent dans l'histoire iranienne, ce genre de massacre", a déclaré l'actrice Maryam Palizban au rôle principal dans Roya. "Je sais juste que ce régime ne devrait plus exister", a-t-elle ajouté. Malgré les risques, la réalisatrice Mahnaz Mohammadi se dit déterminée à rentrer en Iran. Elle veut vivre assez longtemps pour voir les Iraniens "heureux et en paix".

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