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La compagnie Hy2gen a déposé à la fin mai son étude d'impact environnemental qui documente les répercussions de son projet d'usine d’ammoniac et de nitrate d’ammonium dans la région de Baie-Comeau.
Si l'entreprise promet de fournir une alternative locale pour décarboner l'industrie minière, l'ampleur du projet et sa gourmandise énergétique soulèvent des enjeux sociaux et environnementaux pour la Côte-Nord.
Le futur complexe de Hy2Gen est prévu dans le parc industriel Jean-Noël-Tessier à Baie-Comeau. Ce projet désormais évalué à près de 2,9 milliards de dollars vise à produire 210 000 tonnes d'ammoniac anhydre et 540 000 tonnes de nitrate d'ammonium par année. Ces produits servent d’intrants pour la fabrication d’explosifs utilisés par l’industrie minière.

En septembre 2025, des travailleurs ont fait des prélèvements de sol au parc industriel Jean-Noël Tessier à Baie-Comeau pour le projet d'Hy2gen. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin
Sur le plan environnemental, la construction du complexe industriel entraînera la destruction permanente de 35 hectares de milieux forestiers. Des inventaires conduits en 2017 et 2024 ont permis d’identifier 4 espèces d'oiseaux à statut particulier qui habitent sur ce site boisé.
Quelque 10 hectares supplémentaires de forêt subiront une perturbation temporaire en raison de l'aménagement des aires de travail lors de la construction. Il est toutefois prévu que ces espaces soient remis dans un état similaire à leur état initial après les travaux.
En phase d’exploitation, les émissions de gaz à effet de serre associées au fonctionnement du projet sont estimées entre 23 000 et 28 000 tonnes de CO2 par an.
Un projet énergivore
Malgré ces pertes d'habitat faunique, la compagnie défend le bilan écologique global de son projet. L'utilisation d'hydroélectricité plutôt que de gaz naturel pour la synthèse de l'ammoniac permet de réduire les gaz à effet de serre associés à la chaîne d'approvisionnement des mines québécoises.
La production d’ammoniac se fera à partir d’hydrogène produit par électrolyse de l’eau. L’hydrogène est ensuite combiné à l’azote de l’air pour synthétiser l’ammoniac, lequel est ensuite transformé en nitrate d’ammonium, sous forme de solution ou de granules.

Le projet d'usine d'ammoniac d'Hy2gen à Baie-Comeau est évalué à près de 2,9 milliards de dollars.
Photo : WSP CANADA INC.
En résumé, pour fabriquer son produit, l'usine n'utilise que trois ingrédients de base : de l'eau, de l'air et beaucoup d'électricité. Le complexe fonctionnera grâce à un immense bloc d'énergie de 307 mégawatts (MW) alloué par Hydro-Québec.
Interrogée à ce sujet, la chercheuse principale à la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Johanne Whitmore, soulève la question du coût d'opportunité. Selon elle, le gouvernement doit se demander si allouer ce bloc d'électricité à Hy2Gen est la meilleure façon de décarboner le Québec, dans un contexte où la demande énergétique est énorme.
Est-ce que c'est la meilleure utilisation d'un bloc de 300 MW [...] comparativement si on l'utilisait pour décarboner des usines existantes ou pour faire plus de transport décarboné?, questionne-t-elle.
Sans affirmer que le projet est mauvais en soi, la chercheuse se demande si les réductions de gaz à effet de serre rendues possibles par l'hydrogène vert du projet bénéficieront réellement au bilan du Québec, ou si ces réductions auront plutôt lieu à l'extérieur de la province, là où les explosifs miniers seront utilisés.
Quelles retombées pour la région?
La phase de construction, prévue sur trois ans, représentera également un grand défi logistique et social. Le chantier pourrait mobiliser jusqu'à 1200 travailleurs au plus fort des travaux.
En raison du bassin de travailleurs limité sur la Côte-Nord, l'étude estime que seulement 10 % des travailleurs proviendront de la région immédiate. Les 90 % restants viendront de l'extérieur via du navettage et résideront dans un vaste campement temporaire.

La construction du complexe industriel détruirait 35 hectares de forêt définitivement.
Photo : WSP CANADA INC.
L'étude d'impact anticipe des effets négatifs de niveau moyen sur la qualité de vie des résidents, en raison de la pression importante qui sera exercée sur les infrastructures locales, la disponibilité des logements, ainsi que les services de santé et de garde.
Durant son exploitation, qui devrait débuter en 2030, l'usine aura besoin de 180 employés permanents. Pour ces emplois, Hy2Gen veut limiter le navettage. D'après l'étude environ 40 % de cette main-d'œuvre proviendra de l'extérieur pour s'établir dans la région.
L'entreprise allemande s’est aussi fixé l'objectif de recruter au moins 10 % de ses effectifs permanents au sein de la communauté de Pessamit lors de la phase d'exploitation, ce qui représente environ 18 emplois. Une entente à long terme serait en cours de négociation.
Un document de plus de 4000 pages
Le dépôt d'une étude d'impact aussi dense soulève des critiques quant à son accessibilité. Le citoyen de Baie-Comeau, Philippe Boudreau, qualifie le document de véritable déni de démocratie.
On essaie carrément de noyer le poisson avec une étude aussi grosse que ça, affirme-t-il. Selon lui, il est impossible pour le grand public, et même pour un ministère de l'Environnement en manque d'effectifs, d'étudier correctement cette information afin d'évaluer le projet.
Cette préoccupation est partagée par l’avocate au Centre québécois du droit de l'environnement, Ann Ellefsen. Elle rappelle que les critiques envers les études d'impact trop volumineuses ne datent pas d'hier. Ces études ont tendance à diluer l'information, ce qui rend leur lecture et leur compréhension très difficiles tant pour la population que pour les décideurs publics.
L'avocate plaide pour un changement de méthodologie afin de passer d'une approche descriptive à une approche par enjeu. L'idée est de cibler spécifiquement et en amont les éléments qui sont véritablement déterminants pour la prise de décision.
L’avocate salue l'adoption récente du projet de loi 81, une réforme qui vise notamment à réduire le fardeau administratif lié aux évaluations environnementales.
Avec les informations de Renaud Chicoine-Mckenzie


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