Un demi-siècle après «l’affaire Jeanmaire», l’ouverture progressive des archives permet d’explorer l’une des plus célèbres affaires d’espionnage de l’histoire suisse. Si les faits ayant conduit à la condamnation du brigadier sont désormais largement établis, les ressorts de son engagement auprès des services soviétiques, en pleine guerre froide, demeurent relativement obscurs. Pour la réalisation du documentaire Jeanmaire, un général suisse dans les griffes du KGB*, les auteurs ont eu accès à des sources encore inédites et aux derniers témoins de cette affaire, dont il faut rappeler les grands traits.
Le 16 août 1976, en pleine torpeur estivale, le procureur de la Confédération annonce l’arrestation de l’ancien officier instructeur et chef des troupes de protection aérienne, le brigadier vaudois en retraite Jean-Louis Jeanmaire. L’officier général est inculpé pour avoir livré des documents militaires à des membres de l’ambassade d’Union soviétique à Berne. L’onde de choc de cette annonce se répand rapidement dans le pays, mais la presse est condamnée à spéculer: toute l’affaire est frappée du sceau du secret militaire. Alors que l’enquête est loin d’être bouclée, le conseiller fédéral Kurt Furgler, chef du Département de justice et police, livre quelques semaines plus tard au parlement un réquisitoire implacable contre Jeanmaire. Dans sa vaste majorité, l’opinion publique retient de ce discours la culpabilité de Jeanmaire, qualifié de «Verräter des Jahrhunderts» par le Blick. Des parlementaires réclament le retour de la peine de mort pour Jeanmaire.


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