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Pour certains étudiants rencontrés sur le campus de l’Université de Toronto, la réponse à l’irruption de l’intelligence artificielle (IA) est avant tout stratégique : changer de cap avant qu’il ne soit trop tard.
C’est le choix qu’a fait Mirab Sidiqui, étudiante en génie logiciel. J’essaie de changer de filière, car l’ingénierie logicielle consiste principalement à coder, ce qui est en train d’être remplacé par l’IA. Je me dirige vers la mécatronique ou la mécanique, afin de suivre un programme que l’IA ne peut pas remplacer, explique-t-elle.
Je suis envahie par une horrible angoisse existentielle liée à l’IA.
Des données récemment publiées par l’entreprise américaine d’IA Anthropic témoignent d’un marché du travail en train de se transformer sous les yeux des étudiants, souvent avant même qu’ils y entrent.
Bien que l’IA puisse théoriquement remplacer de nombreuses tâches intellectuelles, son usage réel en entreprise est limité et n’a pas entraîné de chômage généralisé. Cependant, l’embauche des jeunes travailleurs (22-25 ans) a commencé à ralentir dans les secteurs les plus exposés à l’IA, dit le rapport (nouvelle fenêtre).
La mort des postes d’entrée?
L’analogie du barreau inférieur de l’échelle qui est brisé me semble très juste, dit Tim Lang, PDG de Youth Employment Services.
Les emplois de premier échelon disparaissent, précisément ceux par lesquels les jeunes acquièrent l’expérience nécessaire pour gravir les échelons suivants.

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On m’a dit qu’une IA pouvait faire 75 % du travail d’un stagiaire. Ça m’a fait peur, raconte Ismail Shepherd, étudiant en droit, confronté à cette réalité lors d’une conversation avec un associé dans un cabinet d’avocats.
Et la croissance de la productivité grâce à l’IA, souvent perçue comme un gage de prospérité, pourrait bien engendrer des problèmes, selon Sebastian Piatkowski, étudiant en ingénierie aérospatiale.
Les ingénieurs vont devenir plus productifs. On pourrait penser que c’est formidable, mais ce n’est pas le cas, car cela réduit le nombre d’emplois. Au lieu de 10 ingénieurs, il n’y en aura plus que deux pour faire le travail de dix, dit-il.
Si la machine se trompe, qui est responsable?
Pour les étudiants dans des secteurs comme le droit et ingénierie aérospatiale, la responsabilité légale ne peut pas être déléguée à une machine.
Je ne pense pas que tous les ingénieurs aérospatiaux vont être remplacés par l’IA. Il faut qu’un ingénieur signe le document à la fin de la journée, affirme Sebastian Piatkowski.
Si l’IA effectue des tâches ou même représente des personnes devant les tribunaux, qui est responsable en cas d’erreur? On ne peut pas mettre une IA en prison ni poursuivre un chatbot si une erreur grave est commise.
Si la seule fonction restante d’un professionnel humain est de signer un document produit par une machine, peut-on encore parler d’un métier? La responsabilité légale protège l’emploi, mais peut-elle protéger le sens du travail?
Le marché du travail dépendra davantage de la créativité et de l’esprit d’initiative. Mais les étudiants qui s’appuient davantage sur l’IA sont moins aptes à faire preuve de ces qualités et sont donc plus facilement remplaçables, croit Vincent Razo, étudiant en philosophie.

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Autrement dit, se former avec l’IA pourrait préparer les jeunes à être remplacés par elle.
Simon Blanchette, professeur et consultant en gestion à l’Université McGill, donne raison à cet argument. Selon lui, il faut revaloriser la friction, c’est-à-dire l’effort de se battre avec une page blanche et de débattre des idées, car c’est ce qui rend l’esprit humain critique et intelligent.
Sur le plan opérationnel, il défend le principe de l’humain dans la boucle : l’humain doit toujours être présent au début et à la fin d’un processus pour vérifier le travail de la machine. Ce n’est pas un frein à la productivité, mais une garantie de qualité et d’éthique.
L’automatisation n’est pas une fatalité
Pour Simon Blanchette, l’automatisation relève d’abord d’un choix de leadership.
Ce n’est pas parce qu’on peut automatiser https://ici.radio-canada.ca/jeunesse/maj/2211878/intelligence-artificielle-travail-emploi-etudesqu’on est obligé de le faire.
S’il constate effectivement une baisse des offres pour les postes de premier échelon, il met en garde les entreprises contre cette logique à court terme. En cessant d’embaucher des profils débutants aujourd’hui, elles se privent du vivier de talents qui devrait assurer la relève dans cinq ans.
Face à cette incertitude, l’expert souligne que les métiers manuels (plombiers ou électriciens, par exemple) restent essentiels, bien rémunérés et, surtout, complètement à l’abri de l’intelligence artificielle.
Si l’automatisation devait faire grimper le chômage entre 10 et 15 %, l’expert est clair : notre société n’est tout simplement pas bâtie pour survivre à un tel bouleversement.
À l’heure actuelle, beaucoup d’entreprises n’utilisent pas encore l’IA pour remplacer massivement des emplois, mais plutôt comme outil de filtrage des candidats lors du recrutement, explique Tim Lang. Rester positif est, selon lui, une nécessité pratique et étoffer son CV avec des compétences en IA peut réellement aider.


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