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À quelques jours de l'Eurovision 2026, actu.fr a eu l'opportunité de discuter de l'évolution du concours avec la dernière gagnante française, Marie Myriam. C'était en 1977.
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Par Anne-Laure Petit-Hénon Publié le 10 mai 2026 à 17h59
Chaque année, son nom revient : Marie Myriam. Il faut dire qu’elle est devenue une légende, car c’est la dernière artiste à avoir remporté l’Eurovision pour la France. En 1977. Il y a 49 ans. Et c’est vrai que quand l’on écrit un article sur le Concours européen de la chanson, c’est la phrase facile à glisser : au fait, c’est Marie Myriam la dernière gagnante avec L’Oiseau et l’Enfant, il y a presque un demi-siècle. Alors cette année, chez actu.fr, on s’est dit qu’il était temps de lui parler, à cette légende.
Rendez-vous était pris, un après-midi, avec Marie Myriam, pour revenir sur son expérience passée. Évidemment, on a voulu parler de sa victoire ou de ce qu’elle pense de Monroe, la représentante de cette année. Mais pas que. Nous voulions surtout avoir son regard sur l’évolution de l’Eurovision qui est, aujourd’hui, l’un des shows les plus visionnés à travers le monde.
Actu : Marie Myriam, merci de nous accorder cette interview, il faut le dire, 49 ans après votre victoire.
Marie Myriam : J'espère ne pas entrer dans le Guinness Book pour les 50 ans sans victoire ! Non, je veux que l'on me laisse tranquille et passer la main à Monroe, ce serait génial ! J'aimerais tellement qu'elle gagne, elle peut marquer les esprits, mais je n'ose plus rien dire, car tous les ans je trouve que l'on a de bonnes chansons et...
Tous les ans depuis quelques années du coup, vous n'en avez pas marre ?
M.M. : C'est pas que j'en ai marre, mais ça fait 2-3 ans que je me demande ce que je vais bien pouvoir dire aux journalistes… Je suis très contente d'avoir gagné l'Eurovision, mais pour moi, c'était il y a 49 ans. Je me dis : "Mince, mais c'est pas possible !" On a de bons chanteurs, de bonnes chansons que l'on peut retenir… Je ris beaucoup en vous parlant, mais ça ne me fait pas rire [cette situation].
Qu'est-ce qui a le plus changé, selon vous, dans le concours ?
M.M. : C'est vraiment devenu un MTV Show avec la lumière, les trucages, c'est plus visuel. Et il n'y a plus de musique en direct. À l'époque, j'avais chanté avec un orchestre. C'est ce qui me manque le plus, la musique live.
Mais à 70 ans, je ne vais pas faire la mamie râleuse ! C'est très bien, comme le concours a évolué aussi, avec les moyens d'aujourd'hui. C'est devenu quelque chose de plus visuel et c'est formidable, car c'est vu par des millions de téléspectateurs.
Vous disiez tout à l'heure que la délégation française envoyait des chansons que l'on retenait.
M.M. : Je trouve que les chansons qui ont gagné dans les années 70-80, on les retenait : "Waterloo" (d'Abba), "Diggi-Loo Diggi-Ley" (de Herreys), "Ding-A-Dong" (de Teach-In)... À l'inverse, la chanson qui a gagné il y a deux ans, le Suisse là, ["The Code", de Nemo, ndlr], je ne m'en rappelle pas.

Aujourd'hui, les artistes font un peu campagne : sur les réseaux sociaux, dans les médias, en participant aux pre-parties (concerts organisés avant l'Eurovision, avec des anciens et actuels participants). C'était déjà le cas à votre époque ?
M.M. : L'Eurovision devait se tenir le 2 avril 1977 au Royaume-Uni mais les caméramans ont lancé un mouvement de grève. Donc le concours a été reporté au 2 mai, la veille de mes 20 ans. Et pendant un mois, je n'ai fait que des plateaux télé. Il me semble que l'on avait été dans d'autres pays francophones, mais pas trop loin comme le Luxembourg, la Belgique ou Monaco.
Qu'est-ce que cela représentait, de participer à l'Eurovision et de gagner ?
M.M. : Il y avait déjà un engouement à l'époque. Gagner l'Eurovision, c'était l'assurance que la chanson devienne un tube. Et je suis super contente d'avoir gagné : on a vendu des milliers de 45 tours, j'ai participé à "Top of the Pops" au Royaume-Uni (émission musicale britannique, équivalent du hit-parade, diffusée entre 1964 et 2006, ndlr)...
Je me rappelle, un jour, je prenais le train en Allemagne et un petit garçon fredonnait "L'Oiseau et l'Enfant", sans savoir que j'étais là. Et une des personnes qui m'accompagnait m'a dit : "C'est là que l'on sait que vous avez fait un tube." Aujourd'hui encore, je reçois des vidéos d'enfants chantant cette chanson et ça m'émeut, c'est un lien avec les gens.
Et c'est un titre qui perdure.
M.M. : Depuis quelques années, il y a une véritable communauté de fans de l'Eurovision, les Eurofans. Et ils sont formidables, très bienveillants ! Je me rappelle avoir fait quelques concerts avec eux, à Madrid notamment, et c'était super. Et ils ont une sacrée mémoire ! Et grâce à eux, le concours a retrouvé de l'engouement. Car, il faut le dire, pendant un temps, c'était vu comme quelque chose de ringard. Et puis nous, on envoyait des artistes un peu bizarres comme ceux qui chantaient "Moustache" [le groupe Twin Twin, ndlr], ça avait fait plouf d'ailleurs, on avait fini dernier…
Est-ce que vous regardez toujours l'Eurovision ?
M.M. : Oui, c'est une belle soirée que je ne rate pas ! Avant, si je n'étais pas à la maison le soir de l'Eurovision, je l'enregistrais. Il y a des prestations que l'on ne voit qu'à l'Eurovision, je me rappelle, il y a un ou deux ans, d'un chanteur tout nu [Windows95man pour la Finlande, ndlr] !
Allez, il faut que l'on vous demande : vous en pensez quoi de Monroe ?
M.M. : On a peut-être une chance, avec ce côté moitié classique et moitié variété, on a une chance d'être différent. Ce qu'il faut, c'est marquer les esprits. À mon époque, ce qui a marqué, c'est que j'avais chanté les huit premières mesures de "l'Oiseau et l'Enfant" a cappella.
Vous savez, je ne suis pas celle qui veut rester gagnante, je veux que l'on gagne ! Et si Monroe le fait, je vais pleurer. Et ça fait longtemps que je n'ai pas pleuré. Je ne lui souhaite que le meilleur ! En plus, elle a 17 ans et j'ai moi-même une petite-fille de son âge.
Est-ce que vous serez à Vienne pour la finale de l'Eurovision, le 16 mai 2026 ?
M.M. : Non, ça serait ridicule, ça fait 49 ans que j'ai participé. Pendant longtemps je suis venue, mais je me suis dit qu'à force, c'est moi qui devais porter malheur. Mais visiblement non, ce n'est pas moi !
Interview réalisée le 22 avril 2026.
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