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Dans une colonne publiée le 25 septembre dernier dans The Telegraph, le quotidien favori des électeurs conservateurs, le Premier ministre travailliste britannique Keir Starmer claironnait un changement radical de l'approche de la gauche sur l'immigration. Il annonçait que "le gouvernement [allait] créer une nouvelle carte d'identité numérique gratuite qui sera obligatoire pour pouvoir travailler" d'ici à 2029. Celle-ci "rendra plus difficile le travail illégal dans ce pays, renforçant ainsi la sécurité de nos frontières".
Se sont ensuivis trois mois d'interventions incessantes des opposants à la mesure, pendant que le gouvernement, concentré sur d'autres thématiques, restait quasiment muet. Les réunions publiques se sont multipliées, le militantisme contre la mesure a fait florès sur les réseaux sociaux et une pétition, signée par trois millions de Britanniques, a même été déposée sur le site Internet du Parlement. Si bien qu'ils n'étaient plus que 36 % à soutenir l'initiative du premier ministre à la mi-novembre, contre 57 % au mois d'août. L'inéluctable est arrivé ce mardi 13 janvier : le gouvernement a fait savoir que la carte d'identité numérique ne sera plus obligatoire.
Le gouvernement travailliste veut instaurer des cartes d'identité obligatoires pour les résidents britanniques"Comme un sac plastique dans le vent"
Le lendemain, à l'occasion de la traditionnelle séance de questions au premier ministre, la cheffe de l'opposition conservatrice Kemi Badenoch s'est moqué avec un plaisir indéniable du dirigeant travailliste : "Puis-je saluer le dernier revirement du Premier ministre ? J'ai l'impression de dire cela toutes les semaines". Avant d'ajouter, cinglante : "Il virevolte comme un sac plastique dans le vent, sans aucun sens de l'orientation".
Anand Menon, professeur de sciences politiques à l'université King's College London, aboutit au même constat. "Les gens se plaignent que ce gouvernement manque d'un plan clair, de direction, d'objectifs prioritaires qui l'emportent sur tout le reste, en dehors de leurs déclarations sur le coût de la vie. Ces différents revirements de position ne font que renforcer cette impression."
Depuis l'été dernier, ceux-ci se sont multipliés. Dès son arrivée au pouvoir, le Premier ministre et sa ministre de l'Économie et des Finances Rachel Reeves avaient éliminé l'aide au paiement des factures d'énergie pour tous les retraités disposant d'un revenu supérieur à 13 000 livres sterling (15 000 euros), visiblement jugés trop aisés. Ils avaient également durci les critères d'obtention des aides et allocations handicapés. Un an plus tard, Rachel Reeves est revenue sur ses mesures suite à la multiplication des critiques issues aussi bien des propres députés de son parti que de la colère des électeurs, qui a contribué à sa chute dans les sondages d'opinion.
"Cela devient un cercle vicieux, dans le sens où plus le gouvernement s'affaiblit, moins il inspire de loyauté parmi ses troupes", poursuit Anand Menon. "Plus les gens se plaignent, plus ils font pression pour que vous changiez. Finalement, plus un gouvernement s'affaiblit, plus ces retournements sont susceptibles de se produire."
Critiques internes
Deux autres renoncements ont été particulièrement significatifs de la faiblesse du gouvernement. La veille de Noël, le gouvernement a allégé un changement annoncé au printemps dernier : alors que les agriculteurs et fermiers devaient commencer à payer l'impôt sur la succession dès avril 2026 à partir d'un million de livres (1,15 million d'euros) d'actifs, le plancher a été augmenté à 2,5 millions de livres (2,9 millions d'euros). "Nous avons écouté attentivement les agriculteurs de tout le pays et nous apportons aujourd'hui des changements afin de mieux protéger les exploitations agricoles familiales ordinaires", s'est félicitée la ministre de l'Environnement, Emma Reynolds.
Les travaillistes remettent un coup de pression sur Keir StarmerLe ministre de la Santé, Wes Streeting, n'a au contraire pas caché son agacement. S'il a reconnu mardi qu'il vaut mieux revenir sur des mesures "si les gens pensent que nous nous trompons et que nous pensons qu'ils ont raison", il a surtout indiqué qu'"au sein du système de santé, nous avons une initiative appelée GIRFT – Get It Right First Time (Bien faire les choses dès le départ). Cela devrait être notre résolution pour 2026 : essayons de décider des bonnes mesures dès le départ." Une critique à peine voilée de la direction de son parti.
Chute vertigineuse du soutien populaire
Enfin, Rachel Reeves a fait savoir la semaine dernière que la hausse des impôts locaux pour les pubs qu'elle avait annoncée fin novembre sera finalement échelonnée. Là encore, le gouvernement avait subi une campagne de communication parfaitement façonnée par les patrons de pubs et les partis d'opposition pour le faire plier.
Économiquement "au bout du rouleau", les pubs britanniques boivent la tasse"Le problème est que les électeurs qu'ils se sont aliénés en raison de ces mesures décidées sans réfléchir à leurs conséquences ne seront pas reconnaissants de revenir à la situation dans laquelle ils se trouvaient auparavant et ils ne reviendront pas vers eux", assure le politologue de King's College. "Ce gouvernement subit ainsi une perte de soutien populaire comme jamais aucun avant lui", fait observer M. Menon.
Le Labour avait remporté les élections générales de juillet 2024 en recueillant 33 % des suffrages. Selon les derniers sondages, il ne peut plus compter que sur 18 % des intentions de vote. Mais il peut voir un élément positif : contrairement à ce qu'il se passe habituellement en Grande-Bretagne, le Labour perd des voix au profit des Verts et des Libéraux-démocrates, mais pas tellement des conservateurs et de Reform", constate Anand Menon.
Pour convaincre les électeurs de les réélire en 2029, il sera indispensable pour les Travaillistes de procéder à des améliorations considérables quant à leur façon d'exercer le pouvoir.
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