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Trois semaines après les arrivées massives de migrants à Ceuta, plus de 2 000 personnes, dont des mineurs, vivent toujours sur place dans des conditions très précaires. Leur prise en charge est devenue un sujet politique complexe pour le gouvernement espagnol.
Publié le 21/08/2026 09:07
Temps de lecture : 2min
Des migrants dorment sur la plage, dans l'attente d'une place dans un centre d'accueil temporaire (CETI) à la plage de Trampolin, dans l'enclave espagnole de Ceuta (Afrique du Nord), le 15 août 2026. (JORGE GUERRERO / AFP)
Trois semaines se sont écoulées depuis l’afflux massif de migrants à Ceuta, l’enclave espagnole. Si la quasi-totalité des 72 000 migrants qui avaient franchi la frontière sont rentrés au Maroc, plus de 2 000 personnes sont restées sur place, dont beaucoup de mineurs et de jeunes filles.
La situation est particulièrement préoccupante car les capacités d’hébergement sont saturées. Depuis trois semaines, ces personnes dorment chaque nuit dans les rues ou sur les plages, 2 000 personnes qui ne peuvent ni se laver, ni accéder aux toilettes normalement. 2 000 personnes qui luttent au quotidien pour boire et se nourrir correctement.
Parmi elles, de nombreux mineurs, dont des filles parfois âgées d’une dizaine d’années seulement. Des enfants arrivés sans adultes, livrés à eux-mêmes, et que la situation de catastrophe humanitaire rend particulièrement vulnérables. Plusieurs cas de viols ont été rapportés ces derniers jours.
Face à cette situation, les jeunes filles ont été regroupées dans des lieux sûrs à Ceuta. Et après avoir évacué un campement sur la plage de Trampolin, le gouvernement espagnol a annoncé l’ouverture de deux centres d’accueil temporaires supplémentaires, accessibles à tous les migrants - pas seulement aux mineurs. La mesure vise aussi à apaiser la colère des habitants de Ceuta. Depuis trois semaines, ils accusent Madrid de les laisser gérer seuls une situation qui dépasse largement les capacités de cette petite enclave espagnole.
La question de l’accueil des migrants est aussi devenue un sujet de confrontation politique entre le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez et les régions espagnoles, largement dirigées par la droite. Le ministère de la Jeunesse et de l'enfance a décidé de transférer en urgence vers l’Espagne continentale 500 jeunes filles de moins de 18 ans pour les extraire de l'enfer de Ceuta et les mettre à l’abri dans des familles d’accueil. En vertu du droit espagnol, l’État a en effet un devoir de protection envers les migrants mineurs non accompagnés, jusqu’à leur majorité.
Mais cette décision est un nouveau bras de fer pour Pedro Sánchez. Avec Bruxelles d’abord : les institutions européennes recommandent au contraire le renvoi des mineurs vers le Maroc. Avec la droite espagnole ensuite. Le Parti populaire refuse d’accueillir ces mineurs dans les régions et réclame leur expulsion. L’extrême droite, Vox, en a même fait un enjeu pour le maintien de certaines coalitions locales.
Cette bataille n’est pas nouvelle. En 2021, après l’arrivée massive de quelque 15 000 personnes à Ceuta, plusieurs centaines de mineurs avaient été renvoyés précipitamment vers le Maroc. Une politique de retour collectif déclarée illégale par la Cour suprême espagnole. Elle avait estimé que la situation de chaque mineur aurait dû faire l’objet d’un examen individuel. L’an dernier, deux responsables politiques de Ceuta, qui avaient organisé ces renvois, ont d’ailleurs été lourdement condamnés : ils ont été interdits d’exercer des fonctions publiques pendant neuf ans.
Pour Pedro Sánchez, à la tête d’un gouvernement minoritaire, l’équation est donc particulièrement délicate. À l’approche des prochaines législatives, il doit à la fois montrer qu’il contrôle les frontières, pour ne pas abandonner le sujet à la droite et à Vox, et qu'il respecte son obligation de protéger les mineurs. Deux exigences qui, à Ceuta, apparaissent aujourd’hui de plus en plus difficiles à concilier.
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