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800 millions de m³ pompés en quatre ans : là où naviguaient des bateaux près d’Amsterdam, des avions décollent aujourd’hui à 3,4 m sous le niveau de la mer

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Les avions qui décollent de Schiphol roulent sur un ancien fond de lac. Entre 1848 et 1852, trois machines à vapeur y ont évacué 800 millions de m³ d’eau, de quoi remplir environ 320 000 piscines olympiques. Aujourd’hui, l’aéroport d’Amsterdam se situe à environ 3,4 m sous le niveau de la mer.

À retenir

  • Trois machines à vapeur ont pompé 800 millions de m³ d’eau entre 1848 et 1852.
  • L’aéroport de Schiphol se situe à environ 3,4 m sous le niveau de la mer.
  • Le lac de Haarlem couvrait environ 18 000 ha avant son assèchement.

Sommaire

  1. Un lac qui rongeait ses propres rives
  2. Trois machines à vapeur plutôt que des moulins
  3. Du fond du lac à la piste d’atterrissage

Un lac qui rongeait ses propres rives

Le lac de Haarlem n’a rien d’une création spontanée de la nature. Il s’est formé au fil des siècles : on y extrayait de la tourbe, puis les tempêtes ont agrandi les trous laissés par les extractions. Il était devenu le plus grand lac de Hollande, avec environ 18 000 ha, soit près de deux fois la superficie de Paris intra-muros. Et il grignotait les terres tout autour de lui.

Le 29 novembre 1836, une tempête d’ouest inonde 4 000 ha en direction d’Amsterdam. Le 26 décembre, une tempête d’est en submerge 7 500 autres vers Leyde. Additionnées, ces deux crues couvrent environ 11 500 ha, davantage que Paris intra-muros.

La loi d’assèchement est votée le 22 mars 1839, après ces tempêtes qui ont menacé Amsterdam et Leyde. La sécurité est le motif affiché, mais le gain de terres agricoles pèse aussi dans la décision.

Les travaux commencent le 6 mai 1840. Un canal d’environ 60 km fait le tour du lac, doublé d’une digue, et des milliers d’ouvriers le creusent à la pelle. Le chantier s’achève en 1845.

Trois machines à vapeur plutôt que des moulins

Pour vider le lac, on choisit la vapeur plutôt que les moulins à vent.

Les lacs asséchés auparavant l’avaient été grâce à des moulins, mais celui-ci était trop vaste pour cette méthode. La station Leeghwater teste le procédé dès 1845 et pompe à pleine puissance à partir de juin 1848. Lynden la rejoint le 30 mars 1849, puis Cruquius le 19 avril 1849, avec ses 350 chevaux et ses 8 pompes. Chacune porte le nom d’un ingénieur hydraulicien qui avait, en son temps, imaginé un plan pour assécher le lac.

En 3 ans et 3 mois, les trois machines évacuent 800 millions de m³ en 14 004 032 coups de pompe. Réparti sur toute la période, cela donne un coup toutes les 7 secondes environ, et une moyenne d’un peu moins de 60 m³ par coup (un calcul simple, pas une mesure d’époque).

Le titre parle de quatre ans, et les deux durées ne se contredisent pas. Les 3 ans et 3 mois correspondent au travail des trois machines réunies, de la mise en service de Cruquius au printemps 1849 jusqu’au lac vide. Les quatre ans couvrent la période qui part de la pleine puissance de Leeghwater, en juin 1848.

Ce chantier est souvent présenté comme l’entrée des Pays-Bas dans l’ère industrielle. Le charbon remplace le vent, et la régularité des pistons remplace le caprice des pales.

Du fond du lac à la piste d’atterrissage

Le lac est à sec en juillet 1852. Les témoignages ne s’accordent pas sur le jour exact, ce qui oblige à s’en tenir au mois. Le journal officiel du royaume annonce la nouvelle le 4 août 1852.

Cruquius travaille jusqu’en 1933, puis devient un musée.

Les premiers avions se posent à Schiphol en septembre 1916, soit 64 ans après l’assèchement, sur un terrain qui était encore un fond de lac. L’aéroport n’a jamais changé de place depuis. Il est pourtant passé de 16,6 ha à 2 800 ha, soit environ 170 fois sa taille de départ. Son altitude officielle est de -11 pieds, soit environ 3,4 m sous le niveau de la mer, même si certains documents évoquent entre 3 et 4 m.

Ces 2 800 ha représentent environ un sixième de l’ancien lac. Une surface qui, avant 1852, était de l’eau libre où naviguaient des bateaux.

Un fond de lac asséché reste en dessous du niveau de l’eau voisine : sans canaux, digues et pompes, le terrain serait de nouveau inondé. Le canal de ceinture, vestige de 1845, joue encore ce rôle de réceptacle pour l’eau de l’ancien lac.

Pour mesurer l’échelle de l’exploit, le plus simple reste d’aller voir la machine. L’ancienne station Cruquius, près de Heemstede, abrite aujourd’hui un musée consacré à cette histoire, et un pavillon ouvert en 2025 raconte la vie dans le polder après l’assèchement.

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