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En compétition officielle avec « El ser querido », film de l’Espagnol Rodrigo Sorogoyen, l’acteur Javier Bardem a profité de l’exposition cannoise pour faire passer plusieurs messages.
Par Maxime Birken et Loïse Delacotte
Très attendu sur la Croisette, le nouveau long métrage du réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen était présenté en compétition ce samedi 16 mai au Festival de Cannes. L’occasion pour le casting du film L’Être aimé (El ser querido en version originale) de s’offrir un tapis rouge d’exception mais aussi pour Javier Bardem de réaffirmer ses engagements politiques.
Lors de la montée des marches du film, l’acteur de 57 ans est resté plutôt sobre, sans keffieh ni pins. Mais le lendemain, lors de la traditionnelle conférence de presse, Javier Bardem n’a pas botté en touche. Interrogé dès le début de la conférence de presse sur son engagement bien connu et les acteurs et actrices blacklistés à Hollywood en raison de leurs prises de position politiques, il a été sans concession, confirmant que « la peur existait », mais que cela n’entraverait jamais ses prises de parole.
« Je crois qu’on doit faire les choses, même avec la peur. L’important, c’est de pouvoir se regarder dans le miroir et d’être à l’aise avec notre propre éthique. Il n’y a pas de plan B pour moi évidemment, s’il y a des conséquences par rapport à mes prises d’opposition, j’accepterai les conséquences. Mais c’est non négociable », a-t-il défendu.
Javier Bardem a d’ailleurs expliqué que parler sans langue de bois n’avait finalement pas tant de conséquences sur sa carrière et les propositions qui lui sont faites. De quoi faire dire à l’acteur que « quelque part le récit est en train de changer » et que ceux qui font « ces supposées listes noires » seront finalement ceux qui « souffriront les conséquences. »
« Mon approche, mon pouvoir de parole, c’est vous »
Revenant plus précisément sur la situation à Gaza, le comédien a appuyé son propos en expliquant qu’il était de sa responsabilité de personnalité publique de s’exprimer. « Gaza subit un génocide, ça, c’est un fait. On peut s’y opposer, on peut expliquer, se disputer, mais c’est comme ça. C’est un fait indiscutable, incontestable, a-t-il détaillé. Mon approche, mon pouvoir de parole, c’est vous (les journalistes ndlr). Je me sers de ce pouvoir de la meilleure façon possible. »
Ça vaut pour Monsieur Trump et Monsieur Netanyahou et Monsieur PoutineLe comédien espagnol récemment aperçu dans F1 ou les deux premiers films Dune de Denis Villeneuve a notamment travaillé avec Greenpeace, manifesté en faveur du peuple du Sahara occidental à décider de son avenir. Il dénonce régulièrement les bombardements israéliens sur les populations civiles de Gaza, et appelle à boycotter les institutions cinématographiques israéliennes.
Sans filtre durant la conférence de presse, Javier Bardem a même estimé qu’il y avait un point commun entre les violences faites aux femmes et les diverses guerres qui se déroulent dans le monde : un « problème d’ego de mâle ».
« Pourquoi ces mecs-là tuent des femmes ? Parce qu’ils pensent qu’elles sont leurs propriétés. Et ça vaut pour Monsieur Trump et Monsieur Netanyahou et Monsieur Poutine. Ces soi-disant grands sont là à dire’Ma queue est plus longue que la tienne’. C’est un comportement toxique typiquement masculin. C’est une plaie mais heureusement, nous sommes de plus en plus conscients de cela aujourd’hui », a posé le comédien avant de clôturer son propos sous les applaudissements de la salle.
L’engagement sans borne de Javier Bardem
Ces propos seront-ils bien accueillis pas le jury ? En ouverture de cette 79e édition du Festival de Cannes, le scénariste et membre du jury cannois Paul Laverty avait soutenu la star espagnole. « N’est-il pas sidérant de voir des personnalités comme Susan Sarandon, Javier Bardem et Mark Ruffalo mises à l’écart pour avoir dénoncé le meurtre de femmes et d’enfants à Gaza ? Honte à Hollywood ! », avait-il lâché en fin de conférence concernant le sort de ces stars plus ou moins écartées par Hollywood pour leurs prises de parole sur le conflit israélo-palestinien.
Cette année, Rodrigo Sorogoyen fait donc ses premiers pas en compétition officielle sur la Croisette avec L’Être aimé, sorti le 16 mai au cinéma. Un film de et sur le cinéma puisqu’il raconte l’histoire d’Esteban Martínez, cinéaste reconnu mais au passé controversé, qui décide d’engager sa propre fille (Victoria Luengo) pour jouer dans son nouveau film. L’occasion pour eux de collaborer, tout en ravivant des tensions familiales longtemps refoulées. Il se murmure sur la Croisette que Javier Bardem est bien parti pour recevoir le prix d’interprétation masculine cette année. De quoi offrir au comédien une tribune de choix.


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